Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 07:20

chammings

Le sculpteur d'Edern vient de réaliser pour la ville de Quimper, une réplique en bronze des « Bambini » d'Hector Lemaire, une oeuvre dérobée il y a un an dans les jardins du théâtre Max Jacob. Quand il ne répond pas à une commande publique, l'artiste moule et façonne des corps... féminins, de préférence.

 

Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :

 

 

 

Alberto Giacometti a fait parler de lui début février. L'une de ses sculptures, « l'homme qui marche », s'est vendue au tarif record de 74,2 millions d'euros chez Sotheby's à Londres. D'origine lyonnaise, François Chamming's a treize ans lorsqu'il pose son regard sur cette silhouette, au cours d'une visite familiale à la fondation Maeght à Saint-Paul de Vence. C'est la révélation, mais il ne sait pas trop expliquer pourquoi. A l'époque en effet, c'est plutôt le dessin qui lui fait de l'oeil, alors qu'aujourd'hui il n'esquisse même pas les oeuvres qu'il réalisera en trois dimensions, « de peur d'avoir déjà fait » ! « J'ai une imagerie importante dans mon esprit qui fait que je suis sensible aux positionnements des gestes. C'est pour cela que je ne dessine pas avant » dit François Chamming's. Pour lui, l'oeuvre naît d'abord du cérébral, d'une réflexion de l'artiste. Il ne remercie pas tous les matins la Providence de lui avoir donné des mains pour travailler. « Certains peintres peignent avec leurs pieds, d'autres avec leur bouche. Si l'art a une connotation manuelle, il ne faut pas tout le temps le rapporter au travail manuel » dit-il.

François Chamming's n'a jamais pris de cours de sculpture. Il ne le revendique pas, et n'a aucun regret non plus. « Je n'ai rien contre les écoles d'art, mais je pense qu'il faut du temps à un étudiant pour se libérer de la forte imprégnation des enseignants et acquérir sa propre écriture. J'ai perdu du temps, mais ce que je sais, je l'ai appris tout seul, en cherchant ». Une formation sur le tas, donc, qui ne l'empêche pas, depuis 2003, de transmettre les bons gestes aux stagiaires inscrits aux cours qu'il donne dans son atelier. « Je leur indique les techniques, la marche à suivre, mais en aucun cas, je ne fais le travail à leur place » explique-t-il. Agnès, l'une des « élèves » occupée ce jour-là à modeler un portrait étrusque en grès, parle de Chamming's comme « quelqu'un de très pédagogue, de très accueillant et qui a une certaine truculence ». Cette passionnée de dessin et de peinture ne s'était jamais vraiment intéressée à la sculpture. « Je suis venue sur le conseil d'une amie. Je ne regrette pas. Toucher la terre m'aide à me concentrer. Je peux rester deux heures debout sans être fatiguée » dit-elle.

François Chamming's pratique presque toujours seul. Dans son livre paru à la fin de l'année dernière, il explique que son atelier est l'unique témoin de sa création. « Je parle à mon atelier et lui dis bonjour tous les matins ». Après une quinzaine d'années occupée à mettre en forme le tilleul et le noyer à Nîmes, Sévignac, Broons et Bécherel, l'artiste se tourne vers le bronze en 1997. Grâce aux « arts du feu », il accède à une nouvelle dimension de son art. Il se captive aussi pour le marbre de Carrare en Italie, assemblage de minéral et de végétal, « né de la compression des massifs coraliens à l'époque où les continents n'étaient pas formés ». Quant au granit breton, il ne l'attire pas plus que ça, à cause de son « côté radioactif » et de sa couleur grisâtre. Le sculpteur fait de nombreuses expositions dans sa carrière. Au début des années 2000, il s'envole pour New York. Il montre ses créations aux côtés de 2 400 autres artistes venus du monde entier. L'« Art Expo, Javits Center » l'aide à nouer de multiples contacts et à concrétiser des ventes.

François Chamming's aime les silhouettes des femmes. Il s'inspire des attitudes des personnes qu'il croise dans la rue, de l'émotion qu'elles dégagent, pour donner vie à ses oeuvres. « Une personne bien dans sa peau va se mouvoir d'une manière alerte. J'aime ce côté gracieux, fluide, mais aussi quelque part furtif » dit l'artiste. Toujours à l'affût des dernières nouveautés dans le domaine de la mode, il regarde attentivement les défilés, « richesse d'images et d'attitudes », et s'intéresse aux matériaux utilisés par les créateurs pour exprimer le volume. Ses sculptures, objets statiques par définition, montrent des corps en mouvement, « racés, qui ont du nerf », mais qui sont aussi de plus en plus épurés. « L'une de mes dernières créations représente une femme sous la forme d'une simple lame qui ondule. Ca me questionne d'autant plus qu'un collectionneur m'a récemment demandé ce que j'allais bien pouvoir faire après ça. Je suis resté penaud ».

A la page 25 de son livre, François Chamming's donne une définition de son art. « La sculpture, c'est ôter pour révéler. Révéler d'une part la matière qui me permet de rechercher, découvrir, donner naissance à la ligne, et d'autre part la courbe qui reste en accord avec la précédente tout en s'accordant avec la suivante ». Une sculpture a plusieurs lectures, dit encore l'artiste, selon la lumière. « C'est grâce à elle que le volume va exister. On n'aura pas la même sculpture au levant et au couchant, pas les mêmes reflets ». Ici un sein, là une hanche... Ses nus ne dégagent selon lui aucune vulgarité. « On peut tout traiter en art, l'amour, la sensualité, les sentiments, le désir... C'est la perception que l'on a selon notre vécu qui nous fait dire qu'une oeuvre est vulgaire. C'est donc complètement subjectif ».

François Chamming's aimerait un jour tâter du pinceau, pour voir s'il est capable de coucher sur la toile des portraits ou des paysages. Une confidence exprimée au conditionnel, car pour l'instant, il n'a pas encore exploré toutes les possibilités offertes par la sculpture. « C'est un arbre dont le tronc a un diamètre énorme et beaucoup de branches porteuses ! » jCe « jusqu'au-boutiste », comme il se définit, envisage difficilement de tout bien faire en se dispersant. Et puis « Gaëlle », « Léna » et les « Princesses Nomades », parées de noyer et de bronze, occupent bien trop son esprit !

 

Pour en savoir plus, vous pouvez vous procurer le livre « Chamming's, sculpteur » qui retrace l'itinéraire de l'artiste, et visiter son site internet : www.chammings.com

La sculpture « Les Bambini » sera installée les 16 et 17 février dans le jardin du théâtre Max Jacob à Quimper.



