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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 09:01

Le nouveau CD de Maxime Piolot est un hymne à la vie. Dans « Le temps qui nous est donné », le chanteur du Conquet rend notamment hommage à toutes ces personnes qui font des choses immenses et dont on parle peu.

Maxime Piolot (Marie-Janick Michel

Crédit photo : Marie-Janick Michel

 

 

Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :



Le dernier disque de Maxime Piolot aurait pu s'appeler « Pour Giovanni ». L'un des titres, « Bientôt un enfant va naître » est en effet dédié à son petit-fils. Pour écrire « L'enfant des rues », c'est aussi à ce petit-fils qu'il a pensé. « Toute mon enfance en Afrique m'est revenue quand j'ai su que je serais grand-père. Je me souviens d'un enfant qui avait la maladie du sommeil, et d'un autre au ventre énorme. J'ai pensé à ces enfants qui n'auront pas la tendresse, la sécurité car ils seront abandonnés, condamnés à la prostitution ou à faire la guerre » dit Maxime Piolot. En revisitant sa jeunesse, il s'est aussi rappelé de l'infirmière du collège militaire de La Flèche dans la Sarthe, l'une des seules femmes à qui il aimait se confier. « J'avais 11 ans. J'aimais bien tomber malade car elle était douce ». Le disque, avec tous ces clins d'oeil au passé, se veut pourtant tourné vers l'avenir. « Si on ne se regarde pas vers ses racines, alors on devient impuissant, hasardeux, incapable d'affronter la réalité » estime l'artiste.

Maxime Piolot s'est, pour ce nouvel opus, entouré de ses musiciens fétiches, comme Dominique Rivière, Robert Le Gall, Hervé Quéfféléant, Jacquy Thomas et Patrick Audouin. Corinne Schorp, qui l'accompagne dans la vie comme à la scène depuis un quart de siècle, lui apporte, dit-il, « une présence discrète, généreuse, attentive. Elle a une voix qui me ressemble ». Maxime Piolot a écrit pour elle la chanson « Princesse au quotidien », un titre sur une femme qui « embrasse la mendiante après lui avoir donné quelques euros ». Le texte dit ceci :

 

Tu as choisi d'être servante

Quand tu écoutes, quand tu chantes

Quand tu embrasses la mendiante

Toi, la gardienne du trésor

Qui n'aime pas briller trop fort

 

« L'argent aussi peut-être une belle énergie, sauf quand il est détourné. Je trouve indécent qu'un homme gagne cinq cents fois plus qu'un autre » poursuit l'artiste pour présenter cette autre titre, « L'argent, parfois, c'est de l'amour ».

Toutes les chansons de Maxime Piolot sont des combats. Ses textes sont toujours empreints de poésie. Ce sont des paroles qui élèvent l'âme, qui donnent envie d'être généreux. « Les femmes et les hommes qui embellissent la vie des autres sont des personnes d'avenir pour moi ». Maxime Piolot s'extasie par exemple devant le travail du plombier et de l'aide-soignant. « Je suis impressionné, respectueux, admiratif, devant ces personnes qui font leur métier avec respect, sagesse et spiritualité ». L'artiste, devant de telles considérations, s'interroge même sur sa propre responsabilité. « Durant ma carrière, j'ai du chanter devant 800 000 enfants. Pour élever l'auditeur au sens propre du terme, chaque chanson doit contenir un propos moral sans être une leçon de morale ».

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Né à Toulon de parents bretons – son père était militaire -, Maxime Piolot se passionne très tôt pour les lettres et notamment le théâtre. Il monte sur les planches avec Tania Balachova et Jérôme Savary (« Le Grand Magic Circus ») mais prend vite conscience que ce qui l'intéresse, ce n'est pas de briller sur scène. « Je n'étais pas un bon comédien, et surtout j'étais assez timide. J'avais envie d'utiliser le théâtre pour épauler les autres » se souvient-il. Maxime Piolot aide ainsi des délinquants à acquérir confiance. Il donne aussi des cours de philosophie à des ouvriers d'usine pour leur faire passer le baccalauréat. Même chose pour la chanson, qui lui fait des appels du pied dans les années 70. Maxime Piolot se met à chanter, en même temps qu'il écrit des textes pour Paul Anka, les Frères Jacques et même Claude François.

« Mon carburant, c'est d'être utile. J'ai eu cette chance de pouvoir me confesser au collège militaire. L'aumônier me demandait régulièrement de dire de quoi j'avais été fier. Depuis, je sais aussi avoir honte quand j'ai fait quelque chose de moche ». Peu de temps après la sortie de ses premiers 33 tours, Maxime Piolot quitte volontairement le monde des strass et des paillettes. Il part du constat qu'il est très simple de plaire au public avec des chansons « légères » qui privilégient la musique par rapport aux textes, et il ne veut pas aller dans cette voie. « Au début on cherche une notoriété, on aime bien qu'on dise du bien de toi. Mais quand on réfléchit, on se demande ce qu'on apporte aux gens. Je ne pense pas que Michael Jackson laissera dans leur souvenir quelque chose qui les fasse grandir ».

C'est dans cet esprit de partage et d'ouverture que Maxime Piolot organise des formations à l'attention des entreprises et des collectivités. « Tu as des choses à dire mais tu laisses parler un bavard parce que tu ne sais pas lui couper la parole ! J'apprends aux gens à se faire respecter, à écouter ce que les autres disent, sans les juger ». Maxime Piolot enseigne ainsi l'expression en public, la confiance en soi, mais aussi la gestion du temps et du stress. « C'est une vocation pour moi d'être sur une scène ou d'animer un stage, toujours pour donner et apprendre des autres. Chaque nouvelle expérience me donne des idées pour écrire des chansons » dit-il. L'artiste avoue avoir beaucoup appris d'un religieux, le frère Pierre, l'être le plus généreux qu'il ait jamais rencontré. « Ma formation, c'est l'Evangile, c'est toute la base de ma communication et c'est quelque chose d'universel ».

