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6 avril 2007 5 06 /04 /avril /2007 22:42

Jusqu'à fin avril, Marie-Gilles expose ses aquarelles à la villa Mériadec à Douarnenez-Tréboul. La grande bâtisse située à deux pas de la thalassothérapie se dresse face au Menez-Hom. Elle a été aménagée par Jean-Philippe Chapalain, qui accueille généreusement les artistes pour les aider à créer et à montrer leurs oeuvres.


« Dans la vie, on fait ce qu'on peut, pas ce qu'on veut ». Cette phrase extraite de la chanson de Starmania résume à elle seule l'itinéraire tout tracé de Jean-Philippe Chapalain, 61 ans. « J'ai toujours voulu être artiste, designer, architecte ou peintre. Le destin en a décidé autrement ». L'homme dirige depuis près de quarante ans une entreprise familiale de manutention située dans le Val d'Oise, à proximité d'Auvers-sur-Oise. Ce n'est pas un hasard si la ville est mondialement connue pour sa peinture. Elle a su attirer Van Gogh, Cézanne et Pissaro. « J'ai été happé par ma vie personnelle et professionnelle. Maintenant, je rattrape le temps perdu » ajoute Jean-Philippe Chapalain.

Dans sa villa de 500 mètres-carrés nouvellement rénovée, il accueille les artistes en résidence pendant quelques semaines, et expose leurs oeuvres. La maison, et la vue sur la baie de Douarnenez qui va avec, sont mises gratuitement à leur disposition. « J'ai pu rafraîchir les lieux en revendant une partie de mes pièces de collection, explique Jean-Philippe Chapalain. Je ne voulais pas jouir exclusivement de mes achats, mais au contraire, en faire profiter les autres ».

Céramistes, peintres et graveurs disposent d'une chambre (il y en a cinq en tout) et d'un atelier pour travailler. La mer est tellement proche qu'ils n'ont qu'à franchir le muret du jardin pour s'y baigner. « Je n'aime pas le qualificatif de mécène. Si l'abbé Pierre avait été un mécène, alors d'accord, je me serais rangé auprès de lui. Je veux aider les artistes et les comprendre. Je pense avoir le même tempérament qu'eux. Ils travaillent dans leur coin. Ils ont peur de la réaction du public au moment de montrer leurs oeuvres. Je veux servir d'interface entre eux et les futurs acheteurs ». Certes, la villa Meriadec n'est pas la Buvette de la Plage au Pouldu, et Jean-Philippe Chapalain n'est pas Marie Henry. C'est pourtant le même esprit qui règne chez ces deux personnages, à 120 années d'intervalle : héberger, soigner les artistes avec respectivement en toile de fond, les plages des Grands-Sables et des Sables-Blancs...

L'aquarelliste de Penmarc'h, Marie-Gilles, montre ses travaux à l'Espace Mériadec jusqu'à la fin de ce mois. C'est un retour aux sources puisqu'elle y a déjà exposé en décembre. Plus d'un millier de visiteurs a vu ses toiles entre Noël et le Premier de l'An. « Le public est surpris de découvrir cet endroit dédié aux artistes. C'est difficile de trouver des lieux pour exposer car les belles salles sont souvent réservées deux ou trois ans à l'avance ». L'aquarelliste, qui a reçu pas moins de neuf prix ces deux dernières années, s'est découverte une passion pour les vieux livres. Elle les reproduit selon la méthode dite du mouillé. « Il y a beaucoup de choses qui se dégagent des anciennes couvertures en cuir. Le livre permet de faire passer des messages. C'est notre mémoire, d'une certaine manière » témoigne Marie-Gilles. Jean-Philippe Chapalain avoue avoir été séduit par la finesse et la perfection de son travail. « Chaque jour, avoue-t-il, je reçois trois à quatre demandes d'artistes demandant à exposer ou à venir en résidence. Beaucoup travaillent à l'étranger, certains en Allemagne et aux Etats-Unis. Je fonctionne au coup de coeur pour faire le tri ».

A l'approche des beaux jours, notre amoureux des arts passe plus de temps que d'habitude au jardin, face à la mer. Le soleil rarement absent de la baie de Douarnenez n'est pas le seul en cause. Jean-Philippe Chapalain y aménage un petit amphithéâtre de verdure destiné à accueillir un public d'une quarantaine de personnes. Dès l'été prochain, des sculptures de plus de deux mètres de hauteur y éliront domicile. Yan Balinec, pressenti pour exposer dans quelques mois à la villa Mériadec, verrait bien des compagnies de théâtre se produire sur cette esplanade. Le poète et musicien douarneniste est, comme Marie-Gilles, conquis par la proposition de Jean-Philippe Chapalain. « C'est une forme d'art de faire la promotion des artistes. Beaucoup ont du mal à percer, perçoivent le SMIC, n'osent pas se confier. Ils ont néanmoins la plus belle part, celle du rêve créateur ». Et Marie-Gilles de poursuivre : « Il y a quatre ans, les oeuvres se vendaient beaucoup plus facilement. Aujourd'hui, les gens regardent à deux fois avant d'acheter. Tous les artistes le disent ». Jean-Philippe Chapalain lance un appel aux entreprises désireuses d'aider ce milieu et qui ne savent pas comment s'y prendre. « Le marché de l'art est considérable. Soutenir les artistes, c'est leur offrir des garanties pour l'avenir. Les nouvelles lois fiscales encouragent la démarche ». Dans un futur proche, le gestionnaire de la villa Meriadec devrait aussi solliciter les responsables de sociétés pour leurs séminaires et lancements de produits. Jean-Philippe Chapalain envisage d'aménager une partie de la maison en salles de réunion. « Les entreprises pourront louer les lieux à la journée ou à la semaine. Les recettes permettront d'équilibrer les comptes ». Et si les murs des chambres et des couloirs sont encore nus, le chef d'entreprise bientôt à la retraite ne désespère pas de les voir progressivement s'habiller d'oeuvres offertes par les artistes qu'il aura accueillis.

C'est sûr, Jean-Philippe Chapalain croit en sa bonne étoile. Au visiteur passionné comme lui d'histoire de l'art, il ne manque pas d'évoquer la venue d'Auguste Renoir à Tréboul, en 1895. « L'artiste y a peint trois tableaux, dont l'un, paysage devant le Menez-Hom, depuis le fond de ce jardin ». Au pied de la villa se dresse aussi un cyprès plus que centenaire que le maître des lieux n'est pas peu fier de présenter. « Auguste Renoir a du le voir tout petit ! » lâche Jean-Philippe Chapalain.

Un arbre pour confident, et la mer pour inspiratrice. Que demander de plus ?

La villa Mériadec est ouverte depuis un an et demi. En parallèle des oeuvres de Marie-Gilles, Jean-Philippe Chapalain a choisi d'y montrer jusqu'au 28 avril les sculptures de Thierry Kayo et les peintures (huiles et tempora) de Gerhard Renner. Suivra, du 30 avril au 23 mai, une exposition de sculptures de Bertrand Créach. Puis Philippe André donnera deux stages de sculpture sur pierre, fin juillet et début septembre. La rentrée sera placée sous le signe de la photographie.

Le programme des expositions est consultable sur le site internet : www.meriadec-art.org/. Vous pouvez aussi vous renseigner par téléphone au 02 98 75 57 27.


Christophe Pluchon

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