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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 07:50

Fin décembre 2008, le directeur de la Scène Nationale-Théâtre de Cornouaille à Quimper Michel Rostain fera valoir ses droits à la retraite, après 13 années passées dans la capitale finistérienne. Le nom de son successeur devrait être connu à la mi-janvier.


Ancien enseignant de psychanalyse, natif de Lozère, Michel Rostain s'était juré de vivre avec la musique « pour ne pas louper sa vie ». Il deviendra metteur en scène d'opéra.

 

Le Progrès-Courrier : pourquoi avez-vous postulé à Quimper ?


Michel Rostain : ça me tentait de venir y bâtir quelque chose. Le théâtre Max Jacob était en très mauvais état à l'époque. Il pleuvait sur la scène ! Le ministère souhaitait créer une scène nationale et il a fait un appel à candidatures. Nous partions d'une fréquentation de 10 000 spectateurs à l'année et il a donc fallu susciter la demande. Dix ans après l'ouverture du nouveau théâtre, le public est cinq fois plus nombreux. Nous avons une équipe archi-compétente et un budget important (3,5 millions d'euros).


Le Progrès-Courrier : quels sont vos plus beaux souvenirs ?


Michel Rostain : la chose la plus féconde que j'ai pu vivre ici, c'est le dialogue autour de la création entre des artistes, des spectateurs et le théâtre. Finalement, c'est assez facile de faire de la programmation car il y a de bons programmateurs partout. Par contre, l'esprit de création, c'est aux artistes d'en être le ferment. J'ai vécu des moments très forts, par exemple avec Annie Ebrel et Riccardo Del Fra. Avec leur spectacle « Douar Glizh », en 1997, j'ai vraiment plongé dans la vie musicale bretonne. Comme autre souvenir très fort, je pourrais également citer le travail avec le compositeur japonais Susumu Yoshida, ou avec Bernard Cavanna. Beaucoup de spectacles sont nés à Quimper et ils ont nourri plein de gens. C'est magnifique de travailler à la fois avec des amateurs et avec les plus grands professionnels du monde.


Le Progrès-Courrier : vous partez dans quel état d'esprit ?


Michel Rostain : le monde reste à construire et il y a mille choses à inventer ici. Je suis sûr que mes successeurs sauront le faire. La balle est dans leur camp. Ce n'est pas à moi de leur faire des suggestions. C'est bien de partir maintenant pour mieux m'occuper de ma vie personnelle. J'ai l'intention d'écrire un livre sur l'art du théâtre à partir de deux des rencontres que j'ai faites au théâtre : l'un avec Yoshida, et l'autre avec Yvette Horner. J'ai aussi un ou deux romans en cours et il faut que je les termine. On n'est pas directeur à vie, comme on n'est pas artiste à vie. Fonctionnaire de l'art, ça n'existe pas.


Le Progrès-Courrier : fait-on suffisamment pour la culture en France ?


Michel Rostain : le volontarisme ne manque jamais dans notre pays, mais il faut aussi réussir à transformer le quotidien sans casser les choses. Jusqu'à l'année dernière, l'Etat mettait les moyens. Depuis un an, avec Nicolas Sarkozy, c'est très inquiétant. Du moment que la culture n'acceptera pas la contradiction, elle sera malsaine. Je m'oppose à la pensée unique qui règne dans le milieu de l'art contemporain français, où les artistes sont complètement indifférents à la cité. Ce fut l'une de mes batailles : faire en sorte que les Quimpérois aient connaissance de toutes les propositions artistiques sans laisser l'arrogance de la pensée unique écraser les choses. Je n'ai pas toujours programmé les spectacles que j'aimais, mais j'ai fait en sorte que les spectateurs soient toujours respectés par la qualité et la diversité. 

 


 

La ville de Quimper rendra un hommage à Michel Rostain le 9 janvier prochain. 

Christophe Pluchon


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