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24 mars 2007 6 24 /03 /mars /2007 21:25

Le canal de Nantes à Brest est en constante réhabilitation, sous l'égide du SMATAH, le syndicat mixte d'aménagement touristique de l'Aulne et de l'Hyères qui gère la partie finistérienne du cours d'eau. Au fil des décennies, les trafics routier et ferroviaire ont eu raison de cette rivière aux 236 écluses. Aujourd'hui, le canal attire les pêcheurs, les randonneurs et les familles adeptes du tourisme fluvial.


Qu'il est bon de marcher le long du canal, que ce soit devant le château de Josselin dans le Morbihan, au pied de Châteauneuf-du-Faou ou aux abords de l'écluse de Guili-Glaz à l'ouest de Port-Launay. Quand les nuages savent se faire discrets, les reflets du soleil sur l'eau créent une féerie d'étoiles qui ne peut que laisser rêveur. Quel que soit le temps, de toute façon, la rencontre avec la rivière fait du bien aux poumons. Le courant si discret et la végétation formée de pins maritimes et de peupliers appellent au recueillement et à la méditation.

C'est cette tranquillité que recherchent les pêcheurs de truite comme Guy Chouffeur. « Quand je pêche, dit-il, j'oublie mes soucis. J'évacue le stress de la semaine. La pêche en rivière est une activité assez solitaire ». Cela fait 40 ans qu'il patiente de la sorte, presque chaque jour, plusieurs heures de rang, pour le plaisir le plus souvent. « Selon la saison, je pêche à la mouche ou au ver de terre. C'est une approche assez technique car il ne faut pas que le poisson me voit. Je le rejette ensuite à l'eau ». Guy Chouffeur a une fierté, celle d'avoir eu un jour au bout de sa ligne, une truite fario de 63 centimètres. « La truite de ma vie ! Je n'en attraperai sans doute pas d'autre de cette taille ».

Les espèces qui prospèrent dans le canal sont donc la truite mais aussi le saumon, le brochet, le sandre et le gardon. C'est à Port-Launay que se fait la transition entre l'eau de mer et l'eau douce, dans ce qu'on appelle un bief, l'espace entre deux écluses.


A l'image des pêcheurs, Marie-Jo Le Brun appartient à cette catégorie d'habitués pour qui le canal n'est pas seulement un but de promenade. Elle marche, attirée, dit-elle, par le bruit de l'eau. « Le canal est changeant car selon les saisons, on a toutes les couleurs. L'hiver, avec un peu de neige, c'est grandiose aussi ». Marie-Jo Le Brun fait partie des 130 « privilégiés » à qui le SMATAH a confié la mission de veiller sur le canal. « Quand des branches menacent de tomber après une tempête, explique-t-elle, j'alerte les responsables. Je renseigne aussi les randonneurs sur ce qu'il y a à voir et à faire alentour ». Et de l'avis de Marie-Jo Le Brun, ceux-ci sont de moins en moins nombreux à faire de la marche purement sportive, et ils respectent beaucoup plus l'environnement.

L'histoire du canal remonte à la fin de l'Ancien Régime, pendant les guerres franco-anglaises. Pour ravitailler depuis Nantes les ports de Lorient et de Brest sans risque d'être attaqué par la mer est lancé un projet de réseau de communications intérieures. Avorté à la Révolution, il est repris en 1804 avec un nouvel objectif, celui de désenclaver la Bretagne. Un thème toujours d'actualité ! « On a canalisé les rivières naturelles et percé des portions artificielles pour relier des bassins hydrologiques, explique Christophe Hériaud, directeur du SMATAH. Et on a employé beaucoup plus d'ouvriers agricoles que de forçats pour faire les travaux, contrairement aux idées reçues ».


