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28 avril 2006 5 28 /04 /avril /2006 11:17
En trente-cinq ans de carrière, le guitariste quimpérois a enregistré une quinzaine d'albums sous son nom, et collaboré avec des voix et instrumentistes réputés comme Alan Stivell, Fairport Convention, Jacques Higelin, Gilles Servat, Carlos Nuñez et bien d’autres. L'édition du CD/DVD qui vient de paraître amorce un changement de cap dans son parcours.


« Dans le menu crêpes, c'est une galette complète ! » plaisante l'ancien musicien d'Alan Stivell. « Frontières de sel » est la traduction française de « borders of salt », mélodie traditionnelle bretonne arrangée par Dan Ar Braz en 1991 (dont un album porte le nom) et chantée par la galloise Elaine Morgan dans « l'Héritage des Celtes » sorti trois ans plus tard.

Le coffret regroupe des extraits des concerts enregistrés lors du festival de Cornouaille l'été dernier à Quimper, et en 1998 au Zénith de Paris, pendant la tournée de « l'Héritage des Celtes », ainsi que des titres studio tirés des deux derniers albums beaucoup plus personnels (« la mémoire des volets blancs » et « à toi et à ceux »).

Pour mieux approcher l'univers de Dan Ar Braz, la maison Pathé, à l'initiative du coffret, a eu l'idée d'y inclure une interview réalisée chez lui par Ronan Manuel, et un film tourné en Irlande et en Ecosse, dans lequel l'artiste se confie à la réalisatrice Armelle Busq. « Beaucoup de gens m'associent encore à l'Héritage des Celtes, regrette Dan Ar Braz. J'espère que ce reportage, qui est remarquable, permettra de voir que je ne suis pas le nom d'un groupe. Pour ceux qui ne me connaissent pas ou qui n'ont pas apprécié l'aventure, je suis dans la case biniou et c'est difficile d’être entendu par un autre public à cause de cette foutue habitude de classer les gens ».

A 57 ans, Dan Ar Braz veut croire au civisme au quotidien. « C’est commencer par se regarder dans la glace le matin, sachant qu'une guerre peut déjà exister entre voisins de palier, et que le même principe à l'échelle de la planète devient un conflit mondial ».

Pour parler de la musique celtique et de son imaginaire, l'artiste cite volontiers cette phrase extraite d’une chanson de Léo Ferré : « ce qui me plaît en toi, c'est ce que j'imagine... »

Un nouvel album en novembre 2006

Depuis « l'Héritage des Celtes », le chanteur-guitariste entend bien revenir à des compositions plus intimistes, celles de ses débuts finalement. Ce mois-ci, il rentre en studio pour enregistrer un nouveau disque dont la sortie est prévue en novembre prochain, toujours chez Sony-BMG.  « Ce sera une seconde jeunesse, sourit l'auteur-compositeur-interprète, un autre voyage en Bretagne et un peu ailleurs aussi. Je veux revenir à des choses plus simples, avec ma gratte et une poignée de musiciens. Une chanson, si elle ne fonctionne pas quand on la chante tout seul avec sa guitare, on aura beau mettre tous les bagads du monde derrière, ça ne la rendra pas meilleure ».

C'est sans doute cette musicalité qui fait la différence, estime l'ancien journaliste d'Ouest-France à Rennes, et chroniqueur au magazine Chorus/les Cahiers de la Chanson, Jean Théfaine. Il connaît Dan Ar Braz depuis la sortie de l'album « Douar Nevez », en 1977. « Ce qui me fascine toujours chez lui, dit-il, c'est l'extraordinaire qualité du jeu de guitare, fait de fluidité et de densité à la fois, un jeu unique et repérable entre tous qui, à mon sens, pose son auteur au sommet de l'Olympe des guitar-heroes, tout à côté de ces monstres sacrés qui s'appellent Clapton, Knopfler ou Metheny ».

Le fils spirituel de Stivell, il faut le savoir, a failli tout arrêter, après l'aventure de « l'Héritage des Celtes »! « C'est un grand soulagement que cette énorme machine soit maintenant au garage, avoue Dan Ar Braz avec le recul (le dernier concert fut donné en 2000 pendant le Festival Interceltique de Lorient). Je retrouve du plaisir à chanter, même si je ne me considère pas comme un chanteur. