Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 octobre 2006 4 12 /10 /octobre /2006 20:20

Sans la détermination de Reun An Ostis il y a trente ans, nul ne sait si le réseau Diwan auraient pu voir le jour. Encouragé par le succès des écoles en langue bretonne, l'ancien parent d'élève veut aujourd'hui relever un autre défi. Il projette d'ouvrir en Tunisie des écoles maternelles en langue berbère, sur le concept de Diwan.


« Esprit d'entreprise, volonté obsessionnelle d'aller jusqu'au bout, mais aussi refus du conformisme et de la lâcheté ». Ainsi se définit, dans les grandes lignes, René L'Hostis, 63 ans. Passionné par tout ce qui touche à la Bretagne et aux peuples du monde en général, cet ancien cadre de la réparation navale brestoise se distingue tout au long de sa carrière par son militantisme syndical et culturel. Pourtant, Reun An Ostis n'attend pas l'âge adulte pour dénoncer ce qui, à ses yeux, constitue des injustices. L'interdiction de parler breton à l'école Saint-Joseph de Ploudalmézeau où il est scolarisé lui met très rapidement la puce à l'oreille. « A cinq ans, j'étais déjà un rebelle ! confie-t-il. J'ai vite commencé à m'intéresser à la langue bretonne. Ca aurait été du malgache, ça aurait été pareil. Je ne comprenais pas qu'on puisse parler français dans le bourg de Ploudalmézeau, et breton avec les copains et les parents. Mais le contenu à l'époque ne m'apparaissait pas clairement ».

Il faut attendre la classe de 6è qu'il intègre en 1955 (au lycée de Brest, dans les baraques de l'Harteloire) pour que Reun An Ostis prenne un peu plus conscience de cette nécessité de défendre la langue et l'identité bretonnes. Deux hommes lui ouvrent les yeux : Ronan Huon, professeur d'anglais qui dispense des heures de breton en dehors de ses cours, et le surveillant général Bolloré, également fondateur du bagad du lycée de Brest. « Je leur dois un respect extraordinaire » confesse Reun An Ostis.

Après le temps des études vient celui du travail. A Paris, « passage obligé pour les bretons qui ne veulent pas devenir paysan ou ouvrier agricole », le militant carté à la CGT rêve aux grandes idées de Sartre, chez Photosia S.A. (ex Rank Xerox) qui l'emploie. En mai 68, il assume un combat sans relâche contre l'étouffement que fait subir, selon lui, l'Etat français. « C'était l'époque des Trente Glorieuses, se rappelle Reun An Ostis. Le développement économique était important, mais les bénéfices étaient mal distribués ».

Ces différentes expériences font naître chez lui « le besoin viscéral de se regrouper avec d'autres bretons immigrés pour parler de la Bretagne et du peuple breton ». Il adhère à l'Union Démocratique Bretonne, puis intègre le bagad des Lilas et le bagad Bleimor. Dans ce dernier ensemble, il joue d'ailleurs de la cornemuse aux côtés d'Alan Stivell. En 1969, lassé de Paris, Reun An Ostis plie bagage. Il regagne sa Bretagne natale et se fait embaucher aux Ateliers Français de l'Ouest, au port de Brest.

Le projet de créer Diwan vient de fil en aiguille. « Les Basques et les Gallois étaient parvenus à fonder des écoles autonomes, lance Reun An Ostis, alors pourquoi pas nous ? J'ai réussi à convaincre une dizaine de familles, le conseil municipal de Lampaul-Ploudalmézeau et le sénateur Alphonse Arzel d'ouvrir une école maternelle tout en breton ». En décembre 1976, la commune accepte de louer les locaux publics d'une ancienne école, fermée depuis cinq ans, à condition de les transformer en un centre breton de la petite enfance. « C'était une reconnaissance implicite de la création d'une première école » souligne celui qui restera président de Diwan jusqu'en 1986. « Beaucoup de gens connaissent le breton, ajoute-t-il. Mais combien ont honte de le dire ? C'est tellement refoulé au plus profond d'eux-mêmes... » Le pari est réussi puisque trois mille élèves suivent aujourd'hui leur scolarité dans le réseau d'écoles en langue bretonne.

