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  • : Christophe Pluchon. Journaliste et photographe dans le Finistère, je parcours le département à la recherche des plus beaux paysages, naturels et patrimoniaux (tirages disponibles à la vente). Je vous propose aussi sur ce site, la lecture de quelques-uns de mes articles, parus dans l'hebdomadaire Courrier du Léon-Progrès de Cornouaille et diffusés sur la radio RCF Rivages.
  • : 28/08/2006
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Jusqu'au 12 décembre 2006, le Théâtre des Chimères de Biarritz joue « Mamie Mémoire », adapté du roman d'Hervé Jaouen. Donnée à Brest et Pont-l'Abbé, cette pièce sur la maladie d'Alzheimer témoigne de l'intérêt de l'écrivain quimpérois pour le thème de l'intergénération.

Une heure de face-à-face avec Hervé Jaouen aura été nécessaire pour jeter les bases de ce portrait. Soixante minutes, c'est pourtant bien court pour balayer en quelques paragraphes, la riche carrière de celui qui fut considéré à la fin des années 70, comme l'un des maîtres français du roman noir. Par trois fois, tel une perche tendue vers nous, l'auteur de « La mariée rouge » aura prononcé le mot « chance », comme pour justifier de manière implicite que son itinéraire d'écrivain amoureux de l'Irlande avait été tracé à sa naissance, avec la bénédiction des dieux...

Né en 1946 de père cheminot et de mère journalière agricole, Hervé Jaouen se passionne très tôt pour la littérature. « Dès le collège, confie-t-il, je voulais être professeur de lettres ». Pendant la deuxième partie de sa scolarité, qu'il suit au lycée de la Tour d'Auvergne à Quimper, il en vient à coucher sur le papier ses propres histoires. Son premier roman est refusé par les grands éditeurs de l'époque, mais cela n'entame pas sa détermination. Le jeune Hervé leur fait parvenir un deuxième manuscrit « mieux fichu que le premier ». « Une dame des éditions Julliard m'a répondu, poursuit-il. Elle critiquait mon texte dans une lettre de trois pages, écrite à la main. Cela m'a donné des ailes. J'ai arrêté de travailler les cours de sciences et de mathématiques en me disant que j'aurai mon bac de toute façon. Mais j'ai été collé à l'examen, et mes parents n'ont pas apprécié. Ils m'ont placé au Comptoir National d'Escompte de Paris, qui deviendra la BNP ».

Dans les années 60, les banques ont toutes les peines du monde à garder leur personnel en raison du travail jugé répétitif et poussiéreux. « C'était le goulag, scande Hervé Jaouen. Un jour, peut-être que j'écrirais une étude sociologique sur le monde de la banque en 1966 ! » Au début, l'esprit libertaire du jeune homme ne plaît pas aux responsables cravatés de l'agence qui, au bout de huit jours, menacent de le licencier. Tout s'arrange finalement puisqu'après trois mois, il est affecté au guichet, puis remplace les démarcheurs qui vont dans les campagnes autour de Quimper avec leur voiture de fonction. « Là, au contraire, c'était la belle vie. Les vieux démarcheurs disaient de ne pas aller trop vite. Parfois, je finissais avant midi et je faisais semblant de rentrer essoufflé, à 18 heures ! »

En parallèle, « vexé d'avoir raté le bac et par esprit de revanche », Hervé Jaouen s'inscrit à la faculté de Rennes pour passer la capacité en droit. Les diplômes s'enchaînent alors : il décroche le brevet professionnel d'employé de banque puis, reçu major de l'ouest, il suit des études d'économie et de banque au Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris. « A 24 ans, lâche-t-il fièrement, j'avais l'équivalent d'un bac +5 ! ». Pas mal pour cet « écrivain égaré dans la banque » (à moins que ce ne soit ce banquier égaré dans l'écriture...) qui se voit alors directement offrir le poste de directeur de l'agence BNP de Pont-l'Abbé...

« En mai 68, continue le romancier, j'ai voulu mettre le feu à la banque, façon de parler bien sûr. On m'appelait Jaouen-Bendit ! Finir à 50 ans à la direction générale de la société ne m'intéressait pas. Il fallait que je vive de ma plume, parce que j'avais des choses à dire. J'avais lu des dizaines de polars, et le roman noir m'avait envoûté par sa liberté de ton, d'analyse de la société. Au fond de moi, je pensais être capable d'écrire ».

