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4 novembre 2006 6 04 /11 /novembre /2006 14:01

 


Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :



Pour cause de travaux aux anciennes halles de Guerlesquin, petits et grands ne pourront pas s'émerveiller cet hiver devant les crèches et santons du monde entier mis en valeur depuis des années par Gilbert Jullien. L'artiste-peintre présente en revanche ce samedi 11 et ce dimanche 12 novembre 2006 à Botsorhel, une exposition de silhouettes et de portraits de femmes.

« Gilbert est un artiste au sens large, très imaginatif, honnête avec son art. Il est aussi un formidable découvreur de talents ». Voilà comment Yvon Le Bihan, responsable de l'espace d'exposition Au Fil de l'Art à Pont-Aven et l'un des concepteurs des Noëls du Monde de Trévarez, définit ce grand bonhomme aux larges moustaches. Décorateur, musicien et un peu poète, Gilbert Jullien voit le jour en 1944. Ami de Pagnol (tous deux sont nés sous le soleil d'Aubagne près de Marseille), il quitte l'école à quatorze ans, avec la ferme intention de se consacrer à la peinture. « Mon certificat d'études en poche, raconte l'artiste, j'avais un métier, j'étais monteur-électricien. Je ne sais pas comment j'ai attrapé le virus. En tous cas, je peignais souvent la nuit, comme un fou. C'était maladif ».

Pour se faire la main, Gilbert Jullien l'autodidacte copie les collines de Provence et le port de la Ciotat, puis en 1976, il monte en Bretagne, attiré par les ciels changeants mais pas seulement. « Mon épouse est de Lanmeur, poursuit l'artiste avec ce léger accent qui ne parvient pas à dissimuler ses origines. A Botsorhel, nous avons acheté et retapé une vieille maison en ruine dans laquelle je vis et je travaille toujours aujourd'hui. On est à flanc de colline, certains diraient à flanc de coteau. C'est un paradis entre deux villages ! »

Dans l'atelier de Gilbert Jullien, quelques photographies et affiches trahissent son passé de musicien, une « carrière » qu'il embrasse en parallèle de celle d'artiste-peintre, à peine sorti de l'adolescence. Pendant dix ans à Brest, il est le contrebassiste du quartet de swing Caravan, puis rejoint de temps en temps la formation de musique traditionnelle Elian Paddy. Mais bien plus tôt (avant de s'installer sur le sol breton), il rallie régulièrement la capitale pour se produire avec les Haricots Rouges. Gilbert Jullien tient même l'auberge de Montfaucon à Attiches dans le Nord, réputée pour ses concerts de musique sud-américaine et où Georges Brassens a ses entrées. « Nous avons sympathisé avec cet être rare, se souvient le décorateur. Il nous a souvent invité à sa table, dans la région parisienne ». La musique est d'ailleurs une affaire de famille puisque Gilbert Jullien est l'un des beaux-frères du joueur de saxophone et de bombarde Jean-Louis Le Vallégant.

Pour préparer l'exposition organisée ce samedi et ce dimanche à la salle polyvalente de Botsorhel, Gilbert Jullien s'est mis dans la peau d'un couturier. L'artiste sera aux bras de grandes silhouettes de femmes peintes sur du contre-plaqué. « Un jour, explique-t-il, un ami peintre, Alain Gicquel, a emmené des silhouettes mal dégrossies, en nous demandant de peindre des femmes dessus. L'idée est partie de là. Je trouve que le bois peint est très décoratif dans un salon ». Gilbert Jullien montrera aussi une dizaine de portraits et vingt-cinq paysages de mer et d'intérieur, immensément colorés, mais relevant plus du mouvement impressionniste. Ce mélange des genres se veut être le reflet de sa pensée artistique : le créateur se revendique en effet du groupe COBRA, né à la fin des années 40. Les visages de femmes au graphisme très déformé en témoignent. Dans un livret édité il y a deux ans à l'occasion de l'une de ses expositions à la galerie Reg-Arts de St Pol de Léon, il se justifiait : « jusqu'en 1985, je reste dans la ligne de cette peinture expressionniste et encore aujourd'hui, plusieurs séries de toiles confirment la continuité de cet engagement ».

Régulièrement sollicité pour intégrer des jurys (comme en ce début de mois pour l'exposition Tonnerre de Brest), Gilbert Jullien multiplie les interventions dans les écoles tout au long de l'année. « Je pars avec quelques tableaux et nous dialoguons autour de la peinture, dit-il. Je me mets à la portée des gens. Souvent les artistes créent un mythe autour d'eux. Pourtant nous sommes comme tout le monde, nous mangeons trois fois par jour, ce n'est pas forcément la vie de bohème ! » Gilbert Jullien donne aussi des cours deux après-midi par semaine à Argol et à Brest. Il ne se présente pas pour autant comme un professeur d'arts plastiques, bien au contraire. « J'enseigne comme un artiste, je prête mon expérience. Souvent les enseignants apprennent d'abord à leurs élèves à dessiner. Cela les embête, ils ont l'impression de retourner à l'école. A mon avis, le dessin peut devenir secondaire et plus tard, reprendre le dessus sans que ce soit une corvée ». Gilbert Jullien s'est formé tout seul, même si ses parents avaient, un temps, songé à l'inscrire aux Beaux-Arts. Il poursuit : « Brassens disait que le don, c'est une sale manie. Je crois plutôt au travail. Beaucoup de gens sont artistes sans le savoir, dès qu'ils créent quelque chose chez eux ».

Pour confectionner des décors, il n'y a pas non plus d'école, estime Guilbert Jullien. Ce qui l'occupe actuellement, ce sont deux sujets en plâtre provenant de la crèche de Botsorhel, dont les mains ont été brisées, et une chapelle de Provence. « Pour fabriquer les maisons, explique-t-il, je découpe à la tronçonneuse un bloc de polystyrène très dense. Il faut ensuite poncer et bien s'assurer de la compatibilité avec les enduits. La connaissance des matériaux est essentielle ».

Il y a un an, le décorateur avait montré à Guerlesquin, une grande crèche d'Inde victime des inondations à Arles en décembre 2003. Pendant un mois, dans son atelier, il n'avait pas ménagé sa peine pour refaire les frises, les faux-marbres, à la demande du salon international des santonniers d'Arles. L'exposition de crèches, que le public n'aura pas la chance de voir cette année aux anciennes halles, manquera à coup sûr. « La passion des crèches s'est un peu perdue, constate Gilbert Jullien. Dommage, car elles nous ramènent des années en arrière, et permettent aux visiteurs d'oublier leurs soucis pendant quelques minutes ».

Voilà qui fait aussi dire à l'artiste que les élus en charge de l'animation du domaine de Trévarez à Saint-Goazec ont eu tort de supprimer les Noëls du Monde, en 2002. Cette exposition de crèches du monde entier, organisée pendant une quinzaine d'années, a fait les beaux jours du site, selon lui, avec 35 000 visiteurs de moyenne sur deux mois. « Depuis, déplore Gilbert Jullien, la fréquentation a baissé. Or, Trévarez est un outil de travail extraordinaire. Je ne tire pas la couverture à moi, j'ai fait mes preuves et à mon âge je peux arrêter les décors. Mais ce serait bien que les expositions de crèches y soient à nouveau organisées car les visiteurs venaient de la Bretagne toute entière ». Son ami Yvon Le Bihan garde d'ailleurs de bons souvenirs de sa collaboration avec lui, au temps des Noëls du Monde. « A chaque fois qu'il y avait une création à faire, confie-t-il, Gilbert trouvait toujours la manière de présenter les choses, même dans les cas difficiles. Il est toujours en mouvement, on le voit dans son visage, dans sa gestuelle ».

L'exposition de Gilbert Jullien se tient à la salle polyvalente de Botsorhel, ce samedi 11 novembre 2006 à partir de 14 h (vernissage à 18 h), et dimanche 12 de 10h à 12h et de 14h à 19h.

Christophe Pluchon

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :



 

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