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25 janvier 2007 4 25 /01 /janvier /2007 20:58

 

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :



« En tu all », le premier album de la chanteuse Gwennyn, est dans les bacs depuis l'automne. La jeune femme originaire d'Argol chante dans la langue de ses émotions le quotidien des gens, loin de tout militantisme breton. Elle se produit vendredi 9 février au Festival Talents en Scène à Quimper, et jouera le 18 juillet au Festival de Cornouaille.


« Mon prénom, c'est mon nom d'artiste. J'ai beaucoup de chance car il est très poétique ». Pour la jeune femme de 32 ans, fille du dessinateur
de bande dessinée Malo Louarn, on ne peut pas dire que le destin ait mal fait les choses. Elle est d'abord remarquée en 2000 par Alan Stivell, qu'elle accompagne sur l'album « Back to Breizh ». Deux ans plus tard, elle remporte un Prix Création du Kan Ar Bobl, le célèbre concours de chant breton, avec une première composition originale : « Marv an evned ». Les rencontres et l'expérience de la scène (elle assure les premières parties des concerts de Gilles Servat et de Carlos Nuñez) la confortent peu à peu dans son désir de vivre de la chanson. « Mes parents m'ont parlé breton à la naissance, confie Gwennyn. Dans les années 70, c'était une démarche intellectuelle à contre-courant. J'en récolte les fruits aujourd'hui ». L'artiste avoue avoir puisé énormément de force et d'équilibre dans le quotidien de la ferme familiale, entourée de ses deux soeurs et de son frère. « La vie était très gaie, même si les adolescents de mon âge avaient les derniers trucs à la mode. Moi, j'ai eu un cheval à quinze ans. Si j'avais l'impression d'être en dehors du monde qui tournait, ce fut néanmoins une excellente façon de commencer dans la vie ».

Bilingue dès l'âge de quatre ans, Gwennyn suit la majeure partie de sa scolarité dans le réseau classique. A regret, elle ne fait qu'un passage éclair chez Diwan, car à l'époque, on ne trouve pas d'école en langue bretonne partout. « J'aime bien dire que je suis une enfant Diwan, même si ça reste symbolique » lâche la jeune femme. Revancharde, le bac en poche, elle s'inscrit en faculté d'histoire puis de breton et celtique à Rennes pour en savoir plus sur ses racines. « En quelques années, j'ai eu l'impression de rattraper le retard. C'est un élan extraordinaire vers l'avenir car on règle les problèmes avec le passé. C'est plus facile pour construire quelque chose par la suite ».

Nolwenn Korbell, Dom Duff et Gwennyn appartiennent à cette génération d'artistes qui s'exprime dans sa langue maternelle sur un tas de sujets qui intéresse la planète entière. On est bien loin du cliché sur la défense de la culture bretonne. « On ne se demande pas pourquoi Rokia Traoré chante en bamanan, interroge Gwennyn. Qui connaît le contenu de ses textes ? Pour le breton, c'est pareil. C'est la langue de mes émotions. Avec elle, tout devient plus facile. Chanter en breton, par passion ou par nature, c'est devenu une évidence. Ma revendication, je ne la porte pas sur une banderole, je la vis à travers la musique. Je dois beaucoup aux générations précédentes qui ont milité pour sa reconquête car ce n'est plus une langue méprisée. Dan Ar Braz avec l'Héritage des Celtes, Stivell ou Ar re Yaouank ont provoqué une émulation sans précédent. Je suis heureuse d'avoir vécu ces années-là ». Ainsi, « En tu all » dénonce le drame humain des Marocains et des Sénégalais qui vont tenter leur chance en Europe, poussés par la misère dans leur pays, et avec « Bosko hag Admira », la chanteuse raconte l'idylle malheureuse d'un couple serbo-croate vaincu par l'absurdité de la guerre.

Compositeur et interprète, Gwennyn n'a pas écrit toutes les chansons de son disque. Elle a adapté deux textes des poètes Maodez Glanndour et Angela Duval, et trois d'un autre auteur breton, Youenn Gervalan. L'arrangeur et bassiste Yann Honoré (fondateur du groupe Glaz), lui a apporté son concours pour accorder au mieux les paroles et les musiques en vue d'enregistrer un premier CD de quatre titres. Dans la foulée, il a composé la musique d'une demi-douzaine de morceaux pour ce premier album. Le batteur Patrick Boileau et le pianiste Philippe Turbin (qui jouent aussi avec Servat) et le guitariste Erwan Volant se sont ensuite joints à la formation. D'autres musiciens comme la harpiste Claire O'Donnell et la violoniste Kate Dunne apportent également leur petite touche, histoire de donner une couleur un peu plus celtique à certains morceaux. L'ensemble donne un album plutôt rock, mêlant balades et chansons plus entraînantes, même si Gwennyn préfère parler de « musique du monde » pour définir ce qu'elle fait. Sa voix, cristalline pour certains, feutrée pour d'autres, n'a aucune difficulté à fondre sur les notes et à mettre en valeur la beauté des intonations de la langue bretonne. Sous le charme, Yann Honoré ne peut qu'approuver : « Elle a une voix très pure, très juste, plus faite pour la douceur que pour le cri, ce qui ne l'empêche pas de porter des émotions fortes avec énergie, et d'évoquer parfois des sujets douloureux, à la façon des chanteuses folk irlandaises ou américaines. Le breton est sa langue maternelle. Cela lui donne une grande richesse au niveau des images, et beaucoup de fluidité dans l'écriture. Le chant, l'imaginaire et l'écriture de Gwennyn vont au-delà de la sphère bretonne ».

Tracy Chapman, Karen Matheson et Noa font partie de ces chanteuses qui ont beaucoup inspiré la jeune femme. « En écoutant ces voix qui viennent du fond de l'âme et du fond d'un peuple, j'ai compris que j'avais des choses à dire dans ce registre-là » raconte Gwennyn. Et Dieu sait que pour elle, les femmes peuvent apporter énormément à la société, comme leur diplomatie et une organisation plus collégiale de la vie de la cité, des qualités à considérer comme une complémentarité à l'esprit masculin. L'un des titres de l'album, « Tan ar vuhez », pose la question de la violence conjugale. « Dans cette chanson, dit Gwennyn, j'explique à l'homme que si la violence est en lui, c'est peut-être parce qu'il refuse de comprendre cette femme qui essaie de lui dire quelque chose. La violence conjugale est un problème de non-dialogue dans un couple. L'homme doit écouter sa part féminine. Tant qu'on battra les femmes, tout ira mal dans le monde ».

Les critiques, que ce soit la presse ou le milieu artistique l'affirment : le naturel et la spontanéité de cette « bosseuse souriante » (pour reprendre les termes de Yann Honoré), ne peuvent que servir la cause d'une Bretagne moderne, ouverte sur le monde. Et ce n'est certainement pas un hasard si l'album a pour titre « En tu all » (« de l'autre côté »). « Quand on a passé ses propres barrières, explique Gwennyn, alors on s'intéresse aux gens et on les comprend mieux. Mes chansons sont un hymne à la vie. Chanter, c'est une forme de partage, un don de soi ».


L'album « En tu all » de Gwennyn est édité chez Coop Breizh.

Site internet : www.gwennyn.com

Vendredi 9 février 2007, l'artiste se produit au festival Talents en Scène, au pavillon de Penvillers à Quimper, aux côtés de Cécile Corbel, Ozan Trio et Valsano.


Christophe Pluchon

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :



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