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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 07:41


Le dernier livre de Marie Sizun, « Eclats d'enfance », confronte l'auteur de l'Ile Tudy à son passé parisien de l'après-guerre. Ce récit entre larmes et bonheur prend la forme d'un hommage au XXè arrondissement de la capitale.

 

Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :


 

Marie Sizun ne manque pas de lieux pour se ressourcer. Il y a tout d'abord son appartement « qui domine les toits de Paris », et dans lequel elle s'enferme à double tour pour écrire sans être happée par les tentations extérieures. Et puis sa petite maison de l'Ile-Tudy, l'ancienne épicerie-tabac « Chez Marcel » qu'elle a acquis dans les années 80 et qui au contraire est ouverte à qui veut bien pousser la porte. Les murs de la grande pièce prennent de temps en temps des allures de salle d'exposition : appréciée en Cornouaille pour son activité de peintre, Marie Sizun y dévoile aux touristes de passage ses huiles au style très dépouillé. « C'est mon violon d'Ingres, depuis l'enfance. Je peins la mer, le sable, les couleurs, et quelquefois des maisons » dit-elle. Bretonne de coeur, avec des origines suédoises, elle découvre la région à l'âge de huit ans. « Je suis venue plusieurs années de suite en colonie de vacances à Loctudy. Nous nous rendions en face, à l'Ile Tudy, en bateau avec le passeur une fois par semaine. Quand nous voyions la grande plage au loin, nous avions l'impression qu'il y avait toujours du soleil. C'était un endroit de rêve ».

En 2007, l'auteur rafle le « Grand Prix Littéraire des Lectrices » du magazine Elle et le « Grand Prix du Télégramme » pour son roman « La Femme de l'Allemand ». Le texte dresse sans tabous, l'inventaire des rapports entre une petite fille et sa mère maniaco-dépressive. L'absence du père, parti refaire sa vie, donne un livre émouvant par bien des aspects. Pour preuve, Marguerite Audras de la Bastie, psychanaliste en retraite voisine de Marie Sizun à l'Ile Tudy, a fait lire ses écrits dans des groupes de parole. « Les gens se sont mis à raconter des choses personnelles qui n'avaient jamais été dévoilées. Pour la première fois peut-être, ils se sont sentis compris dans leur intimité quotidienne » dit-elle.

Le quatrième ouvrage, « Eclats d'enfance », marque un tournant dans le processus d'écriture de Marie Sizun. Le ton est toujours aussi juste et les mots bien pesés, mais c'est un livre autobiographique, dans lequel elle élude, au contraire, les secrets de famille. « Ceux qui ont lu « le Père de la Petite » et « la Femme de l'Allemand » vont comprendre ce qui m'a donné cette sensibilité à l'écriture et à la lecture ». Le récit, qui peut se lire comme un roman, raconte à la troisième personne l'itinéraire d'une petite fille. Les souvenirs remontent à la surface à la manière de flashs. C'est la découverte d'un monde réservé aux adultes, avec ses mystères. Encourage-t-il l'enfant Marie à grandir ? Elle écrit : « Elle est toujours là, la station de métro Porte-des-Lilas. Je l'ai revue. On la dirait éternelle... C'est sans doute, de tout le quartier, ce qui a le moins changé. Mais pourtant ce n'est plus la même. Elle m'a paru modeste, alors que, au temps de l'enfance, elle me semblait immense ».

Ce temps d'avant est aussi celui de l'apprentissage, chez les Soeurs d'abord, puis à l'école communale, dans la rue du Télégraphe. Et puis il y a le square, témoin de ce rapport privilégié entre deux êtres issus du même sang. « Elles sont bizarres, la mère et la fille. Pas comme les autres, ces femmes et ces enfants qui se groupent, s'agglutinent sur les bancs verts ». Marie Sizun garde aussi de nombreux souvenirs des commerçants, comme l'herboriste, un nom prononcé pour la première fois par son père. De même, quand elle évoque ses années de lycée, et l'autobus 96 qu'elle prend régulièrement et qui lui permet d'oublier sa peur de la contrainte. « Elle s'imagine qu'on la regarde, qu'on l'aime bien. Elle se sent presque en famille. Plus en sûreté qu'en famille, où tout est toujours si compliqué ». Le cinéma, aussi, aide l'enfant à grandir. Ce n'est pas « quelque chose d'irréel mais juste magique ». Aujourd'hui, il n'existe plus, alors comment alors le faire revivre ? « Je n'ai pas de photo du cinéma des Tourelles. C'est peut-être mieux comme ça ? Il a disparu, je peux encore le rêver » se résigne l'enfant. Depuis cette expérience, la passion pour le septième art ne quitte plus Marie Sizun. « J'ai eu une culture cinématographique avant d'avoir une culture littéraire parce que ma mère m'amenait au cinéma une à deux fois par semaine. Elle était dessinatrice et me faisait aussi visiter les musées. C'est pour cela que j'ai toujours jugé les films avec le regard du peintre » explique-t-elle. La fin de la déambulation est contenue dans une photographie. On y voir une jeune adolescente de seize ans, qui porte des ballerines et une belle robe pour la communion de son petit frère. 1957 est l'année de l'exil pour la banlieue, pour l'ailleurs. A partir de là, Marie n'a plus peur et elle est libre et heureuse.