L'auteur d'« Il ne faut pas jeter le pain » a comme tout le monde, des passions dans la vie. L'une d'entre elle, c'est « l'admiration ». « Je me régale à admirer les gens, dit-il en toute sincérité. Ma curiosité n'est pas un vilain défaut. Je m'intéresse simplement à ceux qui m'entourent ». Maxime Piolot a eu l'idée du conte « Le rêve de l'enfant timide », qui résume un peu sa philosophie pleine d'espoir et de partage. « Je mets en valeur un ramasseur d'ordures. Il réussit à épater une star de football, simplement en lui disant que si on ramasse des ordures pendant quarante ans, on pourra bâtir une montagne ».

 

Voici la liste des prochains concerts de Maxime Piolot :


- Dimanche 13 décembre 2009 à Porspoder à 16h à l’église, avec les élèves de l’école Ste Marie.

 

- Jeudi 17 décembre à Brest : animations à l’hôpital pour des enfants malades.

 

- Samedi 19 décembre à Pont-de-Buis à 17h, salle François Mitterand : concert pour l’Association des Artisans.

- Dimanche 20 décembre, au Conquet
à 15h30 et à 17h à l’hôtel la Vinotière pour un « goûter en chansons ».

 

 


Christophe Pluchon

 


Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :

 

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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 07:04

La période de Noël est vécue comme un temps de partage et de solidarité pour les chrétiens. Dans le diocèse de Quimper et Léon, une série d'animations et d'expositions est proposée chaque année, et le choix est vaste !

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« Noël autrement » : consommation effrénée ou solidarité ?

Pour la cinquième année, un collectif de 24 associations et mouvements d'Eglise interpelle le grand public sur le sens à donner à cette fête. « Ce Christ que nous célébrons à Noël nous ouvre un chemin de liberté et de responsabilité dans notre monde » écrivent les initiateurs de la campagne. Noël, pour eux, est l'occasion de « remettre en cause les excès qui participent au réchauffement climatique, comme le chauffage trop fort, les guirlandes lumineuses, et le trop-plein de cadeaux et de nourriture ».

Jean Conq, délégué diocésain à la pastorale rurale et intervenant auprès du CMR et du MRJC, plaide pour le cadeau durable. « Un jouet en plastique ira à la poubelle quand il sera cassé. Un jouet en bois pourra être réparé. L'enfant pourra même apprendre à changer les pièces lui-même ». Il défend aussi l'idée d'une plus grande solidarité au moment de Noël. « Je connais une famille qui a demandé à son enfant de donner deux des cadeaux qu'il avait reçu le Noël précédent, à ceux qui n'en auront pas. On met toujours en avant le bonheur de l'enfant, en pensant que ça passe par les cadeaux multiples. Or, ce qui compte, c'est l'attention que ses proches lui portent. Il faut beaucoup d'explications car la démarche n'est pas forcément comprise ». Le gaspillage dont parle Jean Conq se retrouve aussi dans les repas. « Pourquoi jeter la moitié des plats que l'on n'a pas consommé à Noël ? » dit-il.

Le collectif Noël Autrement a mis en ligne une liste de gestes à privilégier pour les fêtes. Vous pouvez la consulter sur le site : www.noel-autrement.org. Dimanche 13 décembre est aussi proposé à Plouarzel, un temps fort autour de toutes ces questions. Après la messe de 11h à l'église, le collectif donne rendez-vous à midi à la salle de l'office du tourisme pour un repas de type « auberge espagnole » (chacun apporte et partage son repas froid). Un après-midi d'échange suivra dès 14h.


Un Noël polonais à Concarneau.

L'association Amitiés France-Pologne remet le couvert chaque année, en organisant une soirée de Noël pour faire connaître la culture polonaise à travers ses traditions. Le 19 décembre au CAC, les symboles seront au rendez-vous, car le pays a su transmettre son patrimoine religieux et ne pas se plier aux préoccupations mercantiles. Magali Klessa, membre de l'association, raconte le déroulé de la soirée-type de Noël. « Le repas commence quand on voit la première étoile, et on mange du poisson – de la carpe -, alors qu'en France, c'est de la dinde ». D'autres éléments ne doivent pas être négligés, comme le partage de l'hostie et l'échange des voeux, le foin sous la nappe pour rappeler la crèche, et le couvert supplémentaire, que l'on dresse pour accueillir celui ou celle qui viendrait frapper à la porte. « Mon mari, Aleksander, est polonais. Il n'a que 35 ans et pourtant, il a connu l'orange et la tablette de chocolat. A Noël, il pense qu'il faut limiter les dépenses » dit Magali Klessa. Les cadeaux sont en général distribués à la fin du repas. « Celui-ci ne dure pas toute la nuit comme en France, mais se termine plutôt vers 21 heures ».

Site internet : http://amitiefrancepolognefinistere.wifeo.com


abbaye relecLe « Noël des abbayes » à l'abbaye du Relec à Plounéour-Ménez.

Jusqu'au 3 janvier, le domaine départemental expose les productions des monastères et abbayes bretonnes. Des pâtes de fruits, de la céramique, des crèmes de soin et des objets religieux sont proposés à la vente. C'est une manière originale de découvrir ces communautés qui « prient et travaillent » et que l'on connaît finalement très peu. Cette expo-vente se double, comme l'an dernier, d'un partenariat avec l'ensemble paroissial Notre-Dame du Relec qui a installé une crèche dans l'abbaye. Ce dimanche 13 décembre, l'ensemble Les Faux-Bourdons propose également un conte musical intitulé « Jouez hautbois, résonnez musettes ». Renseignements au 02 98 78 05 97.