Christophe Pluchon

 

Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :

 



Repost 0
5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 07:38
CIMG0769
Ecouter le magazine diffusé sur RCF Rivages :



Depuis trois ans, 80 ouvriers sculptent le nouveau pont de Térénez, au dessus de l'Aulne entre Rosnoën et Argol. Il représente un défi technologique puisqu'il s'agit du premier pont courbe à haubans d'Europe. Les automobilistes, piétons et cyclistes pourront, si le chantier ne prend pas de retard, l'emprunter à partir d'avril 2011. L'ancien ouvrage, atteint de ce qu'on appelle le « cancer du béton » sera détruit dans la foulée. « Nous avons quasiment terminé les pylônes et commencé à installer les haubans. Nous poursuivons aussi l'assemblage des voussoirs pour rejoindre le milieu du tablier » expliquait la semaine dernière Michel Lennon, adjoint au chef de service Pont de Térénez au Conseil Général.

Les étudiants du département Génie Civil de l'IUT de Saint-Nazaire suivent de près le chantier de construction du pont de Térénez. Le ballet des machines fascine Sylvie Clapier, qui prépare une licence dans la conduite des travaux publics et qui s'intéresse à la gestion des hommes et du matériel. « La première pelle mécanique que j'ai vue a été une révélation. J'aime voir les machines qui s'affairent à une tâche bien précise. Chacun sait ce qu'il doit réaliser dans la journée, qu'il pleuve ou qu'il vente. Si on a peur du mauvais temps, alors on fait un autre métier » dit-elle. Magali Guillaume, qui vient de terminer son contrat de deux ans et demi comme assistante au chef de chantier sur le pont de Térénez, témoigne pour sa part de la nécessité de s'ouvrir aux autres pour travailler efficacement. « C'est dynamique car on est toujours sous pression à cause des imprévus ou des délais à tenir. Mais au final, je suis assez fière du résultat ». Début février, la jeune femme de 23 ans a rejoint la Hague pour de nouvelles aventures, dans le domaine du nucléaire. Elle espère y trouver un peu plus de femmes qui, comme elles, sont passionnées par les métiers de la construction car elles n'étaient que deux sur le chantier du pont de Térénez.

 

Pratique : sur la route du Belvédère, vers Rosnoën, une exposition retrace l'histoire de l'ancien pont et les différentes phases de construction du nouvel ouvrage.

 

Christophe Pluchon


Repost 0
28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 21:52

manifplogoff

  (Crédit photo : revue Nukleel)

 

La petite commune du Cap Sizun a rendez-vous avec sa mémoire. Le 31 janvier 1980 était lancée dans la douleur une enquête publique portant sur la construction d'une centrale nucléaire sur la falaise de Feunteun Aod. François Mitterand, élu à la tête du pays l'année suivante, a enterré ce projet qui a laissé de nombreuses cicatrices.

 

Ecouter le magazine diffusé sur RCF Rivages :

 

Des enfants derrière une banderole sur laquelle on peut lire en grosses lettres noires : « Laissez-nous grandir et vivre chez nous à Plogoff sans le nucléaire »... Cette scène de l'histoire avec un grand H, immortalisée par la caméra de Félix et Nicole Le Garrec en 1980 pour le film documentaire « Plogoff, des pierres contre des fusils », témoigne à quel point la Bretagne, mazoutée deux années plus tôt par l'Amoco Cadiz, ne veut pas être transformée en poubelle de la France. Une conscience environnementale commence à s'affirmer, ainsi qu'un besoin farouche de défendre son patrimoine culturel et son identité. « Le projet de Plogoff est arrivé très tard dans le programme électro-nucléaire, explique l'écologiste Gérard Borvon, militant de la première heure. Les populations ont refusé des implantations à Erdeven, St Jean-du-Doigt et Ploumoguer. Elles estimaient que la technique n'était pas au point et qu'on ne savait pas comment recycler les déchets. A Plogoff, EDF et l'Etat s'attendaient à ce que les gens acceptent la centrale car il y avait beaucoup de retraités et d'anciens marins bien disciplinés. C'est tout le contraire qui s'est passé ».

Le Breton est têtu, chevronné. En 1976 déjà, les ingénieurs d'EDF sont empêchés de sonder des terrains qui pourraient accueillir une centrale sur la commune de Plogoff. Les opposants sont de plus en plus nombreux à rejoindre les CLIN, les comités locaux d'information nucléaire qui se sont montés un peu partout dans le pays. « La pollution n'a pas de frontières », justifient les écologistes. Pour sauver le Cap, on invite les militants à acquérir des parcelles afin d'y implanter une bergerie. « Nous pensions qu'en multipliant le nombre de propriétaires, ce serait plus difficile pour EDF d'acheter les terrains » poursuit Gérard Borvon. L'ancien professeur de physique se souvient d'avoir fait plusieurs fois le trajet Landerneau-Plogoff pour garder la bergerie quand c'était son tour. « Nous étions installés dans une petite caravane. Nous passions la nuit à discuter, à refaire le monde ».

histoire_antinucleaire1.jpg

Puis arrive l'enquête publique... La veille de son démarrage, le 30 janvier 1980, le maire de Plogoff Jean-Marie Kerloc'h et ses homologues des communes voisines font un coup d'éclat. Estimant que les autorités ne tiendront de toute manière pas compte des avis de la population, ils prennent la responsabilité de brûler le dossier. Pendant quarante-cinq jours, les commissaires-enquêteurs doivent assumer leur fonction dans des camionnettes rebaptisées « mairies annexes ». A partir de ce moment, une forme plus violente de « résistance contre l'oppression » s'organise : des barricades de carcasses de voitures et d'ordures ménagères se dressent un peu partout sur les routes, devant les gardes mobiles arrivés en nombre. « C'était un combat psychologique, se souvient Gildas Sergent, chorégraphe de la comédie musicale « Plogoff, An Arvest », qui était âgé d'une quinzaine d'années à l'époque. Les forces de l'ordre ont beaucoup souffert de cette situation. Les femmes dévalorisaient les gendarmes et les CRS par rapport à leur sexe et elles disaient aux plus jeunes qu'elles connaissaient des gens de leur famille. Plogoff est devenu un cas d'école ». Cet habitant du bourg, désormais en retraite, se rappelle des « assauts répétés » contre les manifestants. « Un jour, ils s'étaient planqués dans la vallée. On les a vu arriver vers nous en criant. Même les plus vieux du village n'avaient pas vu ça pendant la guerre ! » Les arrestations se succèdent. Plusieurs manifestants sont traduits devant le tribunal de Quimper. L'un des avocats, Maitre Choucq, est même condamné à dix jours de suspension.

1-Affrontement1.JPG

C'est dans ce climat d'insécurité que les époux Le Garrec filment au jour le jour, en format 16 mm, les moments clés de la confrontation. « Nous dormions dans une ferme. On venait nous réveiller la nuit en nous disant qu'une action se préparait » raconte Nicole Le Garrec. Félix, lui, se souvient des pierres et des grenades offensives qui volaient au-dessus de sa tête. « Je me couchais par terre, le nez au sol, pour que le nuage passe au-dessus ». Les deux cinéastes de Plonéour-Lanvern se mettent naturellement du côté des habitants de Plogoff. « C'était difficile de rester objectif car l'enjeu était trop grand. Nous devions faire des images pour les générations futures ».

Au début des années 80, la télévision est encore publique et elle ne montre pas de manière systématique les événements au reste du pays, surtout quand ils peuvent mettre en péril le pouvoir en place ! La population en colère s'informe grâce à la presse quotidienne régionale et à Radio Plogoff, une station non-autorisée montée avec l'aide de militants antinucléaires qui ont déjà l'expérience de ce média. « L'émetteur, qui portait jusque dans le nord du département, était gardé à tour de rôle, car nous avions peur que la gendarmerie vienne nous l'enlever » poursuit Gérard Borvon. Radio Plogoff donne la parole aux écologistes, aux scientifiques, aux élus et aux habitants pour qu'ils s'expriment sur le projet de centrale. La station diffuse aussi en avril 1981, une interview de Paul Quilès réalisée au téléphone. En écho aux propos tenus le 9 du mois par le candidat à la présidentielle François Mitterand, le responsable du parti socialiste chargé de l'énergie se veut rassurant. « Je confirme que nous ne ferons pas Plogoff » dit-il après une série d'explications sur la politique nucléaire que souhaite mener le prétendant à l'Elysée. L'élection de Mitterand est annoncée en direct le soir du 10 mai. La joie transpire, les larmes coulent aux cris de « On a gagné, on a gagné ! » Dans le studio et derrière les récepteurs, on se réjouit de cette victoire qui donne enfin des raisons d'espérer.

L'histoire retient aussi de Plogoff des rassemblements festifs que l'on peine à imaginer aujourd'hui, par le nombre de participants venus du plateau du Larzac et d'ailleurs. Le week-end du 24-25 mai 1980, entre 100 000 et 150 000 personnes se bousculent face à la baie des Trépassés. « L'ambiance était souriante. Il y avait des scènes partout, des banderoles. On signait toutes sortes de choses, contre le nucléaire bien sûr, mais aussi pour soutenir les prisonniers politiques » se souvient Gildas Sergent. La directrice de l'école primaire de Plogoff, Céline Berlinet, a promis d'évoquer cette période troublée avec ses élèves, à leur retour de classe de neige. Dans le Cap Sizun, c'est connu : le ciel finit toujours par se dégager.

soleil.jpg

Le spectacle « Plogoff, An Arvest » du cercle celtique de Douarnenez sera joué le 13 mars 2010 au théâtre de Cornouaille à Quimper. Des extraits du film «  Plogoff, des pierres contre des fusils » seront projetés. Le DVD est disponible à la vente (02 98 87 13 79 et sur www.bretagne-films.com/).


A lire et à voir :

- Le livre « Plogoff, un combat pour demain » de Gérard Borvon (éditions Cloître), qui peut être consulté ici : http://seaus.free.fr/spip.php?article131

- Le n°174 de la revue Armen date de janvier-février 2010

- Une petite histoire de Radio Plogoff sur le site : www.radiobrest.net



Christophe Pluchon

 


Ecouter le magazine diffusé sur RCF Rivages :


 

Repost 0
26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 21:41
CIMG0780b.jpg

Chaque année, les Compagnons du Devoir forment environ 6 000 jeunes partout dans le pays. La clé du succès de cette institution, c'est la formidable aventure humaine qu'elle offre aux apprentis. Si la vie en communauté garantit l'esprit d'équipe et le respect de l'autre, la rigueur et la motivation exigées dès l'entrée les aident à acquérir les bases organisationnelles de leur futur métier. « Les formations en alternance durent un an ou deux ans. Les stagiaires passent six semaines dans l'entreprise et deux semaines dans nos locaux » explique Cyril Cotrel, le prévôt de la Maison des Compagnons du Devoir de Brest.

Ce vendredi, ce samedi et ce dimanche, entre 9h et 18h, les Compagnons du Devoir montreront leur savoir-faire dans les métiers de la boulangerie, de la pâtisserie, de la couverture, de la maçonnerie, de la serrurerie-métallerie, de la charpente, de l'ébénisterie, de la menuiserie et de la plomberie. Ils ne manqueront pas d'évoquer le Tour de France, passage obligé pour perfectionner sa technique. Les visiteurs pourront aussi rencontrer des jeunes femmes en apprentissage, comme Marine Chevalier, qui se forme au métier de menuisier. « Scier un morceau de bois pour une femme, ce n'est pas plus difficile que pour un homme. La force vient au fur et à mesure » dit-elle. Marine sait déjà qu'un employeur l'attend au bout de sa formation : les Compagnons du Devoir, par l'image de sérieux qu'ils véhiculent, ont su gagner leur confiance au fil des ans.


Contacts :

Maison des Compagnons du Devoir de Brest : 7 rue Armorique (02 98 05 19 73)

Antenne de Quimper : 02 98 64 95 75

A noter aussi la tenue de deux tables-rondes (à 15h à Brest) sur les thèmes de la formation (le samedi) et de l'évolution du campagnonage (le dimanche).


Christophe Pluchon

Repost 0
15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 00:00

Le très beau livre « Itinéraire d'un peintre breton » que signe Charles Kérivel est une rétrospective de plus de vingt-cinq ans de croquis et d'aquarelles réalisés au Maroc. Un pays aux multiples visages que l'artiste ne se lasse toujours pas d'explorer...

Charles Kerivel

  Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :

 


« Avec une grande passion, Charles Kérivel donne aux sites qu'il peint, une vie et une animation qui transmettent au spectateur l'impression d'y être ». Georges Gernot participe depuis 2002 aux ateliers que l'artiste organise au Maroc sur les techniques de l'aquarelle, et il se dit impressionné par l'étonnante connaissance du pays qu'il a acquise au fil de ses voyages. « Quand j'y suis allé, nous avons pu peindre des porteurs d'eau, des musiciens, des danseurs. Chaque stagiaire a rapporté une moisson de souvenirs et une connaissance très originale des lieux » dit-il.

Charles Kérivel a fait plusieurs métiers dans sa vie, tous reliés à son intérêt pour le dessin et la peinture, mais aussi au milieu maritime. Il apprend les techniques graphiques sur le tas, en regardant les autres. Adolescent, il voue une admiration toute particulière à René Pellos, l'auteur de la bande dessinée « La guerre du feu » et de nombreuses caricatures dans des journaux sportifs à partir des années 50. « Les jeudis après-midi, sur la table de la cuisine, je recopiais ses dessins avec ma règle, mon compas et ma plume Sergent-Major. C'est Pellos qui m'a appris à dessiner » se souvient-il.

Son histoire d'amour avec l'Afrique du Nord et plus spécialement le Maroc débute grâce à l'Isomeria, un pétrolier de la compagnie Shell sur lequel il embarque en 1956, après quelques mois de pêche au maquereau au sortir de l'Ecole d'Apprentissage Maritime. Dans son livre, il raconte sa découverte de Casablanca. « La kasbah se trouvant proche du port, une brève échappée à travers les ruelles du souk est ma première balade en terres marocaines ». La visite d'un autre port fameux, Essaouira, situé plus au sud, constitue pour Charles Kérivel un retour aux sources, vers ses racines. « Il y avait beaucoup d'animation sur les quais. C'était un peu l'ambiance que j'ai connue dans mon enfance à Douarnenez, avec les langoustiers, les thoniers... Je me suis trouvé dans le même état d'esprit que Mathurin Méheut quand il croquait les pêcheurs. Il suffisait de tourner la tête pour avoir devant soi une scène totalement différente ». Avant de partir en campagne, Charles Kérivel glisse dans ses valises une boîte d'aquarelle et quelques feuilles de papier « au cas où ». « Les escales n'étaient pas longues, deux ou trois jours, mais c'était suffisant pour ramener quelques peintures. J'ai aussi édité avec l'un de mes lieutenants un recueil de poèmes et d'histoires qui se déroulaient sur le bateau. Je faisais les dessins ».

En 1959, en pleine guerre d'Algérie, Charles Kérivel est appelé sous les drapeaux. Il effectue son service dans la Marine avec la spécialité de charpentier, et fait une rencontre qui change le cours de sa vie. « Gérard Malher, qui est graphiste à Paris, voit mes dessins et m'encourage à m'orienter dans le secteur de la publicité. Il m'apprend les bases de la typographie. C'est un peu grâce à lui que je suis embauché à l'imprimerie PAM à Brest en 1962, qui est alors spécialisée dans l'étiquette de vin ». Dans son ouvrage, Charles Kérivel a cette formule qui prouve qu'on peut, avec de la chance, choisir son métier. « Payé pour dessiner ! Je crois rêver ! »

En 1969, après un détour par Cognac dans une autre imprimerie, l'artiste revient à Brest pour exercer ses talents de créatif dans un journal de petites annonces. « C'était le premier de France, une idée ramenée de Suisse par le propriétaire d'Inter-Service » dit-il. Il participe ensuite à l'aventure de Bretagne-Publicité, un support appelé à se développer car il se différenciait des journaux en offrant de la distribution de prospectus en boîte à lettres. Il devient responsable de la création publicitaire du journal Le Télégramme et du groupe Rallye (aujourd'hui Casino). Puis en 1978, sous le pseudonyme Kerik, il publie à compte d'auteur une bande dessinée qui ne passe pas inaperçue. « Du termaji chez les Penn-Sardinn » traite des relations un peu compliquées entre les marines nationale, marchande et le monde de la pêche. « Je me suis demandé ce que je pourrais faire de fédérateur pour les Douarnenistes. La BD était écrite en langage de là-bas, un mélange de français et de breton. J'en ai sorti trois comme ça. On a même adapté une pièce de théâtre très souvent jouée à guichet fermé » se souvient-il. Et c'était bien avant le phénomène Ch'ti !

L'année 1983 est à marquer d'une pierre blanche. Charles Kérivel revoit le Grand Sud-Marocain qu'il avait approché quand il sillonnait les mers sur des pétroliers. Il profite de quinze jours de vacances pour « traduire l'environnement en des tons empreints de gaieté accompagnant un dessin au pinceau à peine esquissé ». Seul ou en groupe, il ne se lasse pas de transcrire à sa façon les lumières et les ambiances de ce pays au charme évident. « Je ne me considère pas comme un grand peintre. Je suis un bon dessinateur, c'est ce qui me sauve. C'est l'aquarelle qui met ce dessin en valeur » explique-t-il. L'artiste ne sort jamais sans son carnet de croquis, un outil précieux pour garder à l'esprit des scènes prises sur le vif, au milieu des gens. « Depuis quelques années, on redécouvre les traditions, la langue, la façon de vivre du peuple berbère. Il est de mon devoir de montrer leur patrimoine avant qu'il ne disparaisse. On peut considérer que je fais du reportage par certains aspects ».

Le livre que fait paraître Charles Kérivel est bien sûr un ouvrage d'art. Mais on peut aussi le feuilleter pour se faire sa propre idée du Maroc, loin des images d'Epinal véhiculées par les agences de voyage. La balade commence à Tanger et s'achève à Sidi Ifni, pour le plaisir des yeux et des sens grâce à 580 reproductions de grande qualité. On s'arrête tour à tour devant la mosquée de Rabbat, devant la citadelle d'Essaouira et on traverse l'Atlas à dos de chameau. Chaque lieu fait l'objet d'un commentaire qui donne une envie d'évasion. « Ce livre est le résultat d'un travail familial, explique Charles Kérivel. J'ai établi le fil rouge et fait moi-même la mise en page, car c'était un peu mon job avant. Ma bru Sang et mes petites-filles Mayliss et Maïwen m'ont aidé. Je leur suis infiniment reconnaissant ». L'histoire d'amour que Charles Kérivel entretient avec le Maroc n'est pas prête de s'achever. « J'y trouve tout ce que j'ai envie de peindre » dit-il.



Le livre « Charles Kérivel, itinéraire d'un peintre breton » est paru chez ACR Edition (60 €).

L'artiste organise régulièrement au Maroc des ateliers ouverts à tous, pour se familiariser avec la technique de l'aquarelle. Vous pouvez vous renseigner sur son site internet : www.aquarelle-maroc.com/



Christophe Pluchon

 


Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :

 




Repost 0
31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 21:54

Du lundi au vendredi à 11h30 et à 18h30, la radio RCF Rivages, située à Brest dans le Finistère, vous invite à retrouver un magazine d'une demi-heure, relatif à l'économie, la culture, le patrimoine ou encore la santé sur tout le département.

 

Vous pouvez écouter les émissions avec le player. Certaines sont reliées à un portrait écrit (voir la liste ci-contre). 

 

En cas de bug, le temps que le fichier se télécharge, veuillez attendre quelques secondes l'extinction de la barre verte.

 

Le défilé de l'interview s'interrompra si vous quittez la page (lancez plutôt votre navigateur dans une autre fenêtre !)

Bonne écoute !

 

 

Producteur : Christophe Pluchon / RCF Rivages, 2008-2010.

 

 

 

-2009-

 

 

- La chanteuse Clarisse Lavanant sur les pas de Glenmor

 

La chanteuse morlaisienne fait paraître en cette fin d'année "Mémoire vivante", un disque dans lequel elle reprend les plus belles chansons de Glenmor. Avec Dan Ar Braz, son complice depuis quatre albums, elle chante aussi des comptines de Bretagne et d'ailleurs (sur un autre CD). Cette émission a été mise en ligne en décembre 2009. Vous pouvez aussi lire le portrait ici (attention, l'écoute du magazine s'interrompra).

 

 

Clarisse-Lavanant-et-Dan-Ar-Braz.jpg


- Maxime Piolot : "Le temps qui nous est donné"

 

Rencontre avec le chanteur du Conquet pour la sortie de son disque dédié en partie à son petit-fils. Cette émission a été mise en ligne en décembre 2009. Vous pouvez aussi lire le portrait ici (attention, l'écoute du magazine s'interrompra).

 

img272

 

 

 

- Charles Kérivel, peintre aquarelliste

 

L'artiste d'origine douarneniste, au parcours étonnant, retrace dans le livre "Charles Kérivel, itinéraire d'un peintre breton" (ACR Editions), 25 ans de voyages picturaux au Maroc. Cette émission a été mise en ligne en décembre 2009. Vous pouvez aussi lire le portrait ici (attention, l'écoute du magazine s'interrompra).

 

Kerivelmini



- La Banque Alimentaire du Finistère

 

Visite de la Banque Alimentaire du Finistère (dont le siège est à Quimper), à l'occasion de la collecte nationale des 27 et 28 novembre dans 200 moyennes et grandes surfaces du département.  Cette émission a été mise en ligne en novembre 2009. Vous pouvez aussi lire le portrait ici (attention, l'écoute du magazine s'interrompra).

 

 



- Portsall-Ploudalmézeau : l'amour impossible ?

 

Vous souvenez-vous de ce téléfilm avec Pierre Mondy, diffusé à la fin des années 80 à la télévision : "L'or noir de Lornac" ? Une mairie avait été installée pour les besoins du tournage, dans une grande bâtisse situé au petit port de Portsall dans le Finistère. Plus de 20 ans après, le scénario pourrait-il se reproduire ? Une partie des habitants de Portsall, qui dépend administrativement de Ploudalmézeau, réclame l'indépendance du port. La population pourra donner son avis pendant l'enquête publique qui sera ouverte du 21 décembre 2009 au 21 janvier 2010. Cette émission a été mise en ligne en novembre 2009. 





 

 

 

  - Serge Marzin, graveur d'estampes à St Méen (Finistère)

 

Dans cet entretien, découvrez un métier ancestral : la gravure au burin, puis l'impression des estampes... Cette émission a été mise en ligne en octobre 2009. Vous pouvez aussi lire le portrait ici (attention, l'écoute du magazine s'interrompra).

 



 

 

 

- L'utilisation des logiciels libres dans le Finistère

 

Que sont les logiciels libres, leur philosophie, leurs usages... Et surtout, peuvent-ils remplacer avantageusement les applications Microsoft ou Mac ? La réponse est oui ! Cette émission a été mise en ligne en octobre 2009.

 

 

 

 

- Marie Sizun pour son livre "Eclats d'enfance" (Ed. Arléa)

 

L'écrivain, "Grand Prix du Télégramme" pour son roman "la femme de l'allemand" retrace dans cet ouvrage son enfance à Paris. Cet entretien a été mis en ligne en octobre 2009. Vous pouvez aussi lire le portrait ici (attention, l'écoute du magazine s'interrompra).

 







- La maladie d'Alzheimer, avec l'exemple du centre d'accueil de jour Ti Ma Bro de Querrien

 

Que sait-on de la maladie d'Alzheimer, et comment sont accueillis les patients ? Cette émission a été mise en ligne en septembre 2009.

 

 

          


 


-
La libération de Brest (à l'occasion du 65è anniversaire)

 

L'historien Alain Boulaire retrace la libération de Brest, ville détruite à 80% par les alliés pour faire fuir l'occupant. Des témoins racontent le sauvetage des archives de la marine et l'incendie de l'abri Sadi-Carnot... Cette émission a été mise en ligne en septembre 2009.

 



 

 

 

- Emmeline Verriest et l'association Aux Goûts du Jour (prévention sur le Bien Manger)

 

Pour mieux consommer, il suffit parfois de gestes simples. On parle beaucoup du bio, bien sûr, mais on peut aussi consommer de l'eau du robinet pour limiter la production de plastique. En plus, on fait des économies ! Cette émission a été mise en ligne en septembre 2009. Vous pouvez aussi lire le portrait ici (attention, l'écoute du magazine s'interrompra).

 

 

 

 

- Le chaos d'Huelgoat avec Patricia Cadiou, guide de l'association "Les aventuriers de la légende de Huelgoat"

 

Chut ! Ne dérangeons pas les lutins ! C'est parti pour une promenade hors du commun, au pays des rêves, en plein centre-Finistère... Cette émission a été mise en ligne en août 2009.

 




 

- Visite du Château du Taureau en baie de Morlaix

 

Le Château du Taureau, c'est un peu le Fort Boyard breton. Un fort en pleine mer, qui a tour à tour abrité des bagnards et une école de voile, et qui se visite désormais. Cette émission a été mise en ligne en août 2009.

 

 

 


- Rencontre avec la colonie d'artistes de Camaret-sur-Mer

 

Le petit port de Camaret, en presqu'île de Crozon, attire depuis longtemps les peintres et les sculpteurs. Ces artistes ont leur atelier au centre-ville. Cette émission a été mise en ligne en juillet 2009.

