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8 mars 2007 4 08 /03 /mars /2007 08:40

Passionné de photographie, le directeur de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie du Nord-Finistère sillonne depuis une trentaine d'années les pays du Maghreb à la recherche des plus belles lumières. Ses réflexions philosophiques l'ont conduit récemment à se convertir à l'Islam.

Assis à son bureau, Yves Le Dantec ne se lasse jamais, entre deux gros dossiers, de manger du regard les photographies qu'il a prises d'Ouarzazate et de la vallée de l'Ourika au Maroc. Il affectionne particulièrement l'une de celles accrochées au mur. Elle représente deux portes successives, symboles d'ouverture sur le monde et sur un autre savoir. Le cliché, pris dans la médina d'Essaouira, fut d'ailleurs vendu à un psycho-thérapeute pour travailler avec ses patients. « La photographie permet de capter la culture de l'autre d'une manière éphémère, explique Yves Le Dantec. Elle facilite l'échange rendu difficile par la barrière de la langue. Je n'ai qu'un seul regret, celui de ne pas avoir réussi à traduire les senteurs ». Adepte du négatif couleur et des reflex Nikon mécaniques, le directeur de la CPAM du Nord-Finistère signe ses photographies sous le pseudonyme « Ikram ». Ce prénom, tant masculin que féminin, signifie pour un musulman la générosité, la convivialité et l'accueil. « Je l'ai reçu lors de ma conversion à l'Islam » confie-t-il.

Né à Vannes il y a 58 ans, l'ancien délégué CFDT ne renie pas son passé de « bouffeur de curé ». Issu d'une famille catholique, pourtant, il considère pendant de nombreuses années qu'il n'y a pas de puissance supérieure. « Avant, j'étais très matérialiste, se souvient Yves Le Dantec. Puis j'ai discuté avec des personnes, certaines très laïques, mais toujours en éveil sur le sens à donner à la vie. Je me suis rendu dans les pays du Maghreb et j'y ai découvert une richesse de religion très différente des extrémismes tels qu'on les décrit ici ».

Le déclic s'opère au fil des séjours dans le désert marocain. Un soir à Merzouga, Yves Le Dantec se retrouve en haut d'une dune à contempler l'immensité. « J'étais comme un grain de sable, face à ce que l'homme ne peut pas dominer. Ce fut un moment extraordinaire d'ouverture à la foi. Quand je suis descendu de cette colline, j'ai pris la décision de me convertir à l'Islam ». C'était en 2002. Un an plus tard, il épouse en deuxième noce son assistante photographique, d'origine marocaine. Depuis leur rencontre, elle l'accompagne avec succès dans ce cheminement vers la foi, pour vivre la religion musulmane au quotidien. « J'avais la perception d'un Islam vécu par des musulmans dans un pays européen. Mon épouse m'a ouvert l'esprit sur la signification des pratiques et des fêtes religieuses ».

Yves Le Dantec se plaît à qualifier le Ramadan de « meilleur moment de l'année ». Il vit cette période de jeûne avec les musulmans de Brest. « On n'a le droit ni de manger, ni de boire, ni de fumer, ni d'avoir de relations sexuelles du lever au coucher du soleil. C'est un moment de réflexion autour du Coran, autour d'une fraternité avec tous les musulmans. Le Ramadan nous apprend à dominer nos envies et à respecter l'autre ». Aziz El Idrissi, restaurateur à Brest, a de temps en temps le couple Le Dantec à sa table, autour d'un plat de couscous ou de tajine. « La première fois que j'ai vu Yves, c'était à la mosquée, raconte-t-il. Il était venu s'informer sur le Ramadan. Je trouve qu'il a bien pris connaissance du Coran et qu'il a bien saisi le sens de l'Islam, basé sur des valeurs de tolérance et de paix ».