 

Lannilis : une fête de Noël chez les Bretons d'après Anatole Le Braz.

L'association « Sauvegarde du Patrimoine de Lannilis » se joint à l'oeuvre des « Amis des enfants abandonnés de Bethléem » en organisant deux concerts autour de la Nativité. Le thème, « la fête de Noël chez les Bretons » sera illustrée par des cantiques bretons harmonisés par l'abbé Roger Abjean (qui nous a quitté en juin) et interprétés par la chorale des Deux-Rivières, le Choeur St Paul Aurélien de Lannilis et des élèves des classes bilingues de l'école du Sacré-Coeur.

Le concert du 20 décembre sera joué en l'église de Lampaul-Guimiliau, à 16h, celui du 27 en l'église de Lannilis, à 16h également.


Une crèche vivante en presqu'île de Crozon.

Cette année encore, pas moins de quarante acteurs et animaux vivants vont assurer le spectacle à la chapelle de Tal Ar Groas. L'association pour la sauvegarde du patrimoine maritime du Fret (ASPMF) reconduit l'arrivée de Marie et de Joseph à Bethléem, accompagnés de leur âne, sous fond de musique religieuse et traditionnelle. Le spectacle sera joué le dimanche 20 décembre à 16h et 18h, ainsi que les mardi 22 et mercredi 23 à 18h (tarifs : 1€ jusqu'à 12 ans, 4€ au-delà).


patrick richardPatrick Richard chante avec les enfants de Plouguerneau.

Mardi 15 décembre, l'auteur-compositeur brestois interviendra à l'école Saint-Joseph, pour des temps de rencontre avec les élèves de maternelle et de primaire. Le même jour, il animera une veillée ouverte à tous, à l'église, à 20h30. « J'aime bien partir d'un conte qui se déroule la nuit. On va essayer de voir comment on attend la lumière, comment on choisit l'étoile de Bethléem, et comment on réveille un désir de rencontre différent » explique le chanteur. Noël, « le début de quelque chose qui a changé le monde », a toujours été vécu simplement chez Patrick Richard. « Quand j'étais enfant, pour les cadeaux, il y avait la Saint-Nicolas – Saint-Patron des enfants fêté le 6 décembre – et la fête religieuse ensuite. Noël, c'était la messe dans la nuit, et un temps de retrouvailles familiales. C'était la neige aussi, car j'habitais alors dans les Vosges ».


A la basilique de Rumengol, des chants et des cantiques de Noëls du monde.

L'ensemble vocal Kana, composé de sept choristes de région brestoise, organise un concert ce dimanche 13 décembre. Sous la direction de Mark Schutz, il propose un répertoire profane et sacré qui permet de mettre en valeur la richesse de la voix. Le groupe puise dans le langage grégorien, les polyphonies médiévale et renaissante, la période romantique et contemporaine, sans oublier la musique celtique. Le concert a lieu à 16 h et la participation est libre.

 

 

Les rendez-vous prévus dans le diocèse sont annoncés sur le site http://catholique-quimper.cef.fr/ (dans l'agenda).



Christophe Pluchon


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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 22:21


Dans son dernier roman, l'auteur quimperlois contraint le détective Loïc Le Bars et le journaliste d'investigation Jack Elemor à fouiller, soixante années plus tard, le passé de Luis Espèranza, un émigré basque espagnol accueilli en 1939 par la mairie du Guilvinec. Les villes communistes hébergeaient à l'époque cette population qui avait traversé les Pyrénées pour fuir la guerre civile. « Voir comment l'humanité peut basculer dans l'horreur m'a toujours interrogé » explique Bruno Geneste.

Dans le livre, les crimes se succèdent et donnent du fil à retordre aux deux enquêteurs, jusqu'au moment où ils découvrent que deux des personnes assassinées appartenaient par le passé aux Brigades Internationales. Comme dans ses trois autres polars, c'est avec une tonalité poétique que Bruno Geneste le conteur déroule le fil de l'intrigue qu'il a imaginée. « La poésie, c'est le liant, l'ingrédient qui intensifie le roman, qui l'irrigue » dit-il.


« Le mystère de Pors Carn, le gouffre de l'ange » de Bruno Geneste est publié aux éditions Les Chemins Bleus.


Christophe Pluchon


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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 20:14

Les banques alimentaires organisent vendredi 27 et samedi 28 novembre leur collecte annuelle dans les moyennes et grandes surfaces. L'an dernier, la générosité des finistériens a permis de réunir 261 tonnes de denrées à destination des familles en difficulté.


Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :



Le lieu a des allures de réserve de magasin, mais que l'on ne se méprenne pas. Nous sommes dans la zone industrielle de Kernévez à Quimper, dans l'un des deux entrepôts de la Banque Alimentaire du Finistère. Sur 700 m2 sont disposées des palettes de boîtes de conserve, de couscous et de légumes. « Les produits frais et congelés sont plus au fond, dans des frigos ! » lance Pierre Salou, président de l'association depuis deux ans.