 



 

 

 

 

 

 

Vous avez aimé un magazine ? Aidez financièrement RCF Rivages en faisant un don (sommes déductibles de vos revenus pour les impôts). Découvrez la radio en cliquant sur le logo.

 

 

LES MAGAZINES DE RCF RIVAGES EN ECOUTE

2010

2009

2008

Repost 0
30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 21:50

Double actualité en ce début d'année pour la chanteuse de Morlaix, Clarisse Lavanant. A 28 ans, celle qui interprète la femme de Moïse (Séphora) dans la comédie musicale « Les Dix Commandements » revient sur ses terres pour un album de reprises en hommage à Glenmor. Elle poursuit aussi sa collaboration avec Dan Ar Braz sur un disque de comptines.

  Clarisse.jpg

 

Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :

 

« On peut donner de l'émotion aux gens et en faire un métier. Je trouve ça formidable ». Clarisse Lavanant a les mots justes pour parler de sa carrière d'auteur-interprète. Elle se souvient avoir avoir eu le déclic en visionnant le film « Edith et Marcel » de Claude Lelouch quand elle avait treize ans. « Je me suis mise à apprendre les chansons de Piaf par coeur. C'était pour moi un moyen de communiquer. J'avais besoin de ça pour aller vers les autres » dit-elle.

Lycéenne à Paris, l'adolescente timide découvre « les grands yeux bleus et le visage de barde de Glenmor » en tombant par hasard sur une pochette de disque. « L'une des chansons, c'était Le retour. J'ai alors pensé à ce que me disait mon grand-père. Comme moi, il avait quitté la Bretagne pour la capitale et il parlait de sa région avec un attachement que je ne comprenais pas quand j'étais petite car j'avais envie de voyager, au contraire ! » Ce morceau de Glenmor lui reste en mémoire : Clarisse Lavanant se fait le devoir d'adapter plus tard, quelques-uns de ses textes, en hommage à cette Bretagne et à cette enfance qui lui manquent tellement.

Le temps passe : elle enregistre son premier disque « Où c'est ailleurs » en 2001 après un passage sur la scène des Francofolies de La Rochelle, puis démarre une tournée avec Tri Yann. Une nouvelle aventure l'appelle la même année. « J'ai reçu un coup de téléphone me proposant de venir auditionner pour Les Dix Commandements. Je n'avais jamais fait de comédie musicale. Je me suis retrouvée dans une troupe de quatre-vingt personnes où il fallait être en forme tous les soirs. Humainement et professionnellement, j'ai beaucoup appris ».

Nourrie de l'univers des autres et du souvenir de ses nombreux spectacles dans les pays francophones, Clarisse Lavanant songe déjà son deuxième album. Sa rencontre avec Dan Ar Braz en 2002 au café de l'Epée à Quimper est capitale pour la suite de sa carrière. « Je lui ai remis La fin de la terre, un texte que j'avais écrit. Il a mis une musique dessus, et il m'a demandé de lui en faire deux autres. Je lui ai apporté La route vers l'ouest et A toi et ceux ». Trois ans plus tard, Dan Ar Braz compose et réalise le deuxième disque de Clarisse Lavanant, « Vers l'imaginaire ».

Dans son troisième album totalement produit par elle, « Les filles comme moi », la chanteuse de Morlaix raconte son univers de rêveuse forcément... bretonne. Puis elle entame une tournée en solo d'une centaine de dates dans les chapelles. « J'avais envie d'un contact plus proche avec le public, loin des grandes salles comme avec les Dix Commandements » se souvient-elle.

Le dernier disque, « Mémoire vivante » sorti il y a quelques semaines sonne comme un retour aux sources. Ses désirs d'adolescente se réalisent : Clarisse Lavanant met ses pas dans ceux de Glenmor en reprenant quelques-uns de ses textes comme « Le retour », « Le mont Nébo » ou « Cet amour-là ». Elle chante aussi en breton sur deux titres (« Viviana » et « O Keltia »). « C'est la langue de mes ancêtres mais on ne me l'a pas transmise. Elle est difficile mais elle réveille beaucoup de choses en moi. J'ai vraiment envie de l'apprendre » explique-t-elle. Avec la chanson « Mémoire vivante » qu'elle a entièrement composée, Clarisse Lavanant rend un vibrant hommage au barde breton et à sa « poésie humaniste ». En voici quelques vers :


Mémoire vivante, regard d'écume

Caressante ou violente plume

La voix du large qui fait chanter

Le courage de la liberté


« Une grande partie de la jeunesse d'aujourd'hui ne sait pas qui était Glenmor, ou alors elle en a vaguement entendu parler, poursuit Clarisse Lavanant. Emile Le Scanff a redonné à nos grands-parents la fierté d'être breton, et c'est grâce à cet éveilleur de consciences que nous sommes là aujourd'hui. C'est cette image de militant que l'on garde de lui. Or, ses textes sont aussi truffés de tendresse et d'humanité ». Le titre « Ils se meurent nos oiseaux », pour ce citer que celui-là, ravive la catastrophe maritime du Torrey Canyon. Les paroles sont toujours d'actualité, quarante-trois ans après le drame. « Ce sont les oiseaux qui trinquent en premier. Avant d'interpréter cette chanson, Glenmor disait : puisqu'on a de la chance d'être encore là, parlons-en et pleurons-les ensemble ».

Clarisse Lavanant est restée fidèle au style musical finalement assez épuré de l'artiste de Maël-Carhaix. Elle a fait appel à Fanch Bernard, le contrebassiste qui a accompagné le barde breton pendant sa carrière. Elle explique qu'elle a choisi de reprendre les titres qui lui correspondaient le mieux, pour faire passer les messages « dans la douceur et la suggestion ». « C'était un personnage. Je ne voyais pas l'intérêt de chanter comme lui, de façon aussi puissante ». Dan Ar Braz, ancien guitariste de Glenmor, se dit agréablement surpris par la qualité de l'adaptation. « Une femme peut très bien chanter Glenmor, car les voix fragiles sont parfois plus touchantes que les jolies voix » dit-il. La chanteuse défend une version a capella de la chanson « O Keltia », avec une justesse et une limpidité hors pair qui donnent le droit, sans conteste, de la classer parmi les grandes interprètes de Bretagne. La poésie de Glenmor se déguste bien au féminin !