A l'approche de la retraite, l'ancien militant socialiste estime pouvoir porter un regard critique sur ce que l'existence lui a apporté. « Sur le plan philosophique, être passé d'un catholicisme de naissance au mouvement laïque et se convertir à l'Islam constitue une richesse, assure-t-il. C'est la concrétisation d'un parcours de réflexion qui permet de donner un sens à notre présence sur terre, au-delà des aspects matériels qui constituent notre quotidien. Face aux accidents de santé par exemple, on se sent plus humble. Dans notre vie de tous les jours, on peut parfois y voir les traces d'une volonté divine ».

Yves Le Dantec retourne dans son « deuxième pays » le plus souvent possible, accompagné de son épouse. Il y croise parfois Marc Doria, le directeur général de l'office de tourisme de Brest Métropole Océane. Les deux hommes, qui se sont rencontrés lors d'un vernissage dans une galerie de peinture, ont très vite sympathisé. « J'aime le Maroc car il me rappelle un peu l'Algérie où je suis né, témoigne Marc Doria. J'aime les couleurs, les senteurs, les bruits, les mille et une choses qui font de ce pays un lieu magique. Et puis il y a cette cuisine si riche et si raffinée qui la place parmi les plus grandes du monde ». Le directeur de l'office du tourisme de BMO ne tarit pas d'éloges, non plus, sur le travail photographique de son ami, un art qu'il pratique, dit-il, à l'excellence. « Ses photos sont belles parce qu'il aime le Maroc et les Marocains. On ne peut pas faire de la photographie d'art si on n'aime pas les gens . La photo est un mode d'expression pour cet humaniste toujours concerné par l'autre et son devenir ».

Les tirages qu'Yves Le Dantec ramène de son « paradis photographique » et qu'il expose au minimum au format 20x30 témoignent de la vie quotidienne au Maroc. Ils sont souvent le fruit d'une grande patience. A proximité du consulat de France à Marrakech, une fois, il a du attendre plus de deux heures pour pouvoir enfin immortaliser un échange de confidences entre deux femmes. « Elles s'approchaient régulièrement pour se parler ou murmurer, raconte Yves Le Dantec. J'ai alors saisi cet instant car je sentais beaucoup d'humanité et de proximité dans leur complicité ». Les métiers sont aussi une source importante du travail du photographe, à l'image des marins d'Essaouira qui le renvoient à son enfance. « C'est la même ambiance qu'il y a quarante ou cinquante ans, quand les pêcheurs de l'île d'Houat vendaient leurs sardines fraîches sur les quais du port de Vannes et quand les hommes colmataient, peignaient et apportaient tous les soins à leurs bateaux pour qu'ils puissent vite reprendre la mer ». Les images d'Yves Le Dantec, ce sont enfin les paysages photographiés au grand-angle qui montrent l'étendue des déserts de cailloux et de sable. « Ses images expriment le vrai visage du Maroc, un pays fantastique par ses couleurs et ses mirages » dit encore Aziz El Idrissi, heureux de recevoir une carte postale chaque fois que le couple Le Dantec se rend à Marrakech. Le plus souvent, elle montre la mosquée Koutoubia, édifiée au XIIè siècle et dont Aziz El Idrissi a donné le nom à son restaurant.

« Je ne sais pas si je finirai mes jours au Maroc, confie le directeur de la CPAM du Nord-Finistère qui, bien que breton, se considère avant tout comme un citoyen du monde. Mon épouse et moi trouverons peut-être notre équilibre en partageant notre temps entre nos deux pays d'origine. Elle s'est bien intégrée ici, même si elle fut très marquée au début par l'individualisme de notre société. Elle est arrivée l'année de la canicule, en 2003. Elle a été choquée de voir qu'on pouvait découvrir dans leur appartement des personnes plus d'un mois après leur décès. Au Maroc, cela est impensable puisqu'on a toujours quelqu'un autour de soi ».

Christophe Pluchon

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commentaires

papadoc 13/03/2007 21:15

salut...tous à la manif !