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22 septembre 2006 5 22 /09 /septembre /2006 07:26

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :


 

Depuis une dizaine d'années, le Tro Breiz connaît un nouvel essor. Dans son livre paru aux Presses de la Renaissance, Gaële de La Brosse resitue l'histoire de ce pèlerinage qui consiste à visiter les sept Saints qui ont évangélisé la Bretagne à partir du Vè siècle.


Corentin à Quimper, Paul Aurélien à Saint-Pol de Léon, Tugdual à Tréguier, Brieuc à Saint-Brieuc, Malo à Saint-Malo, Samson à Dol-de-Bretagne et Patern à Vannes. C'est à un véritable voyage au coeur de l'ancienne Armorique que Gaële de La Brosse invite le lecteur. Voici quinze siècles, des missionnaires venus d'Outre-Manche s'y s'installent pour convertir cette partie de la Gaule au christianisme celtique. Ces « pèlerins pour l'amour de Dieu » sont à l'origine des évêchés traversés par le Tro Breiz – Tour de Bretagne -, mais aussi des Lann et des Plou, à la base de nos noms de communes.

Depuis ses 16 ans (elle en a 41), Gaële de La Brosse la sportive n'a cessé d'effectuer de longues marches à travers l'Europe pour accompagner des groupes de jeunes dans les haut-lieux sacrés comme Saint-Jacques de Compostelle, Rome ou Assise. Originaire de Dirinon, dernière de sept enfants et aujourd'hui docteur ès lettres, la co-fondatrice de la revue trimestrielle consacrée au voyage, « Chemins d'Etoiles »*, se dit d'ailleurs convaincue que sa vie s'est construite comme un pèlerinage. D'ailleurs, le pèlerinage n'est-il pas l'évocation des grandes questions qui jalonnent notre existence, une sorte de métaphore de la vie ? « Je n'ai jamais eu le choix, reconnaît-elle. Par exemple, lorsque je préparais ma thèse sur Paul Claudel à la Sorbonne à Paris, je me suis rendue place Paul Claudel. La Guilde Européenne du Raid cherchait quelqu'un pour s'occuper d'un festival sur la mer. J'y suis restée sept ans. Ensuite, j'ai organisé une transeuropéenne en roller : 4 000 kilomètres entre St Jacques et Czestochowa en Pologne ». Gaële de La Brosse vit et travaille depuis 18 ans dans la capitale, « confluent où, dit-elle, tous les voyageurs partent et repartent ».

La pèlerine effectue le Tro Breiz en 1996, de manière individuelle, accompagnée de quelques amis, dont deux jeunes enfants, plus deux ânes pour tirer une petite cariole. La petite troupe parcourt 620 kilomètres en un mois, campant la nuit près des chapelles. « A l'époque, le Tro Breiz était en pleine renaissance, se souvient Gaële de La Brosse. Nous n'étions pas identifiés comme pèlerins, alors les gens nous regardaient d'un drôle d'air. Je me rappelle d'un couvreur qui parlait breton pour ne pas qu'on le comprenne. Le mot âne a surgi de sa conversation et l'a trahi ! »


Depuis, plusieurs structures, dont l'association napolitaine Les Chemins du Tro Breiz**, organisent tous les étés une étape collective, entre deux anciens évêchés. Plus de mille personnes prennent à chaque fois part à ce « Saint-Jacques de Compostelle breton », comment on le qualifie parfois.

Ceux qui ont accompli la totalité du « périple sacré » se voient remettre un diplôme à l'arrivée. En effet, l'objectif de l'association présidée par Philippe Abjean, qui balise actuellement le trajet, est d'exécuter l'ensemble du parcours en sept ans. Ce chiffre, celui des sept Saints fondateurs, est important dans la mythologie et dans la spiritualité chrétienne. « Dans la vision de Saint-Jean dans l'Apocalypse, il revient quarante fois, note Gaële de La Brosse. C'est le symbole d'une plénitude, d'une perfection accomplie ». Et il vaut mieux effectuer le Tro Breiz de son vivant : un vieux diction breton dit en effet que dans le cas contraire, on le fera une fois mort en avançant tous les sept ans de la longueur de son cercueil. Encore le chiffre sept...