Dan Ar Braz ne pouvait pas se passer des talents de Clarisse Lavanant pour son nouvel album. C'est un disque qui tranche radicalement avec son travail précédent. L'auteur de l'Héritage des Celtes s'est vu confier par les éditions Eveil et Découvertes l'écriture musicale d'un CD... de comptines celtiques. Clarisse Lavanant s'est prêtée au jeu, car on ne change pas une équipe qui gagne au bout de quatre disques en commun ! « Clarisse, c'est un peu ma Souchon. Elle a écrit des couplets magnifiques pour cet album, pleins de fraîcheur. Ca fait une respiration dans ma carrière » analyse Dan Ar Braz. La voix de Clarisse Lavanant sur des airs qui ont fait le tour du monde comme « A la Claire Fontaine » emmène l'auditeur dans un monde féérique. « Je n'avais jamais remarqué que le texte de cette comptine était si beau » dit-il.

L'actualité de Clarisse Lavanant est chargée en ce début d'année 2010 : la chanteuse prévoit une série de concerts dans la région (les dates ne sont pas encore arrêtées précisément). Elle doit aussi repartir en tournée internationale avec la comédie musicale « Les Dix Commandements ». Parallèlement, elle travaille à l'écriture musicale d'un deuxième disque d'adaptations de chansons de Glenmor (qui auront peut-être une connotation musicale plus celtique). Dan Ar Braz n'est pas oublié : Clarisse Lavanant aimerait bien sortir un disque en hommage à sa « plus belle rencontre ». « Je lui dois bien ça car nous avons écrit plusieurs chapitres ensemble, et l'aventure est loin d'être terminée » dit-elle.


jaquette


Vous pouvez écouter des extraits de l'album « Mémoire vivante » de Clarisse Lavanant sur le site : www.myspace.com/clarisselavanant



Christophe Pluchon

 


Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :

 



Repost 0
19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 12:28

2.jpg

Crédit photo : FRAC Bretagne/Musée des Beaux-Arts de Brest

 

André Raffray est décédé le 6 janvier 2010 à l'âge de 84 ans.


Pour évoquer cette exposition et le travail d'André Raffray, je vous propose d'écouter l'interview diffusée sur RCF Rivages et de lire l'article publié dans le Courrier du Léon-Progrès de Cornouaille en décembre 2009. 



C'est par le dessin que l'artiste commence sa carrière. Sa passion le mène après la guerre au service animation de la société Gaumont où il illustre de nombreux tournages. En 1977, le Centre Pompidou lui commande une série de douze scènes représentant la vie et l'oeuvre de Marcel Duchamp. André Raffray ne cesse, au cours de sa vie, de réinventer les situations qui ont inspiré les grands maîtres, comme Picasso, Gauguin ou Seurat, en utilisant des techniques diverses comme le collage, la gouache ou la vidéo.

L'exposition proposée jusqu'au 4 avril 2010 au musée des Beaux-Arts de Brest montre l'évolution du travail d'André Raffray au cours de toutes ces années. « J'ai parcouru l'Europe entière pour retrouver des paysages » explique-t-il. L'artiste revisite par exemple, avec ses crayons de couleur, la montagne Sainte-Victoire peinte par Cézanne, et l'entrée de Port-en-Bessin, à la manière du pointilliste Georges Seurat. Cette interprétation des oeuvres questionne les artistes eux-mêmes. « Ce n'est en aucun cas du plagiat, indique André Raffay, mais plutôt une façon différente d'approcher l'histoire de l'art et l'évolution des lieux. Je ne pourrais pas me mettre devant une rivière pour la peindre. Ca n'aurait aucun intérêt pour moi ».

 

Christophe Pluchon

Repost 0
13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 19:20

L'histoire de Jeanne Barret est atypique puisque cette femme fut la première à réaliser un tour du monde pour le compte de la Royale. En 1766, elle quitte Rochefort, sur la flûte l'Etoile, pour participer à l'expédition de Bougainville et de la Boudeuse qui vise à ramener de nouvelles épices. Elle se déguise en homme et se fait passer pour le valet de son amant, le naturaliste du roi Philibert Commerson. A l'époque en effet, le sexe dit faible n'est pas autorisé à embarquer car les marins, une femme à bord, c'est « le lest du diable ». « Jeanne Barret a voulu lui cacher ses intentions mais je pense que Commerson était au courant dès le début » analyse Jean-Jacques Antier. La supercherie est découverte par les indigènes, à Tahiti.

img007.jpg

Le roman que signe l'historien de la Marine se lit à la manière d'un livre d'aventures. Les dialogues sont pour la plupart inventés, car il est bien difficile de savoir ce qui se disait pendant cette expédition. L'histoire part néanmoins de faits réels et d'un gros travail de recherche historique. Jean-Jacques Antier cite des extraits du journal de bord de Bougainville, dans lesquels l'explorateur explique comment il place Jeanne Barret sous sa protection. « J'admire sa résolution, d'autant qu'elle s'est toujours conduite avec la plus scrupuleuse sagesse, infatigable botaniste suivant son maître au milieu des neiges et sur les monts glacés du détroit de Magellan. J'ai pris des mesures pour qu'elle n'essuyât rien de désagréable à bord ». « C'est incroyable que Jeanne Barret ait pu tenir sur ce bateau pendant plus de deux ans. Elle aurait du mourir cent fois car tous les marins étaient malades, souffrant de scorbut, de mal de mer ou de palludisme » s'étonne Jean-Jacques Antier.

Jeanne Barret et Philibert Commerson sont débarqués à l'Ile Maurice (ex-Ile de France) en 1768. Le botaniste meurt cinq ans plus tard d'un problème pulmonaire. Jeanne Barret épouse un soldat français du Périgord, Jean Dubernat, puis rentre en Europe. Le roi lui octroie alors une rente, pour son travail de botaniste pendant le tour du monde.


Jean-Jacques Antier : "La prisonnière des Mers du Sud" est édité par les Presses de la Cité.


Christophe Pluchon


Repost 0
11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 09:01

Le nouveau CD de Maxime Piolot est un hymne à la vie. Dans « Le temps qui nous est donné », le chanteur du Conquet rend notamment hommage à toutes ces personnes qui font des choses immenses et dont on parle peu.

