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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 20:14

Les banques alimentaires organisent vendredi 27 et samedi 28 novembre leur collecte annuelle dans les moyennes et grandes surfaces. L'an dernier, la générosité des finistériens a permis de réunir 261 tonnes de denrées à destination des familles en difficulté.


Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :



Le lieu a des allures de réserve de magasin, mais que l'on ne se méprenne pas. Nous sommes dans la zone industrielle de Kernévez à Quimper, dans l'un des deux entrepôts de la Banque Alimentaire du Finistère. Sur 700 m2 sont disposées des palettes de boîtes de conserve, de couscous et de légumes. « Les produits frais et congelés sont plus au fond, dans des frigos ! » lance Pierre Salou, président de l'association depuis deux ans.

Les premières banques alimentaires voient le jour en France en 1984. Le conserveur de Plounéour-Lanvern Jean Larzul et un pharmacien de Pont-l'Abbé, Michel Riot, évoquent l'idée d'ouvrir une antenne dans le département pour aider les plus démunis. La Banque Alimentaire du Finistère commence à fonctionner en 1992. Cette année-là, elle distribue 341 tonnes de produits. « Les besoins ont changé, note Pierre Salou. A l'époque, on se préoccupait surtout de la quantité. Nous essayons aujourd'hui de donner de la nourriture la plus équilibrée possible aux familles ». Le slogan, « Restaurer l'homme » doit être pris dans tous les sens du terme. « Avec nos partenaires, nous voulons permettre au maximum de gens de reprendre pied dans la société ». En 1997 à Loctudy, la Banque Alimentaire créé avec le comité d'emploi de bassin du Pays Bigouden et le Secours Populaire, l'association « le panier de la mer ». La transformation du poisson invendu en provenance des criées permet ainsi de réinsérer des personnes éloignées de l'emploi. La Banque Alimentaire participe aussi à la création d'épiceries sociales sur le département. Après Quimper, Landerneau et Quimperlé, une nouvelle structure ouvrira bientôt à Morlaix.

A la différence des Restos du Coeur, la Banque Alimentaire ne distribue pas directement les produits. Ceux-ci transitent par les centres communaux d'action sociale et les associations caritatives. Les villes qui reçoivent de la nourriture versent une « participation contractuelle de solidarité » à la Banque Alimentaire. Cet apport financier représente la moitié du budget global. Le reste est reçu de la DDASS, du Conseil Général, et des villes de Quimper et de Brest. L'argent permet de payer les charges courantes, pour le transport des marchandises, le loyer des entrepôts et l'électricité pour les frigos. Le CCAS d'Huelgoat, par exemple, vient chercher tous les quinze jours à Quimper une moyenne de 400 kgs de nourriture. Une fois par mois, la fourgonnette ramène même de la marchandise pour les localités des environs. Yvette Pirou, adjointe aux affaires sociales, témoigne de la détresse des familles. « Nous aidons une trentaine de personnes, parfois pour du dépannage de quelques mois, jusqu'à ce que ça aille mieux. Il y a beaucoup de gens qui ne donnent pas aux associations, pensant qu'ils ne connaîtront jamais de situation de détresse. C'est dommage car ça peut leur tomber dessus très vite » dit-elle.

Les industries et commerces locaux (Savéol, Carrefour, et même un boulanger bio...) donnent un grand nombre de marchandises qui présentent une erreur d'étiquetage ou un défaut d'aspect, ainsi que des invendus qui finiraient dans tous les cas à la poubelle. Cet apport représente près de la moitié de la marchandise reçue. Pour Gérard Le Saint, grossiste en fruits et légumes à Bourg-Blanc, la volonté d'aider les familles en difficulté s'accompagne aussi d'un « respect naturel envers le produit ». Cette attention lui vient certainement, dit-il, de ses origines paysannes. Le groupe Le Saint livre chaque semaine quatre palettes de pommes de terre, de poires et de clémentines à la Banque Alimentaire. L'Etat, lui, fournit 10% des apports, l'Union Européenne le quart*, et la collecte de novembre près de 20%, sur un total, pour l'année dernière, de 1 361 tonnes.

« La collecte de fin d'année est importante car elle nous permet de recevoir des produits d'hygiène que nous n'aurions pas autrement » explique Pierre Salou. Deux mille bénévoles seront mobilisés vendredi et samedi dans deux cents surfaces de vente. A l'entrée des caisses, ils distribueront un sachet pour inviter les clients à y mettre, outre les produits d'hygiène ou d'entretien, des conserves de légumes ou de poisson, ainsi que du chocolat et de la confiture. L'an dernier, la Banque Alimentaire du Finistère a permis à 7 200 personnes d'améliorer leur quotidien grâce à l'équivalent de quatre millions d'euros de produits. « Nous n'avons pas de contact direct avec les bénéficiaires, mais nous connaissons leur situation grâce aux liens réguliers que nous entretenons avec nos partenaires » explique Pierre Salou. Au plan national, le nombre de personnes aidées a cru de 15% en un an. La crise n'a pas eu le même effet dans le département puisque les demandes ont beaucoup moins augmenté. « Nous avons enregistré une hausse de près de 7%. Heureusement, les apports de marchandises ont progressé dans la même proportion ».

Pierre Salou a occupé une bonne partie de sa carrière à la Banque de France, en qualité de directeur de la succursale de Quimper notamment. Il a poussé la porte de la Banque Alimentaire du Finistère pour la première fois en 2005, sur proposition d'un ami bénévole. D'une banque à l'autre, doit-on forcément faire le parallèle ? « J'étais déjà sensibilisé aux difficultés des gens, d'abord par mes fonctions professionnelles, mais aussi en tant que membre du Rotary-Club Quimper-Odet ». Ce qui intéresse particulièrement Pierre Salou, c'est le côté gestion des hommes et des produits. « La Banque Alimentaire du Finistère se dirige un peu comme une entreprise. Pour les entrepôts de Brest et de Quimper, nous avons deux salariés (une secrétaire et un magasinier) et 72 bénévoles. Ils sont spécialisés chacun dans un domaine précis, le stockage, le transport ou l'informatique, et je me dois de motiver tout ce petit monde ».

Les Banques Alimentaires existeront-elles encore dans dix ans ? On peut le penser. Le président de l'antenne finistérienne se défend pourtant de faire de la politique. « Notre activité dépend de la situation économique mais ce n'est pas notre rôle de porter un jugement sur ce qui est fait pour sortir les gens de la misère ».



* En 2009, l'Union Européenne a dégagé un budget de 500 millions d'euros pour les associations caritatives des 27 pays membres.



Contact :

Banque Alimentaire du Finistère : 1 bis rue Paul Sabatier, 29000 Quimper (antenne de Brest : 10 rue Eugène Bourdon, 29490 Guipavas). Tél : 02 98 53 48 11 (internet : www.banquealimentaire.org)



Christophe Pluchon



Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :


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