Gaële de La Brosse a marché une partie du trajet entre Saint-Malo et Dol-de-Bretagne, du 31 juillet au 5 août dernier. « A la différence des pèlerinages vers Lourdes par exemple, le Tro Breiz est un pèlerinage circulaire et non linéaire, explique-t-elle. Etant bretonne, je voulais savoir ce que signifiait être pèlerin chez soi, car étymologiquement, le peregrinus dépasse son champ : il est l'étranger. Je remarque que, de toutes les expériences que j'ai faites, c'est sans doute la plus originale ».

La quête spirituelle, note encore Gaële de La Brosse, se construit au fur et à mesure du chemin. Elle cite volontiers Saint-Augustin qui disait : « cherchons comme cherchent ceux qui doivent trouver, et trouvons comme trouvent ceux qui doivent chercher encore ». Le pèlerin sait qu'il doit partir, qu'il doit quitter son ancrage, sa famille, mais il ne sait pas s'il arrivera jusqu'au bout. Ainsi, on peut partir randonneur et arriver pèlerin.

Bien qu'unis par une fraternité toute naturelle, et toujours à l'affût du petit patrimoine insoupçonné, les Trobreiziens surfent aussi sur la vague de la randonnée et de l'amour de la Bretagne. D'autres marchent pour des amis, la famille, ou pour l'arrêt des hostilités dans leur pays. Ainsi, dans la foule des pèlerins, le drapeau libanais n'est pas passé inaperçu entre Saint-Malo et Dol-de-Bretagne...

Plus que des thérapies, pour Gaële de La Brosse, endurante marcheuse bien qu'« incapable de faire vingt kilomètres sans but précis », les récits d'aventures de Théodore Monot ou de Jacques Lacarrière, mais aussi son travail d'écriture se sont révélés être complémentaires de tous ses voyages. De son point de vue, l'écriture est une manière naturelle de garder une trace de ce qu'on vit, les embûches comme les passions.

Conseillère pour la rédaction du numéro 14 de Chemins d'Etoiles (trois cents pages consacrées aux pèlerinages et aux déserts, avec l'éclairage d'historiens ou de philosophes), Christine Etienne applaudit la ténacité dont fait preuve Gaële de La Brosse dans son travail. « Son ouvrage sur le Tro Breiz, dit-elle, est l'aboutissement de plusieurs années de recherches rigoureuses comme elle sait très bien les mener. C'est aussi le fruit d'une expérience personnelle vécue en profondeur. La capacité de Gaële à fédérer autour d'elle est certainement l'un des secrets de sa réussite ». De l'avis de Christine Etienne, « Tro Breiz, les chemins du Paradis est le premier livre qui aborde, dans un style très vivant, le sujet à la fois dans sa dimension historique, symbolique et pratique ».

Lorsqu'elle retrouve les terres familiales, Gaële de la Brosse part naturellement marcher sur les sentiers le long de la rade de Brest. La mer est plus que nécessaire à son équilibre. « Plus jeune, je faisais aussi de la voile, se souvient-elle. Et à Paris, je vais à la piscine, mais ce n'est pas pareil !» L'esprit vagabond...

« Tro Breiz, les chemins du Paradis, pèlerinage des sept Saints de Bretagne » est paru aux Presses de la Renaissance (19 euros).


*ouvrage collectif qu'elle dirige aux éditions Transboréal, doublé d'une conférence hebdomadaire avec un voyageur.

** L'association Les Chemins du Tro Breiz, Minihi Levenez, Les Pèlerins du Bout du Monde, Les Pèlerins de la Mer et Ar Re Yaouank War An Hent sont les principales structures qui font revivre le pèlerinage des sept Saints.



Christophe Pluchon



Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :




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