Les premières banques alimentaires voient le jour en France en 1984. Le conserveur de Plounéour-Lanvern Jean Larzul et un pharmacien de Pont-l'Abbé, Michel Riot, évoquent l'idée d'ouvrir une antenne dans le département pour aider les plus démunis. La Banque Alimentaire du Finistère commence à fonctionner en 1992. Cette année-là, elle distribue 341 tonnes de produits. « Les besoins ont changé, note Pierre Salou. A l'époque, on se préoccupait surtout de la quantité. Nous essayons aujourd'hui de donner de la nourriture la plus équilibrée possible aux familles ». Le slogan, « Restaurer l'homme » doit être pris dans tous les sens du terme. « Avec nos partenaires, nous voulons permettre au maximum de gens de reprendre pied dans la société ». En 1997 à Loctudy, la Banque Alimentaire créé avec le comité d'emploi de bassin du Pays Bigouden et le Secours Populaire, l'association « le panier de la mer ». La transformation du poisson invendu en provenance des criées permet ainsi de réinsérer des personnes éloignées de l'emploi. La Banque Alimentaire participe aussi à la création d'épiceries sociales sur le département. Après Quimper, Landerneau et Quimperlé, une nouvelle structure ouvrira bientôt à Morlaix.

A la différence des Restos du Coeur, la Banque Alimentaire ne distribue pas directement les produits. Ceux-ci transitent par les centres communaux d'action sociale et les associations caritatives. Les villes qui reçoivent de la nourriture versent une « participation contractuelle de solidarité » à la Banque Alimentaire. Cet apport financier représente la moitié du budget global. Le reste est reçu de la DDASS, du Conseil Général, et des villes de Quimper et de Brest. L'argent permet de payer les charges courantes, pour le transport des marchandises, le loyer des entrepôts et l'électricité pour les frigos. Le CCAS d'Huelgoat, par exemple, vient chercher tous les quinze jours à Quimper une moyenne de 400 kgs de nourriture. Une fois par mois, la fourgonnette ramène même de la marchandise pour les localités des environs. Yvette Pirou, adjointe aux affaires sociales, témoigne de la détresse des familles. « Nous aidons une trentaine de personnes, parfois pour du dépannage de quelques mois, jusqu'à ce que ça aille mieux. Il y a beaucoup de gens qui ne donnent pas aux associations, pensant qu'ils ne connaîtront jamais de situation de détresse. C'est dommage car ça peut leur tomber dessus très vite » dit-elle.

Les industries et commerces locaux (Savéol, Carrefour, et même un boulanger bio...) donnent un grand nombre de marchandises qui présentent une erreur d'étiquetage ou un défaut d'aspect, ainsi que des invendus qui finiraient dans tous les cas à la poubelle. Cet apport représente près de la moitié de la marchandise reçue. Pour Gérard Le Saint, grossiste en fruits et légumes à Bourg-Blanc, la volonté d'aider les familles en difficulté s'accompagne aussi d'un « respect naturel envers le produit ». Cette attention lui vient certainement, dit-il, de ses origines paysannes. Le groupe Le Saint livre chaque semaine quatre palettes de pommes de terre, de poires et de clémentines à la Banque Alimentaire. L'Etat, lui, fournit 10% des apports, l'Union Européenne le quart*, et la collecte de novembre près de 20%, sur un total, pour l'année dernière, de 1 361 tonnes.

« La collecte de fin d'année est importante car elle nous permet de recevoir des produits d'hygiène que nous n'aurions pas autrement » explique Pierre Salou. Deux mille bénévoles seront mobilisés vendredi et samedi dans deux cents surfaces de vente. A l'entrée des caisses, ils distribueront un sachet pour inviter les clients à y mettre, outre les produits d'hygiène ou d'entretien, des conserves de légumes ou de poisson, ainsi que du chocolat et de la confiture. L'an dernier, la Banque Alimentaire du Finistère a permis à 7 200 personnes d'améliorer leur quotidien grâce à l'équivalent de quatre millions d'euros de produits. « Nous n'avons pas de contact direct avec les bénéficiaires, mais nous connaissons leur situation grâce aux liens réguliers que nous entretenons avec nos partenaires » explique Pierre Salou. Au plan national, le nombre de personnes aidées a cru de 15% en un an. La crise n'a pas eu le même effet dans le département puisque les demandes ont beaucoup moins augmenté. « Nous avons enregistré une hausse de près de 7%. Heureusement, les apports de marchandises ont progressé dans la même proportion ».

Pierre Salou a occupé une bonne partie de sa carrière à la Banque de France, en qualité de directeur de la succursale de Quimper notamment. Il a poussé la porte de la Banque Alimentaire du Finistère pour la première fois en 2005, sur proposition d'un ami bénévole. D'une banque à l'autre, doit-on forcément faire le parallèle ? « J'étais déjà sensibilisé aux difficultés des gens, d'abord par mes fonctions professionnelles, mais aussi en tant que membre du Rotary-Club Quimper-Odet ». Ce qui intéresse particulièrement Pierre Salou, c'est le côté gestion des hommes et des produits. « La Banque Alimentaire du Finistère se dirige un peu comme une entreprise. Pour les entrepôts de Brest et de Quimper, nous avons deux salariés (une secrétaire et un magasinier) et 72 bénévoles. Ils sont spécialisés chacun dans un domaine précis, le stockage, le transport ou l'informatique, et je me dois de motiver tout ce petit monde ».

Les Banques Alimentaires existeront-elles encore dans dix ans ? On peut le penser. Le président de l'antenne finistérienne se défend pourtant de faire de la politique. « Notre activité dépend de la situation économique mais ce n'est pas notre rôle de porter un jugement sur ce qui est fait pour sortir les gens de la misère ».



* En 2009, l'Union Européenne a dégagé un budget de 500 millions d'euros pour les associations caritatives des 27 pays membres.