 

« Dans mes livres, analyse Marie Sizun, j'évoque souvent les enfants. Ils sont la part vivante du monde. Ils ont une authenticité, et on ne s'ennuie jamais avec eux, au contraire des adultes qui sont souvent faux ». Enseignante de lettres classiques en France, en Allemagne et en Belgique, l'écrivain a appliqué des recettes personnelles à ses élèves pour tenter de leur faire aimer les livres. « La clé, c'est le plaisir. J'essayais de leur lire à haute voix des pages que je trouvais magnifiques. C'est extraordinaire ce que l'oralité peut faire comme miracles ». C'est de cette manière, parfois en s'enregistrant, que Marie Sizun travaille ses propres textes. L'écriture l'a, de plus, aidé à exorciser les douleurs du passé. « Je me suis sentie libérée de tout ce qui avait pu concerner la relation avec mon père, et après la rédaction de « la Femme de l'Allemand », du poids énorme qu'avait représenté la maladie de ma mère ». L'auteur d'«Eclats d'enfance » n'éprouve aucun regret d'avoir commencé à publier sur le chemin de la retraite. « J'avais commis quelques pages pendant ma vie professionnelle, mais c'était très craintif et plutôt de l'imitation de tel ou tel écrivain. Quand, aujourd'hui, on me dit qu'on aime mon style, ça me fait extrêmement plaisir » confie-t-elle.

Outre le cinéma, les livres et la peinture, Marie Sizun se plaît à imaginer des intérieurs d'habitation. Elle adore chiner et aurait bien aimé exercer le métier de décoratrice. « J'ai beaucoup déménagé dans ma vie et ça me plaît d'arriver avec des cartons et d'agencer un appartement ou une maison. J'aime aussi chercher des idées pour des amis ». L'écrivain raconte dans « Eclats d'enfance » sa fascination pour « les vieilles puces » au marché des Lilas, avec toujours un côté extrêmement humain. « Il y a à voir, à entendre, à comprendre. Des choses de la vie des gens. De la vraie vie. Des images, des présences, des histoires surgissent ». Marie Sizun aurait aussi voulu être comédienne, car elle a suivi des cours de théâtre et mis en scène des pièces de Ionesco et de Molière avec ses élèves. Elle confesse ne rien regretter de sa vie : « les gens qui n'ont jamais rencontré de difficultés ne savent pas ce qu'est le bonheur ».


« Eclats d'enfance » de Marie Sizun est publié aux éditions Arléa (16 €)


Christophe Pluchon

 

 

Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :


 

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commentaires

Caroline 10/07/2010 18:46



Merci pour cet article très intéressant sur Marie Sizun. Je m'autorise à le citer en lien sur mon blog où je parle de mes lectures des romans de Marie Sizun



Chantal 24/11/2009 14:58




Epoustouflant cette ressemblance avec  ma  propre histoire !

Miroir de maman, ou celui de ma soeur dans leurs états maniaques ou mélancoliques !

Même expression, même vocabulaire que  ma petite mère : «… nous partions en expédition… »

Ressenti tellement identique à celui de l’auteur !

« …….Elle chante avec les autres mais bien plus fort, bien trop fort , on n’entend qu’elle et je meurs de honte…. . »


Ce désir de voir une photo de son géniteur afin de savoir à qui elle ressemble….

Littéralement bouleversée à la fin de cette lecture .

Il est question du rapport entre une mère et sa  fille unique, ce que ça fait de grandir auprès d’une mère enfant, une mère fantasque, attachante mais aussi imprévisible. Il
est question de ses excès en tout, de la folie, la vraie, celle qu’on a connu enfant et que nous connaissons encore trop bien : la psychose maniaco dépressive.


J’ai lu ce livre sans respirer, d’une traite........... je l'ai  dévoré ! c'est mon histoire et celle de mes soeurs!



Ces mots m’ont touchée ; des mots justes et vrais, des mots que  j'aurais  pu écrire, si  j'avais  le talent de Marie
Sizun.


Ils ont fait remonter plein de souvenirs, des phrases et réparties déjà entendues, la  souffrance et l’angoisse qui voisinent avec les rires et les jeux.


La terreur de voir sa mère tout à coup étrangère, défigurée, méconnaissable, sa mère vociférant, gestes anarchiques.


 merci Marie Sizun .....comme j'aimerais vous  connaître!


 





Marie Sizun 16/10/2009 13:52


Juste un mot, cher Ccristophe Pluchon, pour vous remercier de cette belle chronique, intelligente et précise... mais plus élogieuse que je ne le mérite. Je garde un excellent souvenir de notre
rencontre et suis ravie de tomber par hasard sur ce texte qui la concrétise. L'interview que j'ai fait écouter est remarquablement montée.
Bien amicalement à vous, avec toute ma gratitude.