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11 juillet 2005 1 11 /07 /juillet /2005 22:38

A deux milles du port de Roscoff, l'île de Batz fait figure de petit paradis. A raison de huit départs quotidiens, six vedettes vous transportent pendant l'été sur ce bout de terre de 3,5 km de long. L'agriculture, dont la moitié de la surface est travaillée par des producteurs biologiques, y occupe encore une place prépondérante, pour preuve on s'y déplace principalement en tracteur. La pêche et le tourisme sont les autres atouts que veulent maintenir les 600 habitants qui ne quitteraient leur rocher pour rien au monde. Larguons les amarres pour un quart d'heure de traversée !

(Archive : article paru en août 2005)


Le jardin exotique Georges Delaselle, le phare, les magnifiques plages de sable blanc... Chaque jour en juillet, 1 200 personnes prennent le bateau, et 1 500 en août, mais elles ne sont pas plus d'une centaine au creux de l'hiver. En pleine manoeuvre d'accostage, à la barre de la « Fleur de Batz », Loïc Créach, jeune pilote de 32 ans a un geste d'amitié pour Yvon, le taxi, qui attend les nouveaux arrivants sur le quai. Les passagers les plus encombrés par leurs sacs et valises feront certainement un bout de route avec lui. Les plus courageux, en revanche, se laisseront guider à travers les nombreux sentiers, ou loueront un vélo, à Jean Prigent par exemple. En saison, quand il n'assiste pas son épouse qui tient des chambres d'hôtes dans l'ancienne ferme familiale, au bourg, il règle selles, pneus et guidons, derrière le Syndicat d'Initiative, en haut du débarcadère. C'est là qu'il nous attend, en ce matin de juillet, pour nous conter une histoire de légumes...

Agriculture biologique : une image à défendre.

Voici 22 ans, avec d'autres, Jean Prigent lance l'agriculture biologique sur l'Ile de Batz. Aujourd'hui, selon ce principe du « tout naturel », une douzaine de producteurs font pousser pommes de terres, salades, fenouil, carottes, échalotes ou oignons.

Né en 1934 au lieu-dit Goeles, au nord de Batz (où se situe le Centre Equestre toujours animé par son frère), l'ancien agriculteur avoue avoir mis du temps à comprendre ce qu'était le bio. « C'est quand les terres ont été analysées, dit-il, qu'on a pris conscience que toutes les conditions étaient réunies. Pas de hors-sol, pas de désherbage, pas d'insecticide... l'île était propre ! ». Seulement, le bio n'était pas encore vraiment à la mode, et c'est un jeune exploitant qui a montré la voie aux autres. A tous ? « On a rêvé de motiver l'ensemble des agriculteurs, analyse Jean Prigent, mais certains, vieillissants, étaient toujours attachés aux méthodes de culture conventionnelles. Pourtant, d'autres se sont recyclés. Aujourd'hui, les bios sont relativement jeunes, la moyenne d'âge est de 40 ans, mais on a bien des difficultés à en installer d'autres, surtout en provenance du continent ».

Le légume biologique, chez les Prigent, c'est une affaire de famille puisque Jacky, le fils, a ouvert, à quelques pas de l'église, sur le quai, un restaurant-crêperie dans lequel il met en musique les valeurs que son père lui a inculquées. L'une des spécialités de « la Cassonade », c'est la patate au four, servie avec une salade, de l'andouille de Guéméné, du boudin ou du lard fumé. De septembre à avril, les poireaux, choux et carottes biologiques parfument aussi le kig-ar-farz, plat traditionnel du Léon, accompagné d'une bonne bolée de cidre.

Avec son épouse et ses deux jumelles de 5 ans et demi, le cuisinier passe beaucoup de temps dans ses champs, quelques ares de terre pour l'approvisionnement du restaurant et la consommation personnelle, et dans lesquels le goémon et le lisier biologique sont les seuls engrais autorisés.