Contact :

Banque Alimentaire du Finistère : 1 bis rue Paul Sabatier, 29000 Quimper (antenne de Brest : 10 rue Eugène Bourdon, 29490 Guipavas). Tél : 02 98 53 48 11 (internet : www.banquealimentaire.org)



Christophe Pluchon



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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 21:11

Le Centre Atlantique de la Photographie invite jusqu'au 18 décembre trois jeunes photographes à montrer leur vision de la capitale allemande. Le sujet s'imposait forcément, vingt ans après la chute du Mur... Les clichés décrivent les ambiances d'une ville qui a beaucoup changé, une ville festive où tout, ou presque est permis. « Il y a énormément de fêtes, et beaucoup de gens qui se travestissent » explique Alexa Brunet. La photographe, membre du collectif Transit, présente en 17 grands-formats sa vision de cette « insomnie collective ». Parmi les personnes qui se sont confiées à son objectif 6x7, il y a Keay, chanteuse de cabaret la nuit et femme de ménage le jour.


© Alexa Brunet/Transit

Photographe mais aussi musicien et vidéaste, Nicolas Comment, de l'agence VU, explique pour sa part que la vie à Berlin est vraiment à l'opposé de Paris où il vit. « La ville a été rasée. L'espace des possibles est très vaste. Paris ressemble au contraire à un musée, à un village de poupées » dit-il. Ses images veulent raconter une histoire, avec pour certaines, une couleur pour fil conducteur. « Je montre une femme de dos, très belle. J'ai associé ce cliché à celui représentant une moto sous une bâche, à cause du mauve ».

Pour Cécile Morin, enfin, Berlin est le symbole de la haine qui peut exister entre des communautés. Elle cite volontiers l'exemple de l'Italie, où l'on « enferme les communautés Roms », et de l'Irlande du Nord ou de Chypre. « Plusieurs pays sont encore divisés aujourd'hui, et on en parle pas ou peu, contrairement à Berlin ». S'il est une image qui a marqué la photographe à l'époque du Mur de la Honte, c'est celle d'un couple qui s'enlace à travers une brèche. Les images de Cécile Morin sont complétées par des témoignages écrits, comme celui de Nicole. « Cette enseignante m'a beaucoup marqué, dit-elle. Elle ne renie pas tout ce qui s'est passé à l'Est, ce qu'on lit dans les livres. Ce sont les petits détails qui permettent de mieux comprendre l'histoire avec un grand H ».


Christophe Pluchon


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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 07:13


 

La gravure d'estampes, c'est l'art de la patience. Serge Marzin, qui exerce à Saint-Méen près de Lesneven, s'est approprié cette formule pour créer des oeuvres qui n'admettent pas de repentir.

 

Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :

 

 

« Mon atelier, c'est ma cellule. J'ai besoin de solitude pour travailler » confie d'emblée Serge Marzin, quand on le questionne sur son univers. Ce « lieu de repli », comme il l'appelle encore, comprend deux grands espaces, l'un où il a disposé une table entourée de tous les outils nécessaires à la gravure sur métal, et l'autre au milieu duquel trône une presse pour imprimer les estampes.

Quand Serge Marzin parle de son travail, c'est d'abord le coeur qui s'exprime. Les mots ont leur importance car le métier de graveur rejoint aussi quelque part celui de poète. « On a un appel du pied avec les odeurs de l'encre, du cuivre, c'est très sensuel, dit-il. Grâce à la méditation, on peut renouer avec sa propre essence et ainsi mieux concevoir la nature des choses ». La gravure, pour lui, est aussi l'art de la patience. « Quand on grave, on travaille au ralenti. Mais n'est-ce pas notre propre nature d'être humain d'aller lentement ? Je ne crois pas que la vitesse et le stress nous rendent heureux ».

Serge Marzin exerce son talent avec « l'outil premier des orfèvres » : le burin. Avec sa petite soie en acier bien affûtée et son pommeau en bois, c'est le prolongement de la main, mais c'est aussi pour un graveur, « le sismographe de l'esprit ». Sur la plaque de cuivre, le burin doit créer une sorte de sillon. « La taille-douce que je pratique, c'est l'art du creux. C'est dans ces incisions sur la matrice que l'encre sera déposée. Quand on pénètre avec le burin, on n'a pas le droit à l'erreur. A tout moment, on peut déraper. Une mauvaise entaille peut réduire notre travail à néant. C'est pour cela qu'il faut être à ce qu'on fait et à rien d'autre ». Et ce n'est pas l'outil, mais la matrice, posée sur un petit cousin empli de sable, qui tourne grâce à la main gauche en fonction des formes à créer. Un graveur d'estampes sculpte toujours son support à l'envers, en s'aidant d'un miroir, car c'est cette empreinte qui sera révélée sur le papier.

Serge Marzin ne tarit pas déloges sur son métier. « C'est un art majeur, au même titre que la peinture ou la musique. C'est lié à un savoir-faire. On ne grave pas seulement, on est aussi pressier. C'est très artisanal quelque part » dit-il. La gravure, pour lui, peut-être considérée comme un art du passé, car on utilise les mêmes outils et les mêmes méthodes de travail qu'il y a cinq siècles. A quelques exceptions près, toutefois, car on est confronté aux contraintes liées à la protection de l'environnement quand on doit se servir de produits chimiques comme l'acide nitrique par exemple. « C'est le résultat qui compte. On n'a pas tout inventé. Je n'aurais pas peur de perdre mon âme en changeant ma façon de travailler. Et puis, comme en peinture, ce sont souvent les accidents qui créent des techniques ».

D'origine brestoise, Serge Marzin se passionne dès l'adolescence pour le dessin et la sculpture. Il s'amuse à tailler des têtes au couteau, à partir de bois d'épave récupéré sur l'estran. « C'était un art brut, très grossier, mais je représentais la vie. Je commençais toujours par les yeux parce que c'est l'âme de la personne » se souvient-il. Puis il pousse la porte de l'école Boulle à Paris, spécialisée dans les arts appliqués, pour suivre des cours du soir. « C'était l'école de la noblesse, un vivier de créateurs. Les idées venaient à foison ! » Il apprend le croquis sur modèle vivant, ou plutôt, la manière de se mettre à l'intérieur de son sujet. « Un jour, nous avons pris la place du modèle et nous avons vu combien c'était une souffrance de faire la pose. C'est comme le métier de pêcheur : Mathurin Méheut a su saisir la dureté de leur travail en trois coups de crayon. Il a réussi à ne pas s'attacher aux détails mais à sentir son sujet ».

