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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 07:13


 

La gravure d'estampes, c'est l'art de la patience. Serge Marzin, qui exerce à Saint-Méen près de Lesneven, s'est approprié cette formule pour créer des oeuvres qui n'admettent pas de repentir.

 

Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :

 

 

« Mon atelier, c'est ma cellule. J'ai besoin de solitude pour travailler » confie d'emblée Serge Marzin, quand on le questionne sur son univers. Ce « lieu de repli », comme il l'appelle encore, comprend deux grands espaces, l'un où il a disposé une table entourée de tous les outils nécessaires à la gravure sur métal, et l'autre au milieu duquel trône une presse pour imprimer les estampes.

Quand Serge Marzin parle de son travail, c'est d'abord le coeur qui s'exprime. Les mots ont leur importance car le métier de graveur rejoint aussi quelque part celui de poète. « On a un appel du pied avec les odeurs de l'encre, du cuivre, c'est très sensuel, dit-il. Grâce à la méditation, on peut renouer avec sa propre essence et ainsi mieux concevoir la nature des choses ». La gravure, pour lui, est aussi l'art de la patience. « Quand on grave, on travaille au ralenti. Mais n'est-ce pas notre propre nature d'être humain d'aller lentement ? Je ne crois pas que la vitesse et le stress nous rendent heureux ».

Serge Marzin exerce son talent avec « l'outil premier des orfèvres » : le burin. Avec sa petite soie en acier bien affûtée et son pommeau en bois, c'est le prolongement de la main, mais c'est aussi pour un graveur, « le sismographe de l'esprit ». Sur la plaque de cuivre, le burin doit créer une sorte de sillon. « La taille-douce que je pratique, c'est l'art du creux. C'est dans ces incisions sur la matrice que l'encre sera déposée. Quand on pénètre avec le burin, on n'a pas le droit à l'erreur. A tout moment, on peut déraper. Une mauvaise entaille peut réduire notre travail à néant. C'est pour cela qu'il faut être à ce qu'on fait et à rien d'autre ». Et ce n'est pas l'outil, mais la matrice, posée sur un petit cousin empli de sable, qui tourne grâce à la main gauche en fonction des formes à créer. Un graveur d'estampes sculpte toujours son support à l'envers, en s'aidant d'un miroir, car c'est cette empreinte qui sera révélée sur le papier.

Serge Marzin ne tarit pas déloges sur son métier. « C'est un art majeur, au même titre que la peinture ou la musique. C'est lié à un savoir-faire. On ne grave pas seulement, on est aussi pressier. C'est très artisanal quelque part » dit-il. La gravure, pour lui, peut-être considérée comme un art du passé, car on utilise les mêmes outils et les mêmes méthodes de travail qu'il y a cinq siècles. A quelques exceptions près, toutefois, car on est confronté aux contraintes liées à la protection de l'environnement quand on doit se servir de produits chimiques comme l'acide nitrique par exemple. « C'est le résultat qui compte. On n'a pas tout inventé. Je n'aurais pas peur de perdre mon âme en changeant ma façon de travailler. Et puis, comme en peinture, ce sont souvent les accidents qui créent des techniques ».

D'origine brestoise, Serge Marzin se passionne dès l'adolescence pour le dessin et la sculpture. Il s'amuse à tailler des têtes au couteau, à partir de bois d'épave récupéré sur l'estran. « C'était un art brut, très grossier, mais je représentais la vie. Je commençais toujours par les yeux parce que c'est l'âme de la personne » se souvient-il. Puis il pousse la porte de l'école Boulle à Paris, spécialisée dans les arts appliqués, pour suivre des cours du soir. « C'était l'école de la noblesse, un vivier de créateurs. Les idées venaient à foison ! » Il apprend le croquis sur modèle vivant, ou plutôt, la manière de se mettre à l'intérieur de son sujet. « Un jour, nous avons pris la place du modèle et nous avons vu combien c'était une souffrance de faire la pose. C'est comme le métier de pêcheur : Mathurin Méheut a su saisir la dureté de leur travail en trois coups de crayon. Il a réussi à ne pas s'attacher aux détails mais à sentir son sujet ».