« Le bio, c'est un savoir-vivre, j'ai été élevé selon ce concept, et je pense être toujours sur la bonne voie, lance Jacky Prigent. Le soucis constant, c'est la recherche de la qualité, même si le rendement est moindre qu'en agriculture conventionnelle, et puis il y a le goût : par exemple, les pommes de terres sont plus salées, elles ont plus de tonicité, et une petite amertume si caractéristique. De l'Ostara, de la Justine ou de la Samba en frites, c'est le bonheur (avec les moules) ! ». Les consommateurs ne se sont pas trompés car la pomme de terre biologique de l'Ile de Batz dégage une image forte sur le continent, même si tous ne sont pas près à mettre la main au porte-monnaie pour de simples légumes.


Au Jardin Delaselle, le micro-climat fait pousser palmiers et cactus.

Le sol et la météorologie favorables (très peu de gel en hiver) ont donné naissance à un jardin extraordinaire, à l'extrême-est de l'île. Créé en 1897 par l'assureur parisien Georges Delaselle, il est devenu propriété du Conservatoire du Littoral cent ans plus tard. La collection compte plus de 1 700 espèces principalement originaires de l'hémisphère-sud. Les palmiers et cactus, dont certaines variétés sont protégées par la Convention de Washington, y trouvent des conditions irremplaçables pour se développer. « Le jardin nécessite autant de soin qu'un nouveau-né » aime-à-dire Olivier Maillet, son directeur qui vit sur l'île toute l'année.


Le centre de vacances, le phare...

Le Jardin Delaselle est en réalité l'ancien Jardin Colonial dont la partie nord est aujourd'hui occupée par un Village Vacances, géré par l'Alpremab (Association des Loisirs Populaires des Rives de l'Elorn, des Monts d'Arrée et de l'Ile de Batz). Pendant l'été, 420 personnes s'entraînent à diverses pratiques nautiques, kajak, optimiste, catamaran, mais pas de planche à voile à cause de la géographie du plan d'eau. « Trop de courant, trop de cailloux » explique Pascal Bénard, directeur du centre. Les stagiaires ont aussi la possibilité de taquiner le poisson lors de séances de pêche en mer, une façon d'approcher le métier de la quinzaine de professionnels encore en activité sur l'île. « Ils partent le plus souvent pour de la pêche côtière, dit Pascal Bénard : lotte, Saint-Pierre, pétoncle, crabe et parfois homard, voilà ce que les pêcheurs ramènent de leur journée ».

Notre escapade sur l'Ile de Batz ne peut pas s'achever sans un détour au phare, côté ouest. Bâti en granite, en 1836, il est entièrement automatisé. Du haut de ses 198 marches et de ses 44 mètres, il domine toute la baie, et bien sûr se visite.


«L'insularité, c'est une contrainte, mais on le prend pour un plaisir »

Même à un quart d'heure du continent, après le dernier bateau, il est légitime de sentir isolé. « Les animations manquent, sauf peut-être en saison », regrette Jean Prigent. La fermeture du cinéma de Jacqueline et Jean Moncus a précipité les choses voici plusieurs années, même si une association souhaite aujourd'hui en relancer l'activité. Bien sûr, la population vieillissante de l'île dispose d'un médecin, de deux infirmiers, d'une pharmacie et de plusieurs commerces de proximité (supérette, boulangerie..), mais elle peut avoir besoin de rejoindre le continent, pour les achats de vêtements, les visites aux malades (même si tout, ou presque, peut-être commandé sur Internet et livré avec la barge). Et, de l'avis de Pascal Bénard, le fait que tout le monde se connaisse, c'est parfois pesant « car on ne sait pas ce qu'est l'anonymat ». Mais pour qui cherche la tranquillité...

Votre avenir, vous le voyez comment ? « La commune a préempté des terrains pour les vendre à prix raisonnables à des jeunes désireux de travailler sur l'île » se félicite Olivier Maillet. Nul doute que le futur de Batz passera, comme aujourd'hui, par le tourisme, l'agriculture et la pêche.