C'est en copiant les gestes que Serge Marzin apprend le métier de graveur. « Au port de Créteil, il y avait l'atelier du grand lithographe De Souza. Les cours n'étaient pas à ma portée, alors le midi, je restais scotché à la vitre, comme un gamin devant un magasin de bonbons » raconte-t-il. Deux autres graveurs l'encouragent à exercer son art. D'abord Mikel Chaussepied, qu'il croise au Musée de la Fraise et du Patrimoine à Plougastel-Daoulas et qui l'invite dans son atelier pour qu'il révèle ses premières matrices, et le compagnon du devoir doreur sur bois André Miossec.

La dernière étape que tout bon graveur se doit de maîtriser, c'est celle de l'impression. Après avoir été chauffée, l'encre est étalée sur la matrice. Les artistes se sont toujours intéressés à la manière de mieux restituer sur le papier la couleur noire, car pour eux en effet, il s'agit bien d'une couleur. Comme les tireurs de photographies noir et blanc, ils cherchent à obtenir le plus beau dégradé de gris sur leurs estampes. « Les graveurs vivent une histoire d'amour avec le noir. Je me qualifie parfois de guetteur d'aube, car c'est le noir qui m'amène à la lumière » explique Serge Marzin. L'excédent d'encre est retiré avec de la tarlatane, un tissu qui ressemble à de la gaze médicale et avec lequel, dans le domaine de la confection par exemple, on fabrique des patrons. Puis on rend le papier « amoureux ». C'est une manière très sensuelle de dire qu'on l'humidifie pour lui redonner son élasticité. Serge Marzin plébiscite les marques anglaises et allemandes, et parfois le papier japonais. Généralement, il s'agit de matériau fongicide « pur chiffon », même si on peut, pour certains travaux, utiliser un support fait pour l'aquarelle. La presse, constituée de deux cylindres qui entraînent un plateau, va ensuite, d'un coup de manivelle, « imprimer » la trace de la matrice sur le papier. « La pression des cylindres est telle, plus d'une tonne au centimètre carré, qu'il faut protéger la matrice avec des langes ». Le graveur duplique ainsi la plaque en plusieurs exemplaires. Il peut s'agit de tirages d'état, qu'il utilise pour voir le rendu de son travail, ou d'épreuves d'artistes, numérotées de un à vingt-cinq au grand maximum. « Chaque gravure est unique. Dans une série, elles n'auront pas toutes le même rendu. Sur certaines par exemple, les blancs seront mieux révélés ». La nature en général, les pierres, les édifices religieux et les portraits font partie de sujets que Serge Marzin affectionne particulièrement. Son camarade André Miossec se dit convaincu que l'artiste autodidacte réserve encore de très belles planches aux amateurs de gravure. « En un temps restreint, il a acquis et dominé les multiples techniques d'une discipline dont la cuisine et le tour de main sont complexes. Ses derniers cuivres abstraits sont empreints d'une sensibilité quasi-religieuse » dit-il.

Serge Marzin prépare avec le poète brestois Patrick Thuillier une nouvelle édition de l'ouvrage « Résonances Abbatiales » paru en 2001 chez An Amzer. Ce livre d'artiste contiendra onze gravures taille douce sur cuivre réalisées en techniques mixtes (eau forte, aquatinte et pointe sèche) et une gravure taille d'épargne sur bois.


Contact : Serge Marzin, Le Vennec, 29260 Saint-Méen. Tél : 02 98 37 60 23 ou sergemarzin@gmail.com.

Site internet : www.artmajeur.com/serge-marzin/


Le travail de Serge Marzin est présenté à l'atelier Mandarine, 23 rue Emile Zola à Brest. Vous pourrez aussi le voir à partir du 24 novembre 2009 à la Maison de la Fontaine (toujours à Brest) à l'occasion d'une exposition collective sur le thème du sida.


Christophe Pluchon


Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :


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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 11:00


L'auteur de Bourg-Blanc signe aux éditions Astoure son sixième polar régional. L'histoire se déroule dans le monde de la volaille, une organisation qu'il connaît bien pour y avoir exercé dans un service export. Une jeune femme est retrouvée morte à quelques kilomètres de la société dans laquelle elle travaille, le groupe Breizh Chicken Group. Gaëtan Letrusel, ancien journaliste devenu détective et sa « pétulante assistante » Evi Burdin vont devoir dérouler le fil de cette intrigue aux multiples rebondissements. « Dans mes livres, j'essaie de traiter d'un problème économique ou psychologique, explique Laurent Ségalen. Je connais le début et la fin de l'intrigue. Sept à huit mois d'écriture sont nécessaires pour improviser une histoire, au petit bonheur des informations qui me passent par la tête ».

