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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 07:20

chammings

Le sculpteur d'Edern vient de réaliser pour la ville de Quimper, une réplique en bronze des « Bambini » d'Hector Lemaire, une oeuvre dérobée il y a un an dans les jardins du théâtre Max Jacob. Quand il ne répond pas à une commande publique, l'artiste moule et façonne des corps... féminins, de préférence.

 

Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :

 

 

 

Alberto Giacometti a fait parler de lui début février. L'une de ses sculptures, « l'homme qui marche », s'est vendue au tarif record de 74,2 millions d'euros chez Sotheby's à Londres. D'origine lyonnaise, François Chamming's a treize ans lorsqu'il pose son regard sur cette silhouette, au cours d'une visite familiale à la fondation Maeght à Saint-Paul de Vence. C'est la révélation, mais il ne sait pas trop expliquer pourquoi. A l'époque en effet, c'est plutôt le dessin qui lui fait de l'oeil, alors qu'aujourd'hui il n'esquisse même pas les oeuvres qu'il réalisera en trois dimensions, « de peur d'avoir déjà fait » ! « J'ai une imagerie importante dans mon esprit qui fait que je suis sensible aux positionnements des gestes. C'est pour cela que je ne dessine pas avant » dit François Chamming's. Pour lui, l'oeuvre naît d'abord du cérébral, d'une réflexion de l'artiste. Il ne remercie pas tous les matins la Providence de lui avoir donné des mains pour travailler. « Certains peintres peignent avec leurs pieds, d'autres avec leur bouche. Si l'art a une connotation manuelle, il ne faut pas tout le temps le rapporter au travail manuel » dit-il.

François Chamming's n'a jamais pris de cours de sculpture. Il ne le revendique pas, et n'a aucun regret non plus. « Je n'ai rien contre les écoles d'art, mais je pense qu'il faut du temps à un étudiant pour se libérer de la forte imprégnation des enseignants et acquérir sa propre écriture. J'ai perdu du temps, mais ce que je sais, je l'ai appris tout seul, en cherchant ». Une formation sur le tas, donc, qui ne l'empêche pas, depuis 2003, de transmettre les bons gestes aux stagiaires inscrits aux cours qu'il donne dans son atelier. « Je leur indique les techniques, la marche à suivre, mais en aucun cas, je ne fais le travail à leur place » explique-t-il. Agnès, l'une des « élèves » occupée ce jour-là à modeler un portrait étrusque en grès, parle de Chamming's comme « quelqu'un de très pédagogue, de très accueillant et qui a une certaine truculence ». Cette passionnée de dessin et de peinture ne s'était jamais vraiment intéressée à la sculpture. « Je suis venue sur le conseil d'une amie. Je ne regrette pas. Toucher la terre m'aide à me concentrer. Je peux rester deux heures debout sans être fatiguée » dit-elle.

François Chamming's pratique presque toujours seul. Dans son livre paru à la fin de l'année dernière, il explique que son atelier est l'unique témoin de sa création. « Je parle à mon atelier et lui dis bonjour tous les matins ». Après une quinzaine d'années occupée à mettre en forme le tilleul et le noyer à Nîmes, Sévignac, Broons et Bécherel, l'artiste se tourne vers le bronze en 1997. Grâce aux « arts du feu », il accède à une nouvelle dimension de son art. Il se captive aussi pour le marbre de Carrare en Italie, assemblage de minéral et de végétal, « né de la compression des massifs coraliens à l'époque où les continents n'étaient pas formés ». Quant au granit breton, il ne l'attire pas plus que ça, à cause de son « côté radioactif » et de sa couleur grisâtre. Le sculpteur fait de nombreuses expositions dans sa carrière. Au début des années 2000, il s'envole pour New York. Il montre ses créations aux côtés de 2 400 autres artistes venus du monde entier. L'« Art Expo, Javits Center » l'aide à nouer de multiples contacts et à concrétiser des ventes.

François Chamming's aime les silhouettes des femmes. Il s'inspire des attitudes des personnes qu'il croise dans la rue, de l'émotion qu'elles dégagent, pour donner vie à ses oeuvres. « Une personne bien dans sa peau va se mouvoir d'une manière alerte. J'aime ce côté gracieux, fluide, mais aussi quelque part furtif » dit l'artiste. Toujours à l'affût des dernières nouveautés dans le domaine de la mode, il regarde attentivement les défilés, « richesse d'images et d'attitudes », et s'intéresse aux matériaux utilisés par les créateurs pour exprimer le volume. Ses sculptures, objets statiques par définition, montrent des corps en mouvement, « racés, qui ont du nerf », mais qui sont aussi de plus en plus épurés. « L'une de mes dernières créations représente une femme sous la forme d'une simple lame qui ondule. Ca me questionne d'autant plus qu'un collectionneur m'a récemment demandé ce que j'allais bien pouvoir faire après ça. Je suis resté penaud ».

A la page 25 de son livre, François Chamming's donne une définition de son art. « La sculpture, c'est ôter pour révéler. Révéler d'une part la matière qui me permet de rechercher, découvrir, donner naissance à la ligne, et d'autre part la courbe qui reste en accord avec la précédente tout en s'accordant avec la suivante ». Une sculpture a plusieurs lectures, dit encore l'artiste, selon la lumière. « C'est grâce à elle que le volume va exister. On n'aura pas la même sculpture au levant et au couchant, pas les mêmes reflets ». Ici un sein, là une hanche... Ses nus ne dégagent selon lui aucune vulgarité. « On peut tout traiter en art, l'amour, la sensualité, les sentiments, le désir... C'est la perception que l'on a selon notre vécu qui nous fait dire qu'une oeuvre est vulgaire. C'est donc complètement subjectif ».

François Chamming's aimerait un jour tâter du pinceau, pour voir s'il est capable de coucher sur la toile des portraits ou des paysages. Une confidence exprimée au conditionnel, car pour l'instant, il n'a pas encore exploré toutes les possibilités offertes par la sculpture. « C'est un arbre dont le tronc a un diamètre énorme et beaucoup de branches porteuses ! » jCe « jusqu'au-boutiste », comme il se définit, envisage difficilement de tout bien faire en se dispersant. Et puis « Gaëlle », « Léna » et les « Princesses Nomades », parées de noyer et de bronze, occupent bien trop son esprit !

 

Pour en savoir plus, vous pouvez vous procurer le livre « Chamming's, sculpteur » qui retrace l'itinéraire de l'artiste, et visiter son site internet : www.chammings.com

La sculpture « Les Bambini » sera installée les 16 et 17 février dans le jardin du théâtre Max Jacob à Quimper.



Christophe Pluchon

 

Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :

 



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