Le canal de Nantes à Brest a véritablement dopé l'économie de la Bretagne en permettant de transporter des produits issus des carrières d'ardoise et des amendements calcaires pour l'agriculture. Jusqu'à l'avènement des bateaux automoteurs, dans les années 1930, les péniches étaient tractées par des chevaux depuis le halage, à l'aide de cordes. Les camions et le train, plus compétitifs et plus rapides que le bateau, et l'érection du barrage de Guerlédan (qui coupera le canal en deux) entraîneront la fin progressive des activités de transport. « La dernière péniche arrive à Pont-Triffen en 1942, explique Christophe Hériaud. En 1957, le canal sort de la nomenclature des voies navigables et en 1966, la partie finistérienne est concédée au département. Une nouvelle ère commence alors pour la rivière ».

Depuis le début de la décennie, le Conseil Général du Finistère, les 22 communes riveraines du canal et le SMATAH ont réalisé de nombreux aménagements pour rendre accessibles en toute sécurité (et aux personnes à mobilité réduite) le halage et le contre-halage. Ils ont aussi fait rénover les 46 écluses et transformé en centres d'interprétation quatre maisons éclusières et une passe à poissons à Châteaulin. La maison éclusière de l'Aulne, par exemple, montre la faune du canal, avec des animaux vivants et d'autres naturalisés, tandis qu'à Lennon, on évoque plutôt la vie éclusière et batelière.


Cerise sur le gâteau, la totalité de la partie finistérienne, soit une centaine de kilomètres, est à nouveau navigable, ce qui n'est pas le cas dans le département des Côtes d'Armor. Tous ces efforts ont permis un développement conséquent du tourisme, sur l'eau et à terre. Du coup, des sociétés comme Aulne Loisirs Plaisance à Châteauneuf-du-Faou se sont lancées sur le marché de la location de vedettes habitables que l'on peut piloter sans permis. « Sur un bateau, on redécouvre le canal, on a l'impression d'avoir changé de planète, note avec humour la gérante, Isabelle Guillerm. C'est magnifique de pouvoir admirer les anciennes chapelles et de passer des écluses vieilles de 200 ans. Nous donnons aux personnes un cours de navigation et elles partent, pour le week-end ou la semaine. Chacun joue au petit éclusier, se positionne sur le quai appelé bajoyer, tourne la manivelle, ouvre et referme les portes... » Les déversoirs, ces barrages qui rejettent l'eau sous forme de cascade, permettent de rattraper le dénivelé entre l'amont et l'aval du canal. « A l'écluse de l'Aulne par exemple, on gagne 1m90, explique Christophe Hériaud. Le déversoir est l'endroit le plus dangereux car il s'y forme des tourbillons ».


Pour rallier Châteauneuf-du Faou à Châteaulin, il faut compter deux bonnes journées de bateau. Pourtant, les deux villes ne sont distantes que d'une quarantaine de kilomètres ! Le directeur du SMATAH pose en ces termes la question de la rentabilité du canal : « nous ne pourrons réintroduire une économie fluviale que pour des produits qui n'ont pas besoin d'être livrés rapidement, comme les déchets inertes ». Le syndicat mixte d'aménagement touristique de l'Aulne et de l'Hyères songe aussi à remettre au goût du jour les anciens bacs pour passer d'une rive à l'autre. Mais s'il est une autre activité qui mériterait peut-être une attention particulière, c'est celle de la production d'énergie. « Jusqu'au début des années 80, on a compté dix-huit micro-centrales hydro-électriques sur le cours de l'Aulne, raconte Christophe Hériaud. En 1860, Châteaulin fut la deuxième ville française à posséder l'éclairage public électrique. Aujourd'hui, une telle technologie ne peut plus être exploitée car l'Aulne et l'Hyères sont classées rivières à saumons ».

Et pourtant... Les décideurs économiques et politiques sensibles aux énergies renouvelables ne devraient-ils pas se pencher sur la question, sachant notre région déficitaire en production d'électricité ?


Pour en savoir plus : www.smatah.fr ou 02 98 73 40 31.


Christophe Pluchon

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