Le polar régional a le vent en poupe depuis des années, mais Laurent Ségalen avoue ne pas respecter à la lettre les consignes qui veulent que les enquêtes se déroulent prioritairement dans une ville précise. « Je préfère de plus en plus que le lecteur s'approprie l'ambiance et le lieu, pas qu'on les lui impose. Je ne veux pas que quelqu'un de Gouesnou qui a acheté un livre qui traite de cette ville ne lise pas le suivant qui parle Concarneau » dit-il. Cette stratégie est payante, puisque Laurent Ségalen parvient sans difficulté à fidéliser son public. « Dans les salons, ça me surprend toujours quand on me dit attendre le prochain avec impatience, qu'on l'achète presque les yeux fermés ! »


Christophe Pluchon


Lien : http://www.laurent-segalen.com/


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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 20:23


Ce septième roman situe l'histoire d'une enfant, Maëlig, dans l'une des communes les plus préservées de Bretagne au plan architectural et historique. Nathalie de Broc a souhaité évoquer le XVIIè siècle, âge d'or de toute une région avec les enclos paroissaux et le commerce du lin, mais aussi l'enfance, son thème fétiche depuis qu'elle s'est lancée dans l'écriture.

Maëlig passe pour être une sorcière, aux yeux des notables d'abord, puis de toute la ville de Locronan. Elle est rousse, gauchère, soigne avec les plantes et joue du violon, l'instrument du diable. « Je voulais dans ce livre parler des enfants qui se sentent atypiques. C'est un roman sur la différence » explique Nathalie de Broc. Pour rendre l'histoire de Maëlig encore plus crédible, l'écrivain quimpéroise a pris plaisir à utiliser l'imparfait du subjonctif, comme c'était l'usage en France voici quatre siècles. En revanche, elle avoue avoir eu quelques difficultés à trouver de la documentation sur la période pendant laquelle évolue son héroïne.

Nathalie de Broc travaille à présent sur un roman qui aura un homme pour personnage principal. Elle a reçu en octobre le Prix Yann Brekilien 2009 (remis par l'association des Ecrivains Bretons) pour « la tête en arrière » édité chez Diabase.


« La sorcière de Locronan » de Nathalie de Broc est publié aux Presses de la Cité (18,50 €).


Christophe Pluchon

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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 12:43


Dans « les filles de Roz-Kelenn », l'écrivain quimpérois avait scellé l'avenir de Jabel, petite fille née à la ferme des Goasdoué en Cornouaille. Très tôt orpheline, elle parcourt la campagne avec sa soeur Maï-Yann pour mendier de quoi survivre. Ce livre était le premier tome d'une fresque qui conte l'histoire d'une famille bretonne du 20è siècle à travers ses personnages. « Ceux de Ker-Askol » nous fait découvrir la vie de Maï-Yann. Expédiée dans un couvent de Haute-Savoie, elle a le tort de commettre le pêché de chair. Les soeurs la renvoient en Bretagne et lui trouvent un vieux garçon dans le but d'étouffer le scandale. Mais ce n'est pas le mari que Maï-Yann espérait, puisque Ténénan Yvinou est hermaphrodite.

« Dans ce livre, explique Hervé Jaouen, j'ai voulu rendre hommage à deux de mes tantes, l'une devenue religieuse contre son gré, et l'autre victime d'un mariage arrangé comme cela se pratiquait beaucoup dans nos campagnes ». Le roman met aussi en scène Martial, le fils de Maï-Yann, et les relations douloureuses qu'il entretient avec son beau-père. Si l'auteur titille un peu les religieuses (l'arthrose, écrit-il, c'est « le mal des bonnes soeurs, à force de rester à genoux »), il n'oublie pas ce qu'elles lui ont apporté. « Leur enseignement était supérieur à celui dispensé dans l'école laïque et grâce à elles, je savais lire et écrire à cinq ans ». Son passé comme enfant de choeur a-t-il laissé des traces dans son cheminement ? « Je n'ai jamais été croyant. C'est peut-être pour cette raison que je me qualifie de mécréant mystique » dit Hervé Jaouen.

 

« Ceux de Ker-Askol » d'Hervé Jaouen est publié aux Presses de la Cité (20 €)

 

Christophe Pluchon

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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 07:41


Le dernier livre de Marie Sizun, « Eclats d'enfance », confronte l'auteur de l'Ile Tudy à son passé parisien de l'après-guerre. Ce récit entre larmes et bonheur prend la forme d'un hommage au XXè arrondissement de la capitale.

 

Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :


 

Marie Sizun ne manque pas de lieux pour se ressourcer. Il y a tout d'abord son appartement « qui domine les toits de Paris », et dans lequel elle s'enferme à double tour pour écrire sans être happée par les tentations extérieures. Et puis sa petite maison de l'Ile-Tudy, l'ancienne épicerie-tabac « Chez Marcel » qu'elle a acquis dans les années 80 et qui au contraire est ouverte à qui veut bien pousser la porte. Les murs de la grande pièce prennent de temps en temps des allures de salle d'exposition : appréciée en Cornouaille pour son activité de peintre, Marie Sizun y dévoile aux touristes de passage ses huiles au style très dépouillé. « C'est mon violon d'Ingres, depuis l'enfance. Je peins la mer, le sable, les couleurs, et quelquefois des maisons » dit-elle. Bretonne de coeur, avec des origines suédoises, elle découvre la région à l'âge de huit ans. « Je suis venue plusieurs années de suite en colonie de vacances à Loctudy. Nous nous rendions en face, à l'Ile Tudy, en bateau avec le passeur une fois par semaine. Quand nous voyions la grande plage au loin, nous avions l'impression qu'il y avait toujours du soleil. C'était un endroit de rêve ».

En 2007, l'auteur rafle le « Grand Prix Littéraire des Lectrices » du magazine Elle et le « Grand Prix du Télégramme » pour son roman « La Femme de l'Allemand ». Le texte dresse sans tabous, l'inventaire des rapports entre une petite fille et sa mère maniaco-dépressive. L'absence du père, parti refaire sa vie, donne un livre émouvant par bien des aspects. Pour preuve, Marguerite Audras de la Bastie, psychanaliste en retraite voisine de Marie Sizun à l'Ile Tudy, a fait lire ses écrits dans des groupes de parole. « Les gens se sont mis à raconter des choses personnelles qui n'avaient jamais été dévoilées. Pour la première fois peut-être, ils se sont sentis compris dans leur intimité quotidienne » dit-elle.

