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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 22:34

Le site de la Torche à Plomeur n'est pas seulement le paradis des surfers. C'est aussi un lieu privilégié pour la culture des bulbes et des fleurs coupées. Dirigée par Ard Kaandorp et son père Kees, la SARL éponyme organise une randonnée des tulipes le 12 avril 2009.


Magique. Le mot n'est pas trop fort pour qualifier le spectacle offert aux promeneurs, chaque printemps à la pointe de la Torche. Comment ne pas se laisser happer par l'harmonie des couleurs ? Le lieu aurait d'ailleurs pu guider le peintre Claude Monet, véritablement ébloui au 19è siècle par la majesté des champs de tulipes hollandais. A Plomeur, Ard Kaandorp se défend de faire du tourisme. « Nous sommes d'abord producteurs de bulbes et de fleurs » dit-il.

L'entreprise familiale installée au bord de la mer du Nord, se trouve confrontée comme beaucoup d'autres exploitations, au manque d'espace pour s'agrandir. « Mes parents savaient qu'on cultivait des bulbes en France. En 1980, ils ont racheté l'affaire Deveza. J'avais 9 ans quand nous avons quitté la Hollande pour venir à la Torche ». De son enfance bigoudène, le bulbiculteur, aîné de trois enfants, garde quelques souvenirs, par exemple sur les bancs de l'école Notre-Dame de Tréminou. « Au début, comme je ne comprenais pas le français, j'attendais que la journée se passe. J'ai appris la langue dans la cour de récréation, en jouant au foot avec les copains. Depuis, je me suis très bien intégré ».

A Plomeur, trois exploitations, Kaptein, Florimer et Kaandorp font grossir les bulbes de tulipes, d'iris ou de jacinthes, sur plus d'une centaine d'hectares. La SARL Kaandorp est la plus importante en terme de surface. « Nous sommes près de la côte et le sol sablonneux est bien adapté à cette production, explique Ard Kaandorp. La plantation et la récolte sont plus faciles à faire que dans une terre lourde ». Le climat océanique de la Bretagne permet aussi d'obtenir des bulbes un mois plus tôt que les concurrents du nord de l'Europe. Voilà pourquoi 95% de la production de la SARL Kaandorp prend la direction des Pays-Bas. Le reste de la récolte est vendu en direct, dans le magasin de l'exploitation. « Nos bulbes sont aussi écoulés en France après être passés par la Hollande. C'est la plaque tournante européenne et un gros pays producteur. En France, on cultive principalement les bulbes à la pointe de la Torche et dans les Landes, sur une surface six fois moins importante qu'aux Pays-Bas ».

Les fleurs que vous verrez dans les champs de la pointe de la Torche, peut-être ce dimanche 12 avril lors de la randonnée des tulipes, ne sont pas destinées aux bouquets. Il faut en effet faire un choix, entre produire des bulbes de bonne qualité et des fleurs coupées, car il faut patienter jusqu'au fanage pour que ces bulbes atteignent leur maturité. Les tiges sont coupées directement sur des plants cultivés dans une serre de 3 000 m2. Les fleurs sont destinées aux consommateurs du grand ouest, via les grossistes, et aux clients du magasin. La SARL Kaandorp cueille trois millions de tiges chaque année, et confectionne selon la demande 300 000 bouquets composés de cinq à vingt tiges. « En mécanisant, nous pourrions en cultiver deux fois plus, mais nous avons 18 variétés différentes à proposer, c'est beaucoup, explique Ard Kaandorp. Nous vendons à la demande, en appelant directement le client. Aux Pays-Bas, en revanche, la production passe par le cadran, qui fixe le prix. Un producteur peut se permettre de n'offrir qu'une seule couleur, s'il sait que son voisin peut compléter la gamme ». Les couleurs qui plaisent le plus sont le jaune, le rouge, puis, dans une moindre mesure, le rose et le blanc.

La tulipe est une plante vivace originaire d'Asie centrale. On en compte 5 600 variétés regroupées en quinze familles. De la « Norman Record » à la « Calgary », le choix est vaste ! « Par le passé, la station de l'INRA de Ploudaniel faisait de la recherche variétale en tulipe. Les programmes ont été arrêtés. Il faut regarder encore une fois du côté des Pays-Bas, qui dispose des surfaces et des moyens financiers adéquats. 18 ans sont nécessaires pour créer une nouvelle variété » explique Ard Kaandorp. La filière hollandaise est aussi à l'origine des méthodes de production en caissette, ou encore de l'hydroculture. Idem pour les produits phytosanitaires, qui obtiennent leur agrément des autorités françaises un à deux ans après leur sortie dans le nord de l'Europe.

Sur la question, épineuse, de l'environnement, Ard Kaandorp ne fait pas vraiment dans le détail par rapport aux orientations gouvernementales qui prévoient de baisser de moitié, d'ici 2012, l'usage des pesticides. « A mon avis, c'est une aberration, lâche-t-il. On ne peut pas demander aux gens de produire s'ils n'ont pas le droit de protéger leur culture ». L'idée de faire pousser les bulbes et les fleurs selon des méthodes biologiques est aussi un non-sens pour lui. « Le consommateur final n'est pas prêt à payer trois ou quatre fois plus cher pour avoir un produit bio. Les gens ont en tête une image de la tulipe dont il faut tenir compte. C'est un produit d'appel qu'il faut vendre à pas cher. On ne fait pas que du beau, il faut aussi être rentable ! » L'exploitation a du adapter ses tarifs car par rapport à l'an dernier, le prix de vente de la tige de tulipe est passé de 15 à 14 centimes d'euro. Elle peut difficilement s'agrandir pour accroître ses capacités de production car elle est implantée en zone Natura 2000.

Si Ard Kaandorp aime son métier, c'est d'abord par passion pour le vivant. A l'image du jardinier du dimanche, il ne se lasse jamais de contempler ses plantations colorées. « J'aurais aussi bien pu être producteur de légumes. Comme les fleurs, les légumes symbolisent la vie. C'est une activité très prenante. J'espère bien poursuivre dans ce métier encore longtemps ». Associé à son père, Ard Kaandorp sait qu'il prendra un jour la suite de cette exploitation qui emploie une douzaine de permanents et qui est d'abord une affaire de famille. Marlies, sa soeur, s'occupe du secrétariat. Leur frère a pris une autre voie. Il ne s'est pas trop éloigné de l'agriculture finalement, puisqu'il est représentant en vin (et digne porte-parole de la culture française ! )

 

 

La SARL Kaandorp et le comité des fêtes de Plomeur organisent une « randonnée des tulipes » le 12 avril toute la journée (le dernier départ est prévu à 16h au magasin). Les visiteurs pourront admirer les fleurs directement dans les champs.