 

« Toute notre vie, on a pu travailler comme on l'entendait » : le couple Moncus a inventé le service sur l’Ile de Batz.

 

A 75 et 77 ans, Jean et Jacqueline Moncus font partie de la mémoire de l’île. Pour accéder à leur coquette maison, située à deux pas de l’église, il faut passer un large portail, puis longer quelques parterres de roses et de dahlias. Ensuite, nous découvrons l'extraordinaire joie de vivre d'un couple qui a fait presque tous les métiers.

 
« Vous pouvez entrer, la radio -France Inter- est déjà venue nous voir l'autre jour ». Le très accueillant Jean Moncus fait référence à l'émission « Village People », diffusée le 10 juillet dernier, durant une heure. Les époux ne sont pas des stars. Pourtant, leur parcours ne peut qu'interpeller les journalistes qui cherchent à s'imprégner de l'identité de Batz. Alors, sans s'être concertés avec nos collègues parisiens, nous avons pénétré l'intimité de Jean et Jacqueline.

« Quand on s'est mariés, en 52, on n'était pas riches. On a fait le goémon avec une petite barque retapée, puis les frites à la sortie du bal, le taxi avec une ancienne camionnette de la Redoute, la location de vélos, et construit des maisons... » La femme évoque aussi ce qui a sans doute constitué le plus gros investissement du couple : l'acquisition d'une salle de cinéma, sur l'île. « Au Crédit Agricole, on m'a dit : vous êtes courageuse, madame Moncus, achetez-le ! ». Et au moment de sa fermeture, en 1990, jusqu'à 600 spectateurs s'y pressaient encore. « On aime l'ambiance, voir le monde » s'exclame Jean, extrêmement fier de croiser le regard des gens venus visiter leur havre de paix. « L'été, j'adore faire les courses tôt, et mon mari reste souvent accoudé à sa barrière » sourit Jacqueline, même si elle se dit parfois déçue par le comportement irrespectueux des plus jeunes, et par le manque d'animations sur l'île au fil des années.

Aujourd'hui, Jean Moncus souffre de la maladie de Parkinson, et ses reins l'obligent à limiter ses déplacements. Or, en 1993, cet infatigable marcheur parcourt 4 003 kilomètres, le long des côtes de « la France », c'est le nom qu'il donne au continent. Le jeune retraité use ainsi cinq paires de chaussures en une demie année. Et s'il est allé à la découverte des autres, les gens de ce monde ont aussi frappé à sa porte : Yves Mourousi, par exemple, fut un ami intime du couple. « On sentait un homme qui n'avait pas eu d'affection maternelle, se souvient Jacqueline Moncus, il me considérait presque comme sa mère ». Et Jean de rajouter dans un grand éclat de rire : « Et Véronique, son épouse, me prenait pour son mari ! »

« Les jeunes ne peuvent plus acheter sur l'île, c'est devenu trop cher » regrette Jacqueline Moncus. Alors, comment les faire venir ? Aucun de leurs enfants n'est resté vivre à Batz. « Le fils n'a pas voulu reprendre la maçonnerie » déplore Jean. Il exerce dans l'informatique. L'une des filles travaille pour une agence de casting à Paris, et la plus âgée est clerc de notaire.

L'éternelle fraîcheur, la gentillesse de ce couple méritant justifie pourtant que l'on s'arrête sur son bout de terre, rien qu'une minute, pour lui demander : « comment ça va aujourd'hui ? »


Christophe Pluchon


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commentaires

Bretagne buissonnière 04/03/2010 12:07


Les info qui me manquaient les voilà. J'aime beaucoup l'île de Batz et cette rencontre avec les locaux m'en donnent une image plus réelle... la mienne est beaucoup plus touristique.


boucher 29/11/2009 22:00


bonjour a la famille moncus, j'habite a côté du havre mais je suis né au havre et ma grand-mère maternele avait épousé un monsieur monsieur francis moncus de l'ile de batz vous êtes surement je
pense de la même famille

a vous lire