C'est en copiant les gestes que Serge Marzin apprend le métier de graveur. « Au port de Créteil, il y avait l'atelier du grand lithographe De Souza. Les cours n'étaient pas à ma portée, alors le midi, je restais scotché à la vitre, comme un gamin devant un magasin de bonbons » raconte-t-il. Deux autres graveurs l'encouragent à exercer son art. D'abord Mikel Chaussepied, qu'il croise au Musée de la Fraise et du Patrimoine à Plougastel-Daoulas et qui l'invite dans son atelier pour qu'il révèle ses premières matrices, et le compagnon du devoir doreur sur bois André Miossec.

La dernière étape que tout bon graveur se doit de maîtriser, c'est celle de l'impression. Après avoir été chauffée, l'encre est étalée sur la matrice. Les artistes se sont toujours intéressés à la manière de mieux restituer sur le papier la couleur noire, car pour eux en effet, il s'agit bien d'une couleur. Comme les tireurs de photographies noir et blanc, ils cherchent à obtenir le plus beau dégradé de gris sur leurs estampes. « Les graveurs vivent une histoire d'amour avec le noir. Je me qualifie parfois de guetteur d'aube, car c'est le noir qui m'amène à la lumière » explique Serge Marzin. L'excédent d'encre est retiré avec de la tarlatane, un tissu qui ressemble à de la gaze médicale et avec lequel, dans le domaine de la confection par exemple, on fabrique des patrons. Puis on rend le papier « amoureux ». C'est une manière très sensuelle de dire qu'on l'humidifie pour lui redonner son élasticité. Serge Marzin plébiscite les marques anglaises et allemandes, et parfois le papier japonais. Généralement, il s'agit de matériau fongicide « pur chiffon », même si on peut, pour certains travaux, utiliser un support fait pour l'aquarelle. La presse, constituée de deux cylindres qui entraînent un plateau, va ensuite, d'un coup de manivelle, « imprimer » la trace de la matrice sur le papier. « La pression des cylindres est telle, plus d'une tonne au centimètre carré, qu'il faut protéger la matrice avec des langes ». Le graveur duplique ainsi la plaque en plusieurs exemplaires. Il peut s'agit de tirages d'état, qu'il utilise pour voir le rendu de son travail, ou d'épreuves d'artistes, numérotées de un à vingt-cinq au grand maximum. « Chaque gravure est unique. Dans une série, elles n'auront pas toutes le même rendu. Sur certaines par exemple, les blancs seront mieux révélés ». La nature en général, les pierres, les édifices religieux et les portraits font partie de sujets que Serge Marzin affectionne particulièrement. Son camarade André Miossec se dit convaincu que l'artiste autodidacte réserve encore de très belles planches aux amateurs de gravure. « En un temps restreint, il a acquis et dominé les multiples techniques d'une discipline dont la cuisine et le tour de main sont complexes. Ses derniers cuivres abstraits sont empreints d'une sensibilité quasi-religieuse » dit-il.

Serge Marzin prépare avec le poète brestois Patrick Thuillier une nouvelle édition de l'ouvrage « Résonances Abbatiales » paru en 2001 chez An Amzer. Ce livre d'artiste contiendra onze gravures taille douce sur cuivre réalisées en techniques mixtes (eau forte, aquatinte et pointe sèche) et une gravure taille d'épargne sur bois.


Contact : Serge Marzin, Le Vennec, 29260 Saint-Méen. Tél : 02 98 37 60 23 ou sergemarzin@gmail.com.

Site internet : www.artmajeur.com/serge-marzin/


Le travail de Serge Marzin est présenté à l'atelier Mandarine, 23 rue Emile Zola à Brest. Vous pourrez aussi le voir à partir du 24 novembre 2009 à la Maison de la Fontaine (toujours à Brest) à l'occasion d'une exposition collective sur le thème du sida.


Christophe Pluchon


Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :


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