Jusqu'au 20 avril, le bulborium offre aussi la possibilité de découvrir les bulbes qui seront en vente en septembre, et qui sont actuellement en pleine floraison.

Enfin, depuis le 21 mars est exposé le Temple du Ciel, symbole de Pékin, la capitale de l'Empire du Milieu, entièrement conçu en fleurs de jacinthes. Une magnifique réalisation !

 

Contact : SARL Kaandorp, Kerloc'h, la Torche, 29120 Plomeur (Tél : 02 98 82 06 87).

Site internet : www.sarl-kaandorp.com)

 

Christophe Pluchon (avril 2009)

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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 21:11

Les structures d'accueil de vacances pour personnes handicapées sont encore inhabituelles en Bretagne. A Guiclan, Christine Feret et son époux ont ouvert un gîte de neuf places qui leur est tout spécialement dédié...


Chez Christine et Jérôme Feret, nul doute, c'est le coeur qui parle. Par conviction, le couple a investi à Guiclan ses deniers personnels dans un projet de chambres d'hôtes pour personnes déficientes intellectuelles. « Nous n'avons pas pu obtenir d'aides car nous sommes une entreprise. Si nous avions été une association, cela aurait été plus simple » déplore, mais avec le sourire, Christine Feret. Les époux avouent aussi avoir du « batailler entre trois instances administratives » pour obtenir l'agrément permettant de commencer l'activité d'accueil.

Le projet a germé il y a dix ans, avant de prendre corps en 2006. « Pendant mes 27 années de carrière professionnelle dans le milieu médico-social, j'avais parfois organisé des séjours de vacances pour les personnes handicapées. C'était très dur car on ne trouvait pas de site répondant à leurs besoins, et même aujourd'hui... Avec mon mari qui a travaillé avec des enfants difficiles, il nous a semblé nécessaire d'ouvrir cette structure. Nous n'étions pas fixés sur Guiclan, mais l'endroit nous a plu car nous sommes en campagne et à quelques minutes de la mer ». S'occuper de personnes déficientes intellectuelles est un véritable choix de vie. « Ca ne s'improvise pas. Il faut être à l'écoute, être patient car on répète énormément, il faut avoir un bon contact et savoir répondre à leurs attentes ».

Le gîte Kernabat Chris-Iroise domine la vallée de la Penzé. Il est installé derrière un large portail blanc, dans un ancien monastère, qui communique à la maison du couple par le réfectoire. « Avant, c'était un abri pour du bois, explique Christine Feret. Aujourd'hui, nous y prenons les repas, face à une grande terrasse et au jardin, et c'est très convivial. On entend les oiseaux chanter ! » Le salon dispose d'un téléviseur, d'un lecteur de DVD et même d'un ordinateur, pour certains travaux de soutien. A l'extérieur, un mobil-home de deux pièces agrandit encore la capacité d'accueil du gîte, mais pour les résidents les plus autonomes. Les trois chambres de trois, deux et une personne sont aménagées à l'étage, de manière coquette. « La décoration est simple et chaleureuse, un peu à l'image de la maison ». Les personnes peuvent amener quelques objets qui leur sont chers, histoire de ne pas créer de grosse cassure avec le quotidien. « Nous les considérons d'abord comme des adultes » relativise Christine Feret. Dans son gîte, le couple a tout mis en oeuvre pour garantir la sécurité des résidents. L'une des pièces a été transformée en chambre de veille. « L'un de nous y reste la nuit pour répondre aux besoins. Certains n'ont plus leurs repères quand ils se lèvent. Il faut les rassurer en permanence. Nous ne pourrions pas nous permettre de les laisser seuls ».

Les personnes handicapées intellectuelles qui viennent passer quelques nuits au gîte Kernabat Chris-Iroise ont, en règle générale, peu accès aux loisirs. Certes, elles suivent pendant l'année des activités de couture ou de sport, à raison de quelques heures par semaine, mais le reste du temps se déroule en atelier, dans un établissement et service d'aide par le travail (ESAT). Elles réalisent souvent les mêmes tâches et côtoient les mêmes personnes. « En venant dans un cadre familial, avec une prise en charge et une chaleur humaine, elles participent beaucoup aux activités  » poursuit Christine Feret. Par exemple, la cuisine leur permet de mettre la main à la pâte de manière ludique. « Nous avons des machines à pain et elles sont très fières de le fabriquer et de le faire goûter. C'est très valorisant d'être capable de faire quelque chose. Les personnes handicapées ont tellement de capacités laissées en sommeil. De les voir si heureuses, on a envie de leur donner toujours plus ». L'échange avec les animaux est aussi un moment important dans la vie des personnes déficientes intellectuelles car elles réagissent beaucoup à l'affectif. « Nous avons des poules et un lapin, ainsi qu'un caniche, Nestor, la mascotte de la maison ». Les époux Feret se sont équipés d'un minibus de neuf places afin de faire profiter les résidents des plaisirs de la plage, de la piscine ou d'activités équestres. « Les personnes doivent être assez autonomes car nous leur proposons beaucoup de loisirs. Il faut pouvoir suivre le rythme ».

C'est le couple qui se charge de l'encadrement des groupes. Il est aidé pendant les périodes de grandes vacances par des membres de la famille et des amis du milieu médico-social. « Des jeunes dont je me suis occupée dans le cadre de ma profession nous proposent leur aide, explique Christine Feret. L'un d'entre eux a vraiment été sensibilisé au projet. Son frère est très handicapé. Il sait très bien ce que c'est au quotidien et il nous a donné un gros coup de pouce ».