Le destin fait alors bien les choses. En 1979, « La mariée rouge » donne à Hervé Jaouen ses lettres de noblesse. La télévision achète les droits, et son quatrième livre, « Quai de la fosse », reçoit le Prix du Suspense trois ans plus tard. Il s'en écoule 38 000 exemplaires en quatre mois et son auteur a même les faveurs du journal télévisé d'Yves Mourousi. Mais c'est aussi l'heure des choix pour le militant socialiste, adhérent à la CFDT. « En 1981, François Mitterand a eu la bonne idée d'être élu président, dit-il. Des lois sur le travail à temps partiel ont été votées. J'ai obtenu de pouvoir travailler à mi-temps à la banque. Je me suis occupé des professions libérales ».

Hervé Jaouen veut en finir avec l'image d'auteur de polar qui lui colle à la peau. Persuadé que la littérature attend autre chose de lui, il se lance dans la rédaction de ses notes de voyages en Irlande, pays découvert « par hasard » en 1976 et où, depuis, il passe plusieurs semaines par an. Les succès s'enchaînent là encore pour l'écrivain. « Qu'un type venant du roman noir se mettre à écrire quelque chose de si paisible a créé une énorme surprise » raconte-t-il. « Journal d'Irlande » connaîtra deux suites : « Chroniques irlandaises » et « La cocaïne des tourbières ». Pour écrire « L'Adieu aux îles », paru en 1986, l'éditeur concède même à Hervé Jaouen une avance financière.

Vingt ans après, et une trentaine de romans, de livres pour la jeunesse et de traductions d'auteurs irlandais publiée, l'ancien banquier mélange toujours les styles. En 1999 sort « Mamie Mémoire », le récit, à la première personne, d'une petite fille de 13 ans qui, un jour, voit débarquer chez elle sa grand-mère atteinte de la maladie d'Alzheimer. Le livre, basé sur une histoire vraie, a été adapté par le Théâtre des Chimères. Jean-Marie Broucaret, metteur en scène de la compagnie, a souhaité travailler sur le fonctionnement du cerveau humain et sur l'entourage de la maladie. « Les proches ont un rôle très important à jouer pour faire travailler le mécanisme de la mémoire » explique-t-il. Hervé Jaouen y voit aussi dans ce livre « l'histoire de la transmission de la mémoire entre trois générations. A la fin, raconte-t-il, la jeune Véronique apprend par coeur des lettres que sa mamie recevait de son amoureux pendant la dernière guerre ».

Pour stimuler son esprit, à l'approche d'une journée de travail, l'écrivain quimpérois a une botte secrète : un bon petit déjeuner, copieux, avec des fruits secs, parfois un oeuf sur le plat et du jambon, sans oublier le thé ! « Un véritable breakfast ! Le pain et le café le matin, c'est l'horreur, tous les nutritionnistes vous le diront » fait remarquer Hervé Jaouen. Jusqu'à 13 heures, après une lecture assidue du Monde, il s'enferme dans son bureau et là, point besoin pour lui de regarder le plafond pour trouver l'inspiration. « Mon problème n'est pas l'angoisse de la page blanche, mais de choisir le livre que je vais écrire après en avoir terminé un autre ». Qui sait, les populations décimées par le sida ou l'éternel débat gauche-droite en politique trouveront un jour grâce à ses yeux ? Pour la présidentielle, Hervé Jaouen compte bien soutenir la candidate du Parti Socialiste. « Ségolène est jolie comme un coeur. Les femmes ont cette sagesse qui fait qu'avec elles, le monde va tout de suite mieux ».

Justice, honnêteté, authenticité, franchise, respect de la nature sont quelques-unes des valeurs que défend l'écrivain. Désireux de retrouver ses racines, Hervé Jaouen se familiarise depuis trois ans la langue bretonne, et travaille sur un roman qui racontera la vie d'une famille rurale sur plusieurs générations.

 

La pièce « Mamie Mémoire » est jouée ce samedi 9 décembre 2006 à 17h au Stella à Brest et mardi 12 à 20h30 au Triskell à Pont-l'Abbé.

Le dernier roman d'Hervé Jaouen, « Le testament des Mc Govern » est paru aux Presses de la Cité.


Christophe Pluchon


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Samedi 2 décembre 2006 6 02 12 2006 16:52
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