Trente ans après, Reun An Ostis est bien décidé à repartir au front, mais de l'autre côté de la Méditerranée cette fois, sur l'île de Djerba au sud-est de la Tunisie, pays pour lequel il a eu le coup de foudre. L'ancien parent d'élève (qui a scolarisé ses quatre garçons à Diwan) veut convaincre les familles et les autorités tunisiennes de créer une ou plusieurs écoles, maternelles où serait enseigné le berbère, et primaires où les enfants apprendraient ensuite l'arabe et le français.

Déjà à l'aise avec l'anglais, l'allemand et l'espagnol (en plus du français et du breton !), Reun An Ostis se familiarise depuis quelques semaines avec l'arabe, la langue nationale qui, espère-t-il, lui ouvrira des portes. Très lucide par rapport aux difficultés qu'il rencontrera, il doit s'entretenir dans les prochaines semaines avec chacune des parties, pour leur faire part de son projet. Plusieurs personnes de l'Alliance Française seraient déjà intéressées par ces écoles, ainsi que les employés du secteur du tourisme et de la pétrochimie. « En me promenant loin des circuits privilégiés par les agences de voyage, explique le retraité de la Navale, je fus étonné de voir qu'il n'y avait pas d'écoles maternelles, et que la population était très attachée à la langue berbère ».

Des intellectuels tunisiens mettent actuellement en forme des manuels en tenant compte des différents dialectes, exactement comme en Bretagne, lorsqu'il fallut « rapprocher » le Vannetais, le Léonard et le Cornouaillais. Pour Reun An Ostis, les similitudes sont évidentes entre la Tunisie et la France en matière de (non-)reconnaissance des langues minoritaires, une position à laquelle adhère Fatiha Folgalvez, professeur d'arabe au lycée Diwan de Carhaix. D'origine algérienne, berbérophone de naissance, elle n'admet pas qu'on puisse construire un pays en méprisant ses habitants et sa réalité linguistique. « Une langue, une culture, dit-elle, c'est le patrimoine du peuple, de l'humanité. C'est la richesse des hommes à pouvoir communiquer. Nul n'a le droit, même au nom de la plus noble des causes, de l'interdire ou de l'irradier. Si une république (ou un royaume) est solide, elle n'a rien à craindre d'une simple langue, moyen de communication et de confiance en soi. Il n'y a pas une langue meilleure qu'une autre, il s'agit tout simplement de savoir d'où l'on vient, où l'on est, et par conséquent, où l'on va. A mon avis, la plus grande erreur des pays maghrébins, une fois indépendants, a été d'imposer l'arabe comme langue officielle qui, finalement, est complètement étrangère aux peuples ».

Reun An Ostis projette d'ouvrir une première école dès la rentrée prochaine. Le militant a la bénédiction de Jean-Paul Hellequin, président de l'association Mor Glaz*, à laquelle il adhère depuis sa création en 2000.  « Reun a toujours de bonnes idées, se félicite son ami. Il est honnête et il fait ce qu'il dit. C'est de plus en plus rare. Il est défenseur des bonnes causes et nous sommes en parfaite osmose sur bon nombre de dossiers. Pour toutes ces raisons, je suis persuadé que son projet aboutira ».

De l'avis du fondateur des écoles Diwan, on peut très bien soutenir les pays du Sud sans forcément leur apporter d'argent, simplement en les aidant à monter des projets. Cela peut aussi permettre d'améliorer les relations entre les mondes dits musulman et occidental. « J'y vais avec ma caisse à outils, conclut Reun An Ostis. Je suis aussi déterminé qu'un Léonard ! »

Pour en savoir plus sur le projet, vous pouvez contacter Reun An Ostis via sa messagerie électronique : reun.an.ostis@wanadoo.fr


* Association de défense du monde maritime basée à Brest.

Christophe Pluchon

Partager cet article

Repost 0

commentaires

folgalvez 26/10/2006 17:00

gouc\\\'hemennou evit tout ar pezh a rit kalon vat deoc\\\'h . dedenus eo tre ho pennad diwar benn ar gazetennerez keran
bravo pour tout ce que vous faites et bon courage. Tres interessant l\\\'article sur journalisme citoyen.

ty dub's 14/10/2006 23:23

je découvre ton blog, sympa

xav 14/10/2006 14:25

Bonjour,
Félicitations pour votre site qui est vraiment bien conçu! J'ai créé un annuaire de blogs et si vous souhaitez vous y inscrire voici l'adresse: http://netblog.site.cx  !
Bonne continuation