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8 septembre 2006 5 08 /09 /septembre /2006 20:04
Tahiti fut la dernière mission fondée par Jean-Marie de La Mennais, il y a 146 ans. Aujourd'hui, les Frères de Ploërmel sont vingt-et-un en Polynésie Française, répartis dans cinq communautés, sans compter les nombreux laïcs. Leur supérieur, Jean-Pierre Le Rest, originaire du Léon, termine actuellement son deuxième mandat de vice-provincial.



Les îles Marquises, si chères à Jacques Brel, Bora Bora ou bien encore Tahiti... ces destinations du Pacifique ont tapé dans l'oeil de Jean-Pierre Le Rest à l'occasion d'une session qu'il a donnée aux frères et aux laïcs des écoles mennaisiennes, il y a sept ans. « C'était la première fois que j'allais dans ces îles, raconte-t-il. Je me suis dit que je m'y trouverais bien. Depuis, je crois pouvoir dire que j'ai épousé la Polynésie. Mais il ne faut idéaliser cet endroit. La vie y est chère, et la population jeune – 28 ans de moyenne d'âge – est touchée de plein fouet par le chômage. Elle subit aussi l'influence de la culture américaine, mais résiste pour garder ses racines ».  

Né à Saint-Pol-de-Léon il y a 59 ans, Jean-Pierre Le Rest se prépare à la vie religieuse à Ploërmel dans le Morbihan, et à Jersey où il effectue son noviciat. Il enseigne ensuite à Lesneven et à Châteaulin, puis part en Haïti. Il y a cinq ans, il devient le supérieur de la vice-province de Tahiti et des Marquises. Il se voit confier la responsabilité (de tutelle) des établissements du réseau mennaisien (environ 5 000 élèves scolarisés), avec la charge d'animer la pastorale au collège-lycée La Mennais à Papeete. Depuis 1860, Jean-Pierre Le Rest est le 150è Frère de Ploërmel à marquer de son action le sol polynésien.

« J'enseigne la catéchèse à raison d'une heure par semaine dans seize classes, explique-t-il. Je reçois beaucoup de jeunes qui veulent parler, avec le côté imprévu de ces rencontres. J'aide aussi mes collègues à animer la pastorale, et depuis l'an dernier, je prépare avec eux un ouvrage à destination des classes de seconde, de première et de terminale ».

S'il n'inculque plus aujourd'hui sa matière de prédilection (la philosophie), l'homme se plaît toujours à toucher ces sujets avec les élèves, de près ou de loin. Il est vrai que les questions se rejoignent, quand on leur demande si Dieu est une invention ou une découverte, ou si toutes les religions se valent.

« L'idée de devenir religieux m'est venue en CM2, se souvient le missionnaire. Déjà, enfant, j'étais séduit par la beauté de la liturgie et par l'influence exercée par les prêtres. J'ai rencontré un frère qui m'a donné le goût des études, de la musique et de la catéchèse. La vie religieuse, c'est quelque chose qu'on choisit tous les jours. Je perçois ma vocation comme celle d'être frère des hommes, qui s'efforce d'établir des liens entre les personnes. Je veux être quelqu'un dans le coeur de qui tout le monde puisse venir ».

Justement, ce qui a le plus marqué Jean-Pierre Le Rest depuis son arrivée à Papeete, c'est le fait que les jeunes soient assez spontanément religieux. « Nous pouvons aborder les questions de la foi sans difficulté, se félicite le Frère de Ploërmel. On ne ressent pas la mentalité, entre guillemets laïcarde, qui existe en métropole. A Tahiti, on peut annoncer l'Evangile un peu à la façon de Jésus-Christ, quand il s'asseyait sur la montagne et s'adressait à la foule. Je ne peux pas commencer une heure de catéchèse sans un quart d'heure de chant, et les élèves me le réclament si je n'y pense pas. Les différents religions ont pris l'habitude de cohabiter. Ainsi, pendant la Semaine de l'Unité des Chrétiens, en janvier, j'invite le pasteur protestant et nous faisons la catéchèse à deux voix ». En Polynésie Française, la religion protestante (50%) arrive en tête, devant la religion catholique (35%), les Mormons (5%), les Sanitos (5% également), les Adventistes (3,5%) et les Témoins de Jéhovah (1,5%).

