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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 07:29

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Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :

 

 

Mehmet Yilmaz est le nouveau président de l'association culturelle turque de Quimper. Il prépare avec la communauté la « Fête des Enfants » du 25 avril, en l'honneur du fondateur de la Turquie moderne Mustafa Kemal.


Le 31 janvier dernier, Mehmet Yilmaz a été porté sur la plus haute marche du conseil d'administration de l'association culturelle turque de Quimper en remplacement de Mehmet Altintas qui n'avait pas souhaité se représenter. La passion pour un peuple et pour un pays a donné des ailes au nouveau président. « Faire partie d'une association, c'est la possibilité de servir les gens et de faire évoluer un tas de choses au niveau de la société civile. Cet investissement dans l'humain, c'est le meilleur investissement que l'on puisse faire » soutient Mehmet Yilmaz.

L'ACTQ compte 208 adhérents, familles ou individuels. Elle représente environ un millier de personnes auprès des institutions. L'association organise des réunions-débat pour éclairer ses membres sur des thèmes d'actualité. Elle dispense aussi des cours de soutien scolaire aux élèves en difficulté. « Nous les aidons à avoir confiance en eux au niveau de la langue, des mathématiques ou de l'histoire pour qu'il réussissent dans leurs études, qu'ils aient un métier, qu'ils servent la France tout simplement » explique Mehmet Yilmaz.

Le jeune homme de 26 ans, titulaire de la double nationalité, est un exemple d'intégration réussie. Diplômé d'un master en droit public, il est conseiller juridique auprès des entreprises finistériennes. Il est arrivé en France à l'âge de quatre ans. « Ma famille est originaire de Bingöl, dans l'est de la Turquie. Mon père est venu tout seul en 1972 pour travailler dans le secteur du bâtiment, quand la France a fait une demande de prêt de main-d'oeuvre à la Turquie. Il a d'abord exercé à Cholet, puis à Quimper. Il avait l'idée de rentrer au pays quelques années plus tard, pour ouvrir un petit commerce avec les économies réalisées. Mais les perspectives ont changé avec le temps, et on concevait différemment l'avenir. Ma famille l'a finalement rejoint en 1987 ». La première génération a appris à relativiser la nécessité de faire sa vie en France, en nouant des relations avec ses voisins et en voyant grandir sa progéniture. « Certains immigrés veulent rentrer en Turquie pour y passer leur retraite car ils éprouvent de la nostalgie, d'autres préfèrent rester en France auprès de leurs enfants et petit-enfants. Il y a plusieurs cas de figure » poursuit Mehmet Yilmaz. Le président de l'association culturelle turque de Quimper avoue être encore bien trop jeune pour penser à ses vieux jours. Pour lui, « la solution, c'est d'aimer les deux pays, pas d'en faire primer l'un sur l'autre ».

La Turquie et la France ont toujours eu des relations privilégiées. Elles se sont concrétisées cette semaine par la visite officielle du Premier Ministre Recep Tayyip Erdogan, pour la clôture de la Saison de la Turquie en France. Cet événement s'est déroulé dans quatre-vingt villes dans le but de faire découvrir au grand public la Turquie dans ses composantes culturelle, économique et sportive. Au niveau politique, les deux pays collaborent au règlement de certaines crises comme en Georgie ou en Afghanistan. La Turquie est aussi membre du Conseil de Sécurité des Nations-Unies. Le dossier le plus emblématique de ces dernières années concerne sans doute la candidature à l'entrée dans l'Union Européenne. Mehmet Yilmaz regrette que l'on ne parle pas beaucoup de ce que la Turquie et ses 77 millions d'habitants peuvent apporter à l'Europe. « On évoque toujours la religion, la peur du musulman. Or, la religion ne reflète pas la réalité du pays qui est quand même la 16è puissance économique mondiale !  Nicolas Sarkozy a dit qu'il était opposé à l'entrée de la Turquie dans l'Europe. Les députés européens y voient pourtant un atout majeur pour réconcilier le monde musulman avec l'occident ».

Le débat sur l'identité nationale (à propos duquel le chef de l'Etat a prévu de s'exprimer au cours du mois) interpelle aussi le président de l'association culturelle turque de Quimper. « Je ne suis pas opposé à un tel débat, s'il permet de nous poser la question de nos valeurs et de la manière d'y adhérer ». Mehmet Yilmaz tient à rappeler que « les personnes issues de l'immigration sont françaises à part entière car elles participent à l'économie nationale grâce à leur savoir-faire ».

Contre le port de la burqa, un autre sujet qui questionne la communauté musulmane, le jeune juriste ne trouve pas nécessaire de voter une loi comme le souhaiteraient certains politiques. « J'ai découvert comme tout le monde ce phénomène. Pour le faire reculer, il faut passer par le dialogue car ce n'est pas une prescription islamique. L'an dernier, une femme de Quimper qui portait la burqa est revenue au voile classique après en avoir débattu avec d'autres ». Mehmet Yilmaz entend bien donner leur chance aux femmes, pas suffisamment intégrées dans la société de son point de vue. Il a fait le pari de proposer au poste de premier vice-président de l'association une commerçante du centre-ville. « Elles sont efficaces et pragmatiques, surtout sur les questions sociales » dit-il.

Depuis des semaines, la communauté turque de Quimper se mobilise pour organiser sa « Fête des Enfants ». Cet événement a lieu chaque année, dans de nombreuses villes du monde, en l'honneur de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la Turquie moderne après la chute de l'Empire Ottoman. La date du 23 avril 1923 a été retenue car elle correspond à l'ouverture de la grande assemblée nationale turque. A Quimper, la fête, gratuite, aura lieu le dimanche 25, au parc des expositions de Penvillers à partir de 13h30. Le grand public est bien sûr convié car l'après-midi ne s'adresse pas seulement à la communauté. Il pourra découvrir la culture turque à travers une exposition-vente de dentelle et de broderie. Des vidéos sur le patrimoine du pays seront aussi montrées. Il sera également possible de déguster des plats et des gourmandises comme les lokoum. Les enfants, qui ont préparé l'animation de cette fête, liront des poèmes, joueront de la musique et danseront sur scène en costume traditionnel. La culture bretonne, qui fait bon ménage avec la culture turque ne sera pas oubliée avec la venue du cercle celtique Mederien Penhars. « En mixant les cultures et en connaissant mieux l'autre, on ne peut que sortir enrichi sur le plan humain. Les Bretons ne doivent pas oublier d'où ils viennent et qui ils sont. L'ennemi, c'est l'ignorance » explique Mehmet Yilmaz.

Le président de l'association culturelle turque de Quimper passe chaque année près d'un mois en Turquie, avec sa famille. Ce qu'il aime par-dessus tout ? « Le patrimoine historique, les plages, et surtout l'hospitalité des gens ».


 

Christophe Pluchon



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