Pour Jérôme et Christine Feret, le gîte Kernabat Chris-Iroise de Guiclan répond aux besoins des institutions et aux familles qui vieillissent, qui ont des personnes handicapées chez elles et qui souhaiteraient souffler un peu en envoyant leur enfant pendant un week-end ou une semaine. Les tarifs proposés ne sont pas excessifs, de 55 euros pour la journée avec le repas et les activités, à 650 euros pour la semaine. « J'aime beaucoup donner de ma personne, poursuit Christine Feret. J'ai un renvoi de ces gens-là, même un sourire, c'est très important. Pour les activités sportives, un jour, ils étaient tous là, dans mon bureau, à demander ce qu'on allait faire l'après-midi. Ces personnes vous donnent des leçons de vie. Kernabat, c'est comme une montagne de chocolat pour elles !  Elle recherchent cette relation privilégiée que les institutions n'ont pas le temps, et n'ont de toute façon pas le droit de leur accorder ». Yvonne Jestin, aide médico-psychologique au foyer de vie Comenius de Landivisiau (qui dépend de l'association Les Gênets d'Or), confirme cette impression : « la première chose qu'elles demandent dès qu'elles reviennent, c'est la date de leur prochain départ. Les personnes apprécient de sortir en petit groupe avec Jérôme et Christine. Beaucoup n'ont plus de famille et ce contact est essentiel pour qu'elles se sentent bien ».

Jérôme Feret, lui aussi, parle de sage décision. « Nous avons choisi de mettre de côté un certain luxe pour vivre avec les personnes déficientes intellectuelles. Maintenant il reste à faire connaître notre action pour tenir le pari. Nous comptons beaucoup sur le bouche-à-oreilles » dit-il. Cette initiative originale de séjours de vacances mérite d'être encouragée car elle répond à des besoins immenses sur tout le territoire. Dans notre pays, le handicap mental toucherait 700 000 personnes selon l'INSEE.

 

Contact :

Gîte Kernabat Chris-Iroise, Kernabat, 29410 Guiclan. Tél : 02 98 79 63 70 ou 06 20 62 42 28. C'est ouvert toute l'année.



Christophe Pluchon

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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 07:21

Le job de Philippe Morvan, c'est la conception de logiciels. Il est depuis 26 ans aux manettes de la société brestoise R/D/I+, et à l'origine d' « Axelia » et de « Pictelia », deux programmes d'apprentissage de la lecture basés sur des pictogrammes.


Le bureau de Philippe Morvan est une grande table avec trois écrans plats posés dessus... Quand on n'a pas l'habitude, un tel déploiement de force interroge, évidemment. L'ancien ingénieur diplômé du génie maritime a vite compris que la machine avait remplacé le crayon pour un grand nombre d'applications. « Pourtant, j'ai toujours aimé dessiné. Quand j'étais jeune, mes parents avaient peur que je m'oriente vers une carrière d'artiste-peintre » se souvient-il. Philippe Morvan est né à Brest, comme la plupart de ses ancêtres depuis au moins 350 ans. « Avant, on a perdu les registres, donc on ne sait pas ! » lance-t-il avec une pointe d'humour.

En 1977, il sort diplômé de l'ENSTA, l'école nationale supérieure des techniques avancées, avec en poche, toutes les connaissances pour construire des navires. «J'ai fait mon service militaire à l'arsenal et travaillé avec Xavier Joubert qui était alors ingénieur dans l'armement. J'ai réalisé des calculs de stabilité pour Kriter 4, le trimaran d'Olivier de Kersauson ». Dans cette approche de l'entreprise, Philippe Morvan fait rapidement valoir sa connaissance des ordinateurs. « Je les ai découvert pendant ma première année à Toulouse. J'ai trouvé ça génial. Ca prenait toute une salle. On enregistrait les données sur des bandes magnétiques et des disques. Leur capacité ? 200 méga-octets, une goutte d'eau à côté de ce qu'on sait faire aujourd'hui » se souvient-il.

Ce n'est pas dans l'industrie maritime que la carrière de Philippe Morvan se déploie finalement, mais bien dans l'informatique, après quelques tentatives infructueuses. Il monte travailler à Paris, y développe des programmes pendant trois ans avant de revenir en Bretagne. « Je me suis associé à Xavier Joubert pour créer un bureau d'études en architecture navale sur Brest. Mais comme les bateaux de course, ça ne nourrissait pas son homme, j'ai repris mon métier de concepteur de logiciels ».

La société R/D/I+ (Réalisation Développement Informatique) est lancée en 1983. Elle est installée dans les mêmes locaux depuis l'origine, au 37 de la rue Yves Collet. « Le PC d'IBM est arrivé à ce moment-là en France mais rien n'était standard. C'était le début de la micro-informatique. Il fallait créer des programmes pour ces machines. J'ai commencé à développer des logiciels de gestion pour les PME » raconte Philippe Morvan. Dès 1985, l'entreprise livre des solutions clé en main pour le siège du Crédit Mutuel de Bretagne au Relecq-Kerhuon. « Je me suis spécialisé dans ce qu'on appelle l'interface homme-machine. Ce n'est pas le traitement de l'information pour vérifier qu'on vous connaît ou que vous avez tapé le bon code. C'est la couche supérieure, celle qu'on voit à l'écran. C'est ce qui fait qu'un programme est convivial ou non ».

Lancé il y a quatre ans en prévision des Jeux Olympiques de Pékin, le traducteur français-chinois pour Pocket PC « Wu Yu Yo » (ce qui peut se traduire par « voyager sans souci ») participe de cet esprit, en alliant ergonomie et efficacité. « Nous avons développé ce produit avec un fournisseur de guides touristiques pour permettre aux Européens de se débrouiller là-bas, explique Philippe Morvan. Le traducteur comprend 4 000 phrases enregistrées, en chinois, français, anglais, italien et espagnol, pour dire à un chauffeur de taxi comment se rendre à tel endroit, ou encore pour aider les touristes et les hommes d'affaires à passer une commande dans un restaurant ».

« Wu Yu Yo » utilise les pictogrammes pour communiquer. Ces petits dessins en format .gif peuvent s'animer sur l'écran et sont compréhensibles par tous. Philippe Morvan a eu l'idée de se servir de ces images pour assister de manière ludique, les personnes handicapées qui ont des troubles de la parole, et les enfants qui ont des difficultés de lecture. « Nous avons lancé le logiciel Axelia, puis Pictelia. Le principe d'Axelia est de créer automatiquement une phrase correcte en français, vocalisée ou non, avec les mots et les flexions grammaticales, à partir d'un choix de pictogrammes » explique le développeur. « Pictelia » ne va pas aussi loin dans la constitution des phrases car il faut lui dire que tel verbe est au passé ou tel nom au pluriel. En revanche, c'est un formidable gestionnaire de pictogrammes.