Le quatrième ouvrage, « Eclats d'enfance », marque un tournant dans le processus d'écriture de Marie Sizun. Le ton est toujours aussi juste et les mots bien pesés, mais c'est un livre autobiographique, dans lequel elle élude, au contraire, les secrets de famille. « Ceux qui ont lu « le Père de la Petite » et « la Femme de l'Allemand » vont comprendre ce qui m'a donné cette sensibilité à l'écriture et à la lecture ». Le récit, qui peut se lire comme un roman, raconte à la troisième personne l'itinéraire d'une petite fille. Les souvenirs remontent à la surface à la manière de flashs. C'est la découverte d'un monde réservé aux adultes, avec ses mystères. Encourage-t-il l'enfant Marie à grandir ? Elle écrit : « Elle est toujours là, la station de métro Porte-des-Lilas. Je l'ai revue. On la dirait éternelle... C'est sans doute, de tout le quartier, ce qui a le moins changé. Mais pourtant ce n'est plus la même. Elle m'a paru modeste, alors que, au temps de l'enfance, elle me semblait immense ».

Ce temps d'avant est aussi celui de l'apprentissage, chez les Soeurs d'abord, puis à l'école communale, dans la rue du Télégraphe. Et puis il y a le square, témoin de ce rapport privilégié entre deux êtres issus du même sang. « Elles sont bizarres, la mère et la fille. Pas comme les autres, ces femmes et ces enfants qui se groupent, s'agglutinent sur les bancs verts ». Marie Sizun garde aussi de nombreux souvenirs des commerçants, comme l'herboriste, un nom prononcé pour la première fois par son père. De même, quand elle évoque ses années de lycée, et l'autobus 96 qu'elle prend régulièrement et qui lui permet d'oublier sa peur de la contrainte. « Elle s'imagine qu'on la regarde, qu'on l'aime bien. Elle se sent presque en famille. Plus en sûreté qu'en famille, où tout est toujours si compliqué ». Le cinéma, aussi, aide l'enfant à grandir. Ce n'est pas « quelque chose d'irréel mais juste magique ». Aujourd'hui, il n'existe plus, alors comment alors le faire revivre ? « Je n'ai pas de photo du cinéma des Tourelles. C'est peut-être mieux comme ça ? Il a disparu, je peux encore le rêver » se résigne l'enfant. Depuis cette expérience, la passion pour le septième art ne quitte plus Marie Sizun. « J'ai eu une culture cinématographique avant d'avoir une culture littéraire parce que ma mère m'amenait au cinéma une à deux fois par semaine. Elle était dessinatrice et me faisait aussi visiter les musées. C'est pour cela que j'ai toujours jugé les films avec le regard du peintre » explique-t-elle. La fin de la déambulation est contenue dans une photographie. On y voir une jeune adolescente de seize ans, qui porte des ballerines et une belle robe pour la communion de son petit frère. 1957 est l'année de l'exil pour la banlieue, pour l'ailleurs. A partir de là, Marie n'a plus peur et elle est libre et heureuse.

 

« Dans mes livres, analyse Marie Sizun, j'évoque souvent les enfants. Ils sont la part vivante du monde. Ils ont une authenticité, et on ne s'ennuie jamais avec eux, au contraire des adultes qui sont souvent faux ». Enseignante de lettres classiques en France, en Allemagne et en Belgique, l'écrivain a appliqué des recettes personnelles à ses élèves pour tenter de leur faire aimer les livres. « La clé, c'est le plaisir. J'essayais de leur lire à haute voix des pages que je trouvais magnifiques. C'est extraordinaire ce que l'oralité peut faire comme miracles ». C'est de cette manière, parfois en s'enregistrant, que Marie Sizun travaille ses propres textes. L'écriture l'a, de plus, aidé à exorciser les douleurs du passé. « Je me suis sentie libérée de tout ce qui avait pu concerner la relation avec mon père, et après la rédaction de « la Femme de l'Allemand », du poids énorme qu'avait représenté la maladie de ma mère ». L'auteur d'«Eclats d'enfance » n'éprouve aucun regret d'avoir commencé à publier sur le chemin de la retraite. « J'avais commis quelques pages pendant ma vie professionnelle, mais c'était très craintif et plutôt de l'imitation de tel ou tel écrivain. Quand, aujourd'hui, on me dit qu'on aime mon style, ça me fait extrêmement plaisir » confie-t-elle.

Outre le cinéma, les livres et la peinture, Marie Sizun se plaît à imaginer des intérieurs d'habitation. Elle adore chiner et aurait bien aimé exercer le métier de décoratrice. « J'ai beaucoup déménagé dans ma vie et ça me plaît d'arriver avec des cartons et d'agencer un appartement ou une maison. J'aime aussi chercher des idées pour des amis ». L'écrivain raconte dans « Eclats d'enfance » sa fascination pour « les vieilles puces » au marché des Lilas, avec toujours un côté extrêmement humain. « Il y a à voir, à entendre, à comprendre. Des choses de la vie des gens. De la vraie vie. Des images, des présences, des histoires surgissent ». Marie Sizun aurait aussi voulu être comédienne, car elle a suivi des cours de théâtre et mis en scène des pièces de Ionesco et de Molière avec ses élèves. Elle confesse ne rien regretter de sa vie : « les gens qui n'ont jamais rencontré de difficultés ne savent pas ce qu'est le bonheur ».


« Eclats d'enfance » de Marie Sizun est publié aux éditions Arléa (16 €)


Christophe Pluchon

 

 

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