Très impliqué dans la vie quotidienne de cet archipel (4 000 km2 d'îlots – dont le quart pour Tahiti - répartis sur 4 millions de km2 d'océan, et 250 000 habitants), le Frère avoue ne pas ménager sa peine pour apprendre le tahitien, car la langue est de son point de vue, assez difficile à saisir. Il s'efforce aussi, et c'est bien normal après tout, de connaître le plus précisément possible les particularismes locaux, aux plans culturel, économique ou politique. Convaincu que la Polynésie ne survivrait pas sans l'aide du gouvernement français, il souligne le gros travail réalisé en matière de décentralisation et dont la métropole pourrait s'inspirer. « L'assemblée de Polynésie comprend les représentants des divers archipels. Elle prend des décisions en accord avec les lois françaises. Cela nous permet de conserver notre identité ».

Outre la beauté des paysages et la délicatesse des Polynésiens, Jean-Pierre Le Rest ne se lasse pas, en grand sportif qu'il est, d'enfiler palmes, masque et tuba pour une plongée dans les lagons aux couleurs turquoises, un peu à la manière de la population qu'il côtoie au quotidien et qui, plaisante-t-il, est née dans l'eau. Le missionnaire a aussi la passion de la lecture, et pas seulement théologique. Grâce à une élève, il s'intéresse depuis quelques mois à la littérature manga, ces bandes-dessinées japonaises au style de dessin si particulier qui se lisent en partant de la fin. « Sans doute qu'un jour, je ferai une catéchèse en partant des mangas, songe-t-il. Leur lecture m'aide à saisir les mentalités. Les thèmes sont classiques, c'est l'amour ou l'avenir, mais sous la forme de créatures on peut y trouver l'expression d'un idéal de pureté qui existe en réalité dans le coeur de tout homme, et cela m'intéresse ».

Econome du lycée-collège La Mennais jusqu'en 2004, le frère Eugène Thomas voit d'un très bon oeil l'action de Jean-Pierre Le Rest auprès des élèves. « C'est un homme de foi profonde, dit-il, d'un zèle apostolique dévorant, et d'une attention toujours en éveil. Travailleur infatigable, confrère charmant, il est unanimement apprécié des Frères et de tous ceux avec lesquels sa mission à Tahiti le met en contact ».

L'ancien professeur de philosophie reconnaît, en effet, être d'un naturel fonceur. « Grâce à Dieu, j'ai une bonne santé, lance-t-il. J'ai fait miennes ces paroles de Jean Bosco disant à ses disciples que, non seulement, les jeunes ont besoin d'être aimés, mais aussi de se savoir aimés. J'essaie d'être bon envers chacun, jeunes et adultes, car c'est mon tempérament ».

A la fin de l'année scolaire dernière, Jean-Pierre Le Rest a invité ses élèves à écrire, sur une simple feuille de papier, leurs convictions pour l'avenir. Les plus reconnaissants n'ont pas hésité à lui glisser des encouragements chaleureux : « tu es la différence qui nous a réunis, qui nous a appris à vivre. Je suis arrivée dans ce lycée sans amie, personne à qui me confier et m'épauler. Tu m'as tendu la main, tu es devenu quelqu'un d'admirable à mes yeux » ont remercié Matatea et Maeva.

Le 16 août fut jour de rentrée des classes pour Frère Jean-Pierre et les 2 230 élèves du collège-lycée La Mennais. Lors de son retour cet été en terre léonarde, le temps de quelques vacances, il nous a confié son désir de recevoir des finistériens à Papeete, sur le chemin des Journées Mondiales de la Jeunesse prévues à Sydney en Australie, en 2008. L'appel est lancé...


Christophe Pluchon

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