Par son caractère très novateur, « Axelia » a séduit l'hôpital national Saint-Maurice dans le Val-de-Marne, et plus près de nous le centre psychothérapeutique Winnicott à Brest et l'institut Jean Couloigner de Ploudaniel qui accueille des adultes handicapés. Il a aussi été soutenu par le Ministère délégué à la recherche et aux nouvelles technologies. « Je suis convaincu de l'intérêt de ces logiciels pour aider les enfants à communiquer et même pour lutter contre l'échec scolaire, explique Philippe Morvan. Contrairement à un humain, un ordinateur, c'est stable, ça ne s'énerve jamais, et ça prononce toujours de la même façon. C'est donc parfaitement prévisible ! »

Les premiers pictogrammes avait été définis il y a dix ans par le cabinet brestois Hippocampe. Aujourd'hui, c'est Philippe Morvan qui les réalise. Le patron de R/D/I+ a mis de côté le crayon, l'outil-fétiche de ses débuts, pour le remplacer par le pixel. Il assure faire des miracles avec les logiciels de dessin vectoriel. « Ca va plus vite, on peut copier-coller des formes » dit-il. Le gestionnaire « Pictelia » inclut déjà 1 600 pictogrammes et une cinquantaine supplémentaires sont prévus chaque mois. « Nous choisissons un thème à chaque fois, en août 2008 c'était les Jeux Olympiques de Pékin, nous avons aussi fait la cuisine, les animaux... Nous voulons fournir la base pictographique la plus complète possible aux enseignants, aux orthophonistes ou aux ergothérapeutes ».

Au fil des ans, Philippe Morvan a su mettre avec talent ses connaissances au service des personnes en situation de handicap. Sa fibre sociale a pris le pas sur l'intérêt commercial pourtant nécessaire pour faire vivre l'entreprise. « Les personnes handicapées montrent aux ingénieurs les problèmes à résoudre, car elles ne peuvent pas les contourner. C'est satisfaisant de voir qu'on peut les aider dans leur quotidien. Tout le monde doit se dire qu'il sert à quelque chose » dit-il.

Le bureau de Philippe Morvan est une grande table avec trois écrans plats posés dessus... Bien en évidence sur l'un des murs, on remarque aussi ce cliché du désert marocain. Régulièrement, l'ingénieur passionné de sports mécaniques et de photographie quitte sa Bretagne pour s'offrir là-bas, un raid à moto. Il se confronte alors à d'autres réalités... « Il faisait plus de 35°C. Au milieu d'un lac asséché, quatre filles étaient là à agiter des babioles pour attirer l'attention du chaland. Je suis passé deux fois à fond à côté d'elles. J'ai eu un peu honte de les avoir ignorées. La troisième fois, je me suis arrêté. La plus âgée devait avoir 8 ou 10 ans, la plus jeune cinq ans. Cela faisait au moins deux heures qu'elles étaient là ». Sombre car mal exposée, l'image a été enregistrée à la volée, l'objectif de l'appareil en partie obstrué par la mentonnière du casque. Philippe Morvan n'a pas oublié ce moment très fort. Il a gardé précieusement le petit lézard en perles, acheté huit dirhams un jour de chaleur à crever, sur la piste d'Erfoud à Zagora...


Le logiciel « Axelia » est vendu 980 €, « Pictelia » 49 € et 149 € (sans et avec synthèse vocale). Les pictogrammes peuvent être téléchargés gratuitement sur internet (www.axelia.com). Renseignements au 02 98 43 17 27.



Christophe Pluchon

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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 08:50
Bruno Geneste est le compère de Dom Duff dans le récital de poésie « Caps et promontoires » qui sera donné le 28 février à Moëlan-sur-Mer. Il organise aussi en mars, dans cette même ville, la 4è édition du festival de la parole poétique.


Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :




Adolescent, Bruno Geneste n'était pas spécialement plus doué que ses camarades en français. Il était même un élève très moyen, un peu en rupture avec le milieu scolaire d'ailleurs. Mais va-t-on savoir pourquoi, il se délectait déjà des alexandrins de Baudelaire et de la prose d'Arthur Rimbaud. L'envie d'écrire lui-même de petits textes empreints de rêve et de rimes lui vient naturellement. « C'est peut-être parce que je suis né face à la mer, à Penmarc'h, que j'ai voulu m'exprimer par la poésie, raconte-t-il. C'est quelque chose que j'ai ressenti en moi, comme deux silex qui se frottent et qui créent une étincelle ».
Bruno Geneste envisage la poésie comme un cheminement du dedans vers le dehors, une relation avec le lieu et la parole. Ce sont d'abord les paysages de Cornouaille qui guident son inspiration, puis le Grand Nord canadien. Un jour qu'il séjourne au bord du fleuve Saint Laurent, il écrit le poème « Ode au fleuve qui marche ». Cette communion avec la nature le transforme profondément. « Les Amérindiens appelaient ce fleuve qui s'enfonce sur 3 800 kilomètres à l'intérieur des terres, le chemin qui marche. Ca m'a immédiatement parlé. Le poète est au-delà des apparences, de cette réalité qui lui est imposée. Et comme lui, je suis toujours en chemin ».
Bruno Geneste collabore à diverses revues de poésie dès l'âge de trente ans. Il obtient progressivement la reconnaissance de ses pairs, car on ne s'autoproclame pas poète ! « Ils s'adressaient à moi comme un poète. De là j'ai compris que j'en étais sans doute un ». Ses compagnons de route et d'esprit se nomment Kenneth White, Gabriel Lalonde et Marie-José Christien. Dans « Fragments d'une poétique des contours » paru aux éditions Sauvages en 2007 et dont une deuxième partie doit voir le jour l'année prochaine, Bruno Geneste partage avec le lecteur toutes ces rencontres très productives sur le plan littéraire.
Faire apprécier la poésie, notamment aux plus jeunes, n'est pas forcément une chose aisée aujourd'hui. Bruno Geneste regrette qu'en France, ce genre soit mis aux oubliettes à l'école, au prétexte, sans doute, que l'on a du mal à saisir le cheminement intellectuel de ses auteurs.
C'est peut-être grâce au conte, qui, lui, connait un véritable engouement, surtout en Bretagne, que les vers pourraient retrouver leurs lettres de noblesse. Dans cet esprit, Bruno Geneste s'est associé au chanteur en langue bretonne Dom Duff pour créer le récital de poésie « Caps et Promontoires » qui sera joué le 28 février à Moëlan-sur-Mer. La mairie de la commune et le poète avaient déjà uni leurs forces il y a quatre ans pour lancer le festival de la parole poétique. La prochaine édition de ce festival se déroulera du 7 au 14 mars. « Nous avons inscrit le mot parole dans le titre, partant du principe que la poésie, ça se déclame, explique Bruno Geneste. La parole, c'est l'une des clés pour comprendre et lire la poésie, et donc pour rentrer dans l'univers du poète ».
Avec « Le cercle des pierres noires » et tout récemment « L'aile rouge des sables » (deux livres parus aux éditions Les chemins Bleus), Bruno Geneste s'essaie depuis quelques temps à un nouveau style littéraire : le roman. Il plébiscite le polar, un genre qui lui permet de mettre en lumière des problèmes de société.
Dans « L'aile rouge des sable » par exemple, il est question d'environnement. « J'ai choisi de parler des pesticides et plus globalement du rapport que l'homme entretient avec la Terre. C'est l'une des planètes les plus belles du système solaire, et pourtant nous ne vivons pas en harmonie avec elle » justifie l'auteur. L'enquête, sur la mort suspecte d'une célèbre ornithologue, se déroule entre Névez et Riec-sur-Bélon, le long de la ria, un lieu assez sauvage que Bruno Geneste aime « hanter », un petit carnet à la main, pour y noter les rythmes de la lumière et ses ressentis face au paysage escarpé. Il n'y a pas de hasard à cette divagation, pour le chanteur Dom Duff qui le connaît bien. « Bruno est poète du rivage. Parlez-lui de son pays et il s'enflammera ! » dit-il.
Dans « L'aile rouge des sable », l'histoire est écrite à la première personne, « pour renforcer la réalité du récit et l'aspect psychologique », mais surtout, le texte est saupoudré de figures de style, de métaphores, en rapport avec le temps qu'il fait (« à l'ouest, de petites hémorragies de ciel faisaient saigner l'horizon ») ou l'intrigue elle-même. Ainsi, les flingues, les odeurs de pourriture et le « tchoc-tchoc-tchoc de l'hélico » côtoient « les chaos de roches aux senteurs d'iode ». A la page 157 de son bouquin, Bruno Geneste a trouvé l'exacte formule pour résumer l'ambiance qu'il veut donner à ses polars, dans sa façon de décrire un souterrain : « Toute l'atmosphère semblait imprégnée de menaces ». Voici donc une approche poétique qui donne plus de respiration à l'intrigue. Elle évite aussi les reproductions de cartes postales, comme d'autres polars régionaux. « Ce qui fait l'écrivain, c'est le style !» assure Bruno Geneste.
Son prochain roman policier servira de terreau pour dénoncer les nombreuses formes d'intolérance qui polluent notre planète et en particulier les extrémismes, qu'ils soient politiques ou religieux. « Les sujets ne manquent pas sur lesquels un auteur peut, et même doit s'exprimer. Notre mission, c'est aussi de bousculer les consciences » dit-il. Bruno Geneste sera-t-il influencé par la récente élection de Barack Obama à la tête des Etats-Unis ? On peut le penser : ce n'est pas un hasard en effet, si ses deux héros, le détective Loïc Le Bars et le journaliste Jack Elemor, sont guidés tout au long de leurs enquêtes policières par Plume Rouge, un chaman amérindien. « L'Amérique des Indiens, c'était l'Amérique d'un certain respect de la terre, de la nature. C'est celle-là qui m'intéresse » conclut Bruno Geneste.


Le récital de poésie de Bruno Geneste et Dom Duff « Caps et promontoires » est programmé samedi 28 février à 20h30 au centre culturel l'Ellipse de Moëlan-sur-Mer. Cette soirée verra se succéder Serge Cabon et le Noback Quartet, ainsi que la chanteuse Gwennyn.
Quant au 4è Festival de la parole poétique, il se déroule du 7 au 14 mars, également à l'Ellipse. Au menu, samedi 7 mars, Alan Stivell (21h), jeudi 12 mars à 9h30 et 11h, la compagnie Ramodal (« Tout Ouie », spectacle à partir de trois ans), et vendredi 13 mars, Yvon Le Men accompagné de Jean-Marc Le Cop à l'accordéon diatonique (spectacle à 21h). La projection du film gallois « Hedd Wyn » de Paul Turner est également annoncée au cinéma le Kerfany, le 10 mars à 20h30. Toute la semaine enfin seront présents quinze poètes bretons, québécois, polonais et gallois (dont Kenneth White et Christine de Luca), pour illustrer le thème de cette année : le nomadisme (www.festivaldelaparolepoetique.blogspot.com/)



Christophe Pluchon


Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :




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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 00:00
La station de biologie marine de Concarneau souffle cette année ses 150 bougies. La vitrine de ce laboratoire, à destination du grand public, c'est le Marinarium, sur lequel veille Annie Péron, une scientifique très pédagogue.


Face à l'archipel des Glénans, à deux pas de la ville close, le bâtiment en impose par sa façade en pierres de taille. Derrière les murs de cette longue bâtisse se cache depuis 1859 la plus ancienne station marine du monde, qui dépend du Museum National d'Histoire Naturelle de Paris. Au milieu du 19è siècle, l'embryologiste Victor Coste est chargé par l'Empereur Napoléon III d'améliorer les techniques d'aquaculture sur l'huître. « Le site de Concarneau fut choisi car on estimait que l'eau de la baie était de bonne qualité » explique Annie Péron, conservateur du Marinarium. Ce musée bourré de bassins et d'aquariums, rénové en 2002, montre sur 900 m2 les travaux des scientifiques de la station, principalement de la recherche fondamentale qui pourra par la suite trouver des applications en médecine par exemple.
Avec le pilote du port de Concarneau Etienne Guillou, Victor Coste développe des essais sur des tuiles chaulées selon la technique de captage du naissain. « L'efficacité de ce système de reproduction de l'huître plate a été reconnu ici. Il a ensuite été adopté dans toute la France. Mais cette méthode n'est plus utilisée depuis une trentaine d'années. On se sert désormais du PVC pour enlever plus facilement les petites larves du support » poursuit Annie Péron.
Si les viviers situés à l'arrière du bâtiment gardent encore les traces de cette période, l'exposition présentée à l'intérieur se sert d'anciens instruments de biologie et de livres d'époque pour renseigner le visiteur. On découvre le travail particulier de scientifiques qui exerçaient la chirurgie sous un microscope pour essayer de « réparer » des larves. Si ce type de matériel a une esthétique intéressante, il faut bien avouer qu'on était très loin des capacités de grossissement d'aujourd'hui...
Etudiante en biologie animale à Rennes, spécialisée en biochimie, Annie Péron découvre la station de Concarneau en 1977. « Je préparais une thèse de 3è cycle sur les enzymes de crevettes. J'étudiais leur adaptation aux changements de températures, notamment dans les flaques » se souvient-elle. La survie de certaines espèces, notamment les coquillages, est en effet dépendante des conditions météorologiques. « Lorsqu'il pleut, l'eau est moins chargée en sel, et quand il fait très froid comme ces dernières semaines et que les coquillages ne peuvent pas facilement s'en aller de leur caillou, alors ils meurent. On parle aussi du réchauffement climatique, mais ces modifications doivent se mesurer sur le long terme ».
Cette faune est montrée dans l'un des aquariums, consacré au littoral rocheux. Pour l'illustrer, Annie Péron et son équipe y ont logé des anémones, des étoiles de mer et des gobies. « Nous avons ordonné les lieux de la manière la plus didactique possible. Mon souhait, c'est que le visiteur ait un oeil plus aiguisé quand il observe les poissons à marée basse, qu'il remette bien les rochers à leur place, et qu'il respecte les tailles et les quantités lorsqu'il pêche ».
 Ce message, qui s'adresse au grand public, intéresse aussi de près les pêcheurs. Dans l'une des vitrines sont exposés grandeur nature un thon germon, une morue et une baudroie. Ces espèces ne sont pas spécialement en danger, mais elles permettent d'illustrer les relations parfois tendues entre les professionnels de la pêche et les scientifiques. Le malentendu s'estompe petit à petit « au niveau des plus jeunes qui acceptent de respecter l'animal qu'ils pêchent. C'est leur propre survie qui est en jeu » analyse Annie Péron. Pour elle, « il faut bien connaître la biologie des espèces, leur vitesse de croissance et leur alimentation, pour gérer les stocks de manière convenable. Il n'est pas judicieux de pêcher des poissons qui ne se sont jamais reproduits. Les professionnels de la pêche ont un rôle positif de ce point de vue-là, car dans son laboratoire, le biologiste ne mesure pas bien le comportement des espèces ».
Dans l'un des espaces du Marinarium, un globe animé de plus d'un mètre de diamètre éclaire aussi le visiteur sur les océans. On apprend qu'ils occupent les trois-quarts de la planète, et on visualise plus facilement les fonds formés de cuvettes et de chaînes de montagnes parfois hautes de plusieurs kilomètres. Préserver les océans de toutes les agressions est primordial car les scientifiques sont loin d'avoir sondé toutes leurs richesses. On estime que le nombre de formes de vie est mille à dix mille fois plus élevé que sur terre. « La mer attire beaucoup d'étudiants, nous le voyons avec les demandes de stages que nous avons, dit Annie Péron. Je ne sais pas si mon attrait pour la biologie marine est venue de cette passion pour le milieu maritime, car je suis originaire d'Orléans. Mes grands-parents en revanche vivaient près de la mer, à l'Ile de Ré ».
Le Marinarium de Concarneau est, comme sa cousine Océanopolis de Brest, un lieu de vie ouvert sur le monde. D'ailleurs, il dispose lui aussi d'un grand aquarium, d'une capacité de 120 000 litres, qui reconstitue les fonds du sud-Finistère. Il permet ainsi de montrer de manière simple les réalisations et le quotidien des scientifiques. C'est cet aspect pédagogique qui passionne Annie Péron. « Les chercheurs sont souvent seuls dans leur laboratoire, et ils ont du mal à synthétiser ce qu'ils font, avec des mots simples. Quand je conçois une exposition avec mon équipe, j'ai tellement de choses à dire que j'ai envie de présenter de longs panneaux de textes. Or, les gens lisent de moins. Aller à l'essentiel, c'est une démarche intéressante ».
18 000 personnes passent chaque année les portes du Marinarium, dont beaucoup d'enfants. Ils suivent toujours avec intérêt les explications données devant les trois petits bassins tactiles installés dans l'exposition. « L'été, il y a toujours quelqu'un pour dire comment toucher les espèces pour ne pas les abîmer. Il ne faut pas écraser un petit animal parce qu'on ne le trouve pas beau. Il faut faire avec toute cette diversité » poursuit Annie Péron. Parmi les petits animaux « pas très appétissants au premier coup d'oeil », la scientifique cite le concombre de mer. C'est une espèce qui vit sur les pontons et qui est, paraît-il, très consommée en Asie...

Tout au long de l'année sont organisées des visites ponctuelles de la nurserie, pour découvrir de plus près la vie du homard, de la seiche et de la roussette... Les prochaines ont lieu les 18 et 26 février, ainsi que le 3 mars, à 15h. Un colloque est aussi programmé fin août pour marquer le 150è anniversaire de la station de biologie marine de Concarneau, ainsi qu'une exposition temporaire dont le thème est encore à définir.

Le Marinarium est ouvert à la visite de 14h à 18h tous les jours jusqu'au 31 mars, de 10h à 12h et de 14h à 18h jusqu'au 30 juin, et jusqu'au 31 août jusqu'à 19h. Renseignements pratiques au 02 98 50 81 64.



Christophe Pluchon

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 13:33
Il est rare encore aujourd'hui que l'on montre dans des musées les oeuvres réalisées au siècle dernier par des femmes peintres... La conservatrice du musée de Pont-Aven Estelle Guille des Buttes-Fresneau et son équipe ont pris le parti d'exposer Emma Herland (1855-1947), bretonne d'adoption par son père pharmacien de marine, et qui n'aura de cesse de s'intéresser aux populations rurale et côtière du sud-Finistère.

Emma Herland se distingue d'abord par son style académique, qui pourra par les techniques employées et les lieux représentés rappeler le travail de son contemporain Alfred Guillou. Elle apporte ensuite un autre regard sur la condition des femmes et des enfants. « Ce qui frappe, c'est la fréquence des oeuvres qui les mettent en scène. C'est sans toute parce qu'elle est elle-même une femme » analyse Estelle Guille des Buttes-Fresneau.
« La leçon de morale » témoigne justement du rapport parfois conflictuel entre deux générations, où deux paysannes en tenue de travail s'expliquent sur le bord d'un chemin. « La jeune fille baisse les yeux avec respect et écoute ce qu'on lui dit ».
Le milieu aisé dans lequel évolue Emma Herland lui donne les conditions matérielles pour devenir peintre. Ses parents l'autorisent à côtoyer les ateliers des maîtres comme Georges-Alexandre Fischer et Jules Lefevre. Et si elle suit des cours à la célèbre académie Jullian à Paris, elle ne fréquente pas les écoles de beaux-arts, car celles-ci sont interdites aux femmes jusqu'au début du XXè siècle.
Dès 1879, Emma Herland parvient à vivre de sa peinture. « Grâce aux salons, elle bénéficie de nombreuses commandes, poursuit Estelle Guille des Buttes-Fresneau. Le musée de Laval lui achète une huile sur toile, inspirée de Pêcheurs d'Islande de Pierre Loti. La mairie de Paimpol, dirigée par son frère entre 1910 et 1913, acquiert également trois décors ».
Emma Herland reste fidèle à son style jusqu'à la fin de sa vie. C'est sans toute cela qui explique que la quasi-totalité de ses oeuvres, peintures et pastels, soit simplement signée mais jamais datée. L'intérêt pour son travail décline portant dans l'entre-deux guerres. « A ce moment-là, la peinture vit une rupture et les artistes de facture plus académique ont plus de mal à s'imposer sur les cimaises » explique la conservatrice du musée de Pont-Aven.

L'exposition « Emma Herland, une femme en Bretagne » est visible jusqu'au 1er juin. Le musée de Pont-Aven est ouvert tous les jours de 10h à 12h30 et de 14h à 18h30 (en février et mars jusqu'à 18h). Renseignements au 02 98 06 14 43 et sur le site internet (www.pontaven.fr)

Christophe Pluchon
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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 07:51
Avec 150 personnes touchées par an, le Finistère est le 2è département concerné par le cancer de l'oesophage en France. « L'apparition de cette maladie est liée à nos habitudes alimentaires, mais aussi au reflux gastro-oesophagien qui créé des anomalies dans les cellules » explique le professeur Hervé Gouérou, président de la Ligue contre le cancer du Finistère.
Du matériel performant existe pour traiter efficacement les états pré-cancéreux, sans intervention chirurgicale. Il s'agit d'un appareil ultrason à haut-débit mais il coûte relativement cher, 55 000 euros. Le CHU de Brest envisage l'acquisition d'une de ces machines.
Pour le financer, la Ligue contre le cancer, Finistère contre le cancer et les Rotary Clubs organisent une grande vente aux enchères d'oeuvres d'art, le 29 mars à l'hôtel Continental à Brest.
Les artistes locaux, qu'ils exercent la peinture, la sculpture ou la céramique, sont invités à déposer des oeuvres et à reverser 50 ou 100% du prix de vente à l'opération. Un catalogue sera édité et le public pourra visiter l'exposition, qui comprend déjà plus de 250 oeuvres, la veille de la vente. Renseignements au 02 98 47 40 63 (ou par mail : encheres.contrelecancer@gmail.com)

Christophe Pluchon
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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 20:23

« C'est dans la culture du Crédit Coopératif depuis sa création en 1937, de se consacrer à l'économie sociale ». Le directeur de l'agence de Quimper, Olivier Dallery, croit fort en la capacité des associations, Scop, coopératives relevant du secteur marchand, de présenter des projets innovants. Il cite volontiers les structures lauréates des précédentes éditions qui ont su séduire le jury grâce à leur action en matière de santé ou d'environnement. L'une d'elle était par exemple spécialisée dans les soins palliatifs à destination des enfants. « Les critères qui seront jugés sont l'originalité, l'exemplarité, l'intérêt général, l'utilité sociale et le caractère durable de l'initiative » ajoute Olivier Dallery.

Les structures candidates doivent fonctionner depuis au moins un an. Le gagnant se verra attribuer un prix régional de 3 000 euros et pourra ainsi concourir au niveau national. Le dossier de candidature peut-être téléchargé et rempli jusqu'au 5 mars, depuis le site internet du Crédit Coopératif (www.credit-cooperatif.coop/fondation/).


Christophe Pluchon

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 21:44

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages (quand il présente la chanson "La fille Europe" :





Longtemps catalogué comme chanteur pour enfants, l'artiste morbihannais signe chez Coop Breizh son quatrième album.


Il s'agit d'un disque joyeux et finalement très grand public, où les reprises (« Marie-Jeanne Gabrielle » de Louis Capart, « Horizons » d'Yvon Etienne...) côtoient les compositions.

Parmi ces chansons magnifiquement composées et orchestrées, c'est certainement « la fille Europe » qui se détache le plus du lot. « Ce n'est pas une chanson politique. On a tous un peu peur de la manière dont l'Europe nous est présentée. J'ai voulu dédramatiser cette situation et voir les choses de façon optimiste » explique Gilles Thoraval.

Dans cet album, on retrouve toute l'influence de Jean-Michel Caradec, un artiste trop tôt disparu, et l'art de faire sonner les mots, à la manière de Pierre Perret, c'est à dire de façon très souriante.

Les inconditionnels de ces monstres du répertoire français adoreront ce dernier disque de Gilles Thoraval intitulé « Rêveurs de lendemains », arrangé de main de maître par le guitariste du groupe Arvest, David Le Port.



Christophe Pluchon

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 13:50



Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :



Cécile Corbel aurait pu faire carrière dans l'archéologie, avec son diplôme en poche. Mais c'est finalement dans le passé de nos ancêtres que la jeune musicienne de Pont-Croix a décidé de fouiller. Elle s'en inspire pour créer un monde particulièrement enchanteur. Son troisième disque, « SongBook vol.2 », mêle mélodies bretonnes et celtiques grâce à la harpe, son instrument fétiche.


Nous sommes le 4 décembre 2008, et le temps est compté. Cécile Corbel a plusieurs impératifs . Après la radio RCF Rivages, elle enchaîne avec une interview avec France 2 pour l'émission CD'aujourd'hui. Puis en fin d'après-midi, la jeune fée aux cheveux roux, comme la surnomment les critiques, fera découvrir son dernier album au public du Musée Départemental Breton à Quimper.

« SongBook n°2 » est la nouvelle mouture d'un « livre de chansons ». Tout est dans le titre. Méticuleusement choisi, il fait penser à un recueil de contes, et ce n'est pas le fruit du hasard. « Chaque morceau possède son propre univers. Je ne voulais pas donner de couleur musicale à ce disque » explique l'artiste.

Née à Douarnenez, Cécile Corbel, 29 ans cette année, passe toute son enfance à Pont-Croix dans le Cap Sizun. Au sein d'une famille de marionnettistes « mélomane mais pas musicienne, où l'on écoute beaucoup de chanson française », elle pratique la guitare, avant d'être happée par le son envoûtant de la harpe. « En m'intéressant à la musique celtique, j'ai mis la main sur un ancien vinyle d'Alan Stivell et là j'ai eu un choc. J'ai découvert un instrument très féminin qui résonne immédiatement avec le corps. Je trouve même à la harpe des effets thérapeutiques ! » dit-elle. Cécile Corbel apprend la guitare, puis enfin la harpe avec une autre artiste installée tout près de chez elle, la chanteuse et musicienne Elisa Vellia.

A sa majorité, la jeune femme monte à Paris pour suivre des études d'archéologie. Elle continue la musique, au sein de différentes formations, et c'est en 2002 que son projet professionnel prend réellement forme. Elle laisse de côté les anciennes civilisations pour se concentrer sur sa passion de toujours. Elle fait paraître un premier CD de six titres (« Harpe celtique et chants du monde »), fruit de ses rencontres avec la musique méditerranéenne.

L'artiste commande au luthier quimpérois Marin Lhopiteau une harpe au son très ample. « J'ai essayé toutes sortes d'instruments mais c'est son prototype inspiré de modèles anciens qui m'a séduite » se souvient-elle. Cette harpe celtique, qui l'accompagne à chacun de ses concerts, pourrait bientôt prendre un peu de congé. L'artiste est en contact avec un luthier allemand qui réalise des modèles que l'on peut piloter par ordinateur. « Une telle harpe me permettrait de créer des univers futuristes » glisse-t-elle. 

Pour écrire ses chansons, la fée Cécile emploie toujours les mêmes ingrédients : elle s'inspire des airs traditionnels chantés et des contes et légendes de Bretagne et des pays celtiques.

 

 

« J'aime bien qu'une chanson raconte une histoire. L'idée est d'emmener l'auditeur dans un rêve, un voyage » dit-elle. Dans « SongBook vol.2 », on trouve beaucoup plus de compositions personnelles que dans le précédent album. Il faut sans doute y voir une forme de maturité artistique. « J'avais beaucoup de choses qui s'accumulaient et je n'osais peut-être pas les enregistrer avant ». Le titre « Mary », par exemple, est un hommage à Mary Read, une célèbre femme pirate qui vécut au XVIIè siècle, alors que « Sans faire un bruit » est une vraie histoire de chevalier qui enlève son héroïne, « un périple sur fond de neige entre la Bretagne et d'étranges terres du nord, le réel et la frontière des rêves ».

L'emploi de la langue de Shakespeare et du français au détriment du breton n'est pas neutre chez Cécile Corbel. « J'ai appris la langue bretonne pendant mes études à Paris quand j'avais 18 ans, mais aujourd'hui, je n'ai pas l'occasion de la parler. Du coup, mon niveau n'est pas suffisant pour tenir une conversation. Je ne maîtrise pas la poésie de la langue bretonne. Mais si quelqu'un veut m'écrire des textes en breton, je suis preneuse, au contraire ! » Et que dire de sa voix de cristal, parfois chuchotée, jamais criarde, qui accompagne son jeu de mains avec majesté ? Quand on écoute ses interprétations, on ne peut s'empêcher de penser à Kate Bush par sa facilité à surfer sur les notes. « On dit souvent que ma voix incite à la rêverie. On la trouve aussi enfantine, en tous cas étrange » répond la jeune artiste. L'ajout d'instruments à cordes autres que la harpe, comme le violoncelle et la guitare, donnent encore plus de tenue à ses créations folk-rock. Quelques-unes des chansons de l'album, comme le traditionnel irlandais « I see the great mountains », et la composition « Painted Veil », font aussi participer de manière plus imposante la cornemuse et le piano. Jimmie O'Neill, le chanteur des Silencers, fait enfin une apparition sur ce disque en interprétant « Lover's farewell », un titre sur le thème des amants séparés, en duo avec l'artiste du Cap Sizun.

Cécile Corbel revient d'une tournée de deux ans à l'étranger. En 2008, elle a présenté « SongBook vol.1 » aux publics birman et paraguayien. Les prestations de cette harpiste bretonne inconnue dans ces pays ont été très bien accueillies, sans doute parce que la musique celtique est quasi-universelle. « Quand on est une jeune artiste, de telles propositions, même insolites, ne se refusent pas, réagit Cécile Corbel. Il y a un parfum d'aventure au bout. Un ami harpiste, Ismaël Ledesma, a soufflé mon nom aux organisateurs d'un important festival au Paraguay. En Birmanie, j'ai pu travailler avec un musicien et découvrir d'autres modèles de harpes. J'ai appris beaucoup sur le peuple birman et sur les musiques traditionnelles de là-bas ». Cécile Corbel est revenue tellement émue de ses rencontres qu'elle a décidé d'oeuvrer pour la défense des droits de l'homme en Birmanie. Une partie des recettes de l'album « SongBook vol.2 » est reversée à l'association Info Birmanie*.

 

L'année 2009 s'avère bien chargée pour la jeune harpiste finistérienne. Outre la promotion de son album, d'abord dans notre région, elle interprêtera Anne de Bretagne dans l'opéra folk-rock d'Alan Simon qui devrait sortir en mars sous la forme d'un CD de 28 titres. Elle jouera aux côtés d'Angelo Branduardi, de Nilda Fernandez et du groupe Tri Yann. Pour Alan Simon, Cécile Corbel incarne parfaitement l'ancienne duchesse de Bretagne. « Elle aurait pu se retrouver en mauvaise posture face au savoir-faire de ses célèbres aînés. Non seulement elle tient la prestation haut la main, mais en plus elle apporte au personnage central une crédibilité et une fraîcheur qui honore la Bretagne et ses compagnons de scène reconnus ! » Alan Simon avoue que la première fois qu'il a entendu Cécile Corbel, il a eu le coup de coeur pour cette jeune artiste « qui sait rester humble tout en étant bénie des dieux ».

« Pour l'instant, dit-elle, je me considère comme artisane de ma musique et je suis heureuse de ce que je fais. Si le succès est au rendez-vous, tant mieux ». La suite de la carrière de Cécile Corbel, à vous de l'imaginer, en écoutant par exemple le remarquable instrumental « Innocence ». Les fées et les elfes se sont encore invités, mais c'est pour notre plus grand bonheur.

 


Le disque « SongBook vol.2 » est distribué par Keltia Musique (www.cecile-corbel.com)



* www.info-birmanie.org



Christophe Pluchon


 

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :


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