Maxime Piolot (Marie-Janick Michel

Crédit photo : Marie-Janick Michel

 

 

Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :



Le dernier disque de Maxime Piolot aurait pu s'appeler « Pour Giovanni ». L'un des titres, « Bientôt un enfant va naître » est en effet dédié à son petit-fils. Pour écrire « L'enfant des rues », c'est aussi à ce petit-fils qu'il a pensé. « Toute mon enfance en Afrique m'est revenue quand j'ai su que je serais grand-père. Je me souviens d'un enfant qui avait la maladie du sommeil, et d'un autre au ventre énorme. J'ai pensé à ces enfants qui n'auront pas la tendresse, la sécurité car ils seront abandonnés, condamnés à la prostitution ou à faire la guerre » dit Maxime Piolot. En revisitant sa jeunesse, il s'est aussi rappelé de l'infirmière du collège militaire de La Flèche dans la Sarthe, l'une des seules femmes à qui il aimait se confier. « J'avais 11 ans. J'aimais bien tomber malade car elle était douce ». Le disque, avec tous ces clins d'oeil au passé, se veut pourtant tourné vers l'avenir. « Si on ne se regarde pas vers ses racines, alors on devient impuissant, hasardeux, incapable d'affronter la réalité » estime l'artiste.

Maxime Piolot s'est, pour ce nouvel opus, entouré de ses musiciens fétiches, comme Dominique Rivière, Robert Le Gall, Hervé Quéfféléant, Jacquy Thomas et Patrick Audouin. Corinne Schorp, qui l'accompagne dans la vie comme à la scène depuis un quart de siècle, lui apporte, dit-il, « une présence discrète, généreuse, attentive. Elle a une voix qui me ressemble ». Maxime Piolot a écrit pour elle la chanson « Princesse au quotidien », un titre sur une femme qui « embrasse la mendiante après lui avoir donné quelques euros ». Le texte dit ceci :

 

Tu as choisi d'être servante

Quand tu écoutes, quand tu chantes

Quand tu embrasses la mendiante

Toi, la gardienne du trésor

Qui n'aime pas briller trop fort

 

« L'argent aussi peut-être une belle énergie, sauf quand il est détourné. Je trouve indécent qu'un homme gagne cinq cents fois plus qu'un autre » poursuit l'artiste pour présenter cette autre titre, « L'argent, parfois, c'est de l'amour ».

Toutes les chansons de Maxime Piolot sont des combats. Ses textes sont toujours empreints de poésie. Ce sont des paroles qui élèvent l'âme, qui donnent envie d'être généreux. « Les femmes et les hommes qui embellissent la vie des autres sont des personnes d'avenir pour moi ». Maxime Piolot s'extasie par exemple devant le travail du plombier et de l'aide-soignant. « Je suis impressionné, respectueux, admiratif, devant ces personnes qui font leur métier avec respect, sagesse et spiritualité ». L'artiste, devant de telles considérations, s'interroge même sur sa propre responsabilité. « Durant ma carrière, j'ai du chanter devant 800 000 enfants. Pour élever l'auditeur au sens propre du terme, chaque chanson doit contenir un propos moral sans être une leçon de morale ».

img008

Né à Toulon de parents bretons – son père était militaire -, Maxime Piolot se passionne très tôt pour les lettres et notamment le théâtre. Il monte sur les planches avec Tania Balachova et Jérôme Savary (« Le Grand Magic Circus ») mais prend vite conscience que ce qui l'intéresse, ce n'est pas de briller sur scène. « Je n'étais pas un bon comédien, et surtout j'étais assez timide. J'avais envie d'utiliser le théâtre pour épauler les autres » se souvient-il. Maxime Piolot aide ainsi des délinquants à acquérir confiance. Il donne aussi des cours de philosophie à des ouvriers d'usine pour leur faire passer le baccalauréat. Même chose pour la chanson, qui lui fait des appels du pied dans les années 70. Maxime Piolot se met à chanter, en même temps qu'il écrit des textes pour Paul Anka, les Frères Jacques et même Claude François.

« Mon carburant, c'est d'être utile. J'ai eu cette chance de pouvoir me confesser au collège militaire. L'aumônier me demandait régulièrement de dire de quoi j'avais été fier. Depuis, je sais aussi avoir honte quand j'ai fait quelque chose de moche ». Peu de temps après la sortie de ses premiers 33 tours, Maxime Piolot quitte volontairement le monde des strass et des paillettes. Il part du constat qu'il est très simple de plaire au public avec des chansons « légères » qui privilégient la musique par rapport aux textes, et il ne veut pas aller dans cette voie. « Au début on cherche une notoriété, on aime bien qu'on dise du bien de toi. Mais quand on réfléchit, on se demande ce qu'on apporte aux gens. Je ne pense pas que Michael Jackson laissera dans leur souvenir quelque chose qui les fasse grandir ».

C'est dans cet esprit de partage et d'ouverture que Maxime Piolot organise des formations à l'attention des entreprises et des collectivités. « Tu as des choses à dire mais tu laisses parler un bavard parce que tu ne sais pas lui couper la parole ! J'apprends aux gens à se faire respecter, à écouter ce que les autres disent, sans les juger ». Maxime Piolot enseigne ainsi l'expression en public, la confiance en soi, mais aussi la gestion du temps et du stress. « C'est une vocation pour moi d'être sur une scène ou d'animer un stage, toujours pour donner et apprendre des autres. Chaque nouvelle expérience me donne des idées pour écrire des chansons » dit-il. L'artiste avoue avoir beaucoup appris d'un religieux, le frère Pierre, l'être le plus généreux qu'il ait jamais rencontré. « Ma formation, c'est l'Evangile, c'est toute la base de ma communication et c'est quelque chose d'universel ».

L'auteur d'« Il ne faut pas jeter le pain » a comme tout le monde, des passions dans la vie. L'une d'entre elle, c'est « l'admiration ». « Je me régale à admirer les gens, dit-il en toute sincérité. Ma curiosité n'est pas un vilain défaut. Je m'intéresse simplement à ceux qui m'entourent ». Maxime Piolot a eu l'idée du conte « Le rêve de l'enfant timide », qui résume un peu sa philosophie pleine d'espoir et de partage. « Je mets en valeur un ramasseur d'ordures. Il réussit à épater une star de football, simplement en lui disant que si on ramasse des ordures pendant quarante ans, on pourra bâtir une montagne ».

 

Voici la liste des prochains concerts de Maxime Piolot :


- Dimanche 13 décembre 2009 à Porspoder à 16h à l’église, avec les élèves de l’école Ste Marie.

 

- Jeudi 17 décembre à Brest : animations à l’hôpital pour des enfants malades.

 

- Samedi 19 décembre à Pont-de-Buis à 17h, salle François Mitterand : concert pour l’Association des Artisans.

- Dimanche 20 décembre, au Conquet
à 15h30 et à 17h à l’hôtel la Vinotière pour un « goûter en chansons ».

 

 


Christophe Pluchon

 


Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :

 

Repost 0