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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 00:00

Le très beau livre « Itinéraire d'un peintre breton » que signe Charles Kérivel est une rétrospective de plus de vingt-cinq ans de croquis et d'aquarelles réalisés au Maroc. Un pays aux multiples visages que l'artiste ne se lasse toujours pas d'explorer...

Charles Kerivel

  Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :

 


« Avec une grande passion, Charles Kérivel donne aux sites qu'il peint, une vie et une animation qui transmettent au spectateur l'impression d'y être ». Georges Gernot participe depuis 2002 aux ateliers que l'artiste organise au Maroc sur les techniques de l'aquarelle, et il se dit impressionné par l'étonnante connaissance du pays qu'il a acquise au fil de ses voyages. « Quand j'y suis allé, nous avons pu peindre des porteurs d'eau, des musiciens, des danseurs. Chaque stagiaire a rapporté une moisson de souvenirs et une connaissance très originale des lieux » dit-il.

Charles Kérivel a fait plusieurs métiers dans sa vie, tous reliés à son intérêt pour le dessin et la peinture, mais aussi au milieu maritime. Il apprend les techniques graphiques sur le tas, en regardant les autres. Adolescent, il voue une admiration toute particulière à René Pellos, l'auteur de la bande dessinée « La guerre du feu » et de nombreuses caricatures dans des journaux sportifs à partir des années 50. « Les jeudis après-midi, sur la table de la cuisine, je recopiais ses dessins avec ma règle, mon compas et ma plume Sergent-Major. C'est Pellos qui m'a appris à dessiner » se souvient-il.

Son histoire d'amour avec l'Afrique du Nord et plus spécialement le Maroc débute grâce à l'Isomeria, un pétrolier de la compagnie Shell sur lequel il embarque en 1956, après quelques mois de pêche au maquereau au sortir de l'Ecole d'Apprentissage Maritime. Dans son livre, il raconte sa découverte de Casablanca. « La kasbah se trouvant proche du port, une brève échappée à travers les ruelles du souk est ma première balade en terres marocaines ». La visite d'un autre port fameux, Essaouira, situé plus au sud, constitue pour Charles Kérivel un retour aux sources, vers ses racines. « Il y avait beaucoup d'animation sur les quais. C'était un peu l'ambiance que j'ai connue dans mon enfance à Douarnenez, avec les langoustiers, les thoniers... Je me suis trouvé dans le même état d'esprit que Mathurin Méheut quand il croquait les pêcheurs. Il suffisait de tourner la tête pour avoir devant soi une scène totalement différente ». Avant de partir en campagne, Charles Kérivel glisse dans ses valises une boîte d'aquarelle et quelques feuilles de papier « au cas où ». « Les escales n'étaient pas longues, deux ou trois jours, mais c'était suffisant pour ramener quelques peintures. J'ai aussi édité avec l'un de mes lieutenants un recueil de poèmes et d'histoires qui se déroulaient sur le bateau. Je faisais les dessins ».

En 1959, en pleine guerre d'Algérie, Charles Kérivel est appelé sous les drapeaux. Il effectue son service dans la Marine avec la spécialité de charpentier, et fait une rencontre qui change le cours de sa vie. « Gérard Malher, qui est graphiste à Paris, voit mes dessins et m'encourage à m'orienter dans le secteur de la publicité. Il m'apprend les bases de la typographie. C'est un peu grâce à lui que je suis embauché à l'imprimerie PAM à Brest en 1962, qui est alors spécialisée dans l'étiquette de vin ». Dans son ouvrage, Charles Kérivel a cette formule qui prouve qu'on peut, avec de la chance, choisir son métier. « Payé pour dessiner ! Je crois rêver ! »

En 1969, après un détour par Cognac dans une autre imprimerie, l'artiste revient à Brest pour exercer ses talents de créatif dans un journal de petites annonces. « C'était le premier de France, une idée ramenée de Suisse par le propriétaire d'Inter-Service » dit-il. Il participe ensuite à l'aventure de Bretagne-Publicité, un support appelé à se développer car il se différenciait des journaux en offrant de la distribution de prospectus en boîte à lettres. Il devient responsable de la création publicitaire du journal Le Télégramme et du groupe Rallye (aujourd'hui Casino). Puis en 1978, sous le pseudonyme Kerik, il publie à compte d'auteur une bande dessinée qui ne passe pas inaperçue. « Du termaji chez les Penn-Sardinn » traite des relations un peu compliquées entre les marines nationale, marchande et le monde de la pêche. « Je me suis demandé ce que je pourrais faire de fédérateur pour les Douarnenistes. La BD était écrite en langage de là-bas, un mélange de français et de breton. J'en ai sorti trois comme ça. On a même adapté une pièce de théâtre très souvent jouée à guichet fermé » se souvient-il. Et c'était bien avant le phénomène Ch'ti !

L'année 1983 est à marquer d'une pierre blanche. Charles Kérivel revoit le Grand Sud-Marocain qu'il avait approché quand il sillonnait les mers sur des pétroliers. Il profite de quinze jours de vacances pour « traduire l'environnement en des tons empreints de gaieté accompagnant un dessin au pinceau à peine esquissé ». Seul ou en groupe, il ne se lasse pas de transcrire à sa façon les lumières et les ambiances de ce pays au charme évident. « Je ne me considère pas comme un grand peintre. Je suis un bon dessinateur, c'est ce qui me sauve. C'est l'aquarelle qui met ce dessin en valeur » explique-t-il. L'artiste ne sort jamais sans son carnet de croquis, un outil précieux pour garder à l'esprit des scènes prises sur le vif, au milieu des gens. « Depuis quelques années, on redécouvre les traditions, la langue, la façon de vivre du peuple berbère. Il est de mon devoir de montrer leur patrimoine avant qu'il ne disparaisse. On peut considérer que je fais du reportage par certains aspects ».

Le livre que fait paraître Charles Kérivel est bien sûr un ouvrage d'art. Mais on peut aussi le feuilleter pour se faire sa propre idée du Maroc, loin des images d'Epinal véhiculées par les agences de voyage. La balade commence à Tanger et s'achève à Sidi Ifni, pour le plaisir des yeux et des sens grâce à 580 reproductions de grande qualité. On s'arrête tour à tour devant la mosquée de Rabbat, devant la citadelle d'Essaouira et on traverse l'Atlas à dos de chameau. Chaque lieu fait l'objet d'un commentaire qui donne une envie d'évasion. « Ce livre est le résultat d'un travail familial, explique Charles Kérivel. J'ai établi le fil rouge et fait moi-même la mise en page, car c'était un peu mon job avant. Ma bru Sang et mes petites-filles Mayliss et Maïwen m'ont aidé. Je leur suis infiniment reconnaissant ». L'histoire d'amour que Charles Kérivel entretient avec le Maroc n'est pas prête de s'achever. « J'y trouve tout ce que j'ai envie de peindre » dit-il.



Le livre « Charles Kérivel, itinéraire d'un peintre breton » est paru chez ACR Edition (60 €).

L'artiste organise régulièrement au Maroc des ateliers ouverts à tous, pour se familiariser avec la technique de l'aquarelle. Vous pouvez vous renseigner sur son site internet : www.aquarelle-maroc.com/



Christophe Pluchon

 


Ecouter l'interview diffusée sur RCF Rivages :

 




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commentaires

impression prospectus 02/02/2010 17:02


J'aime beaucoup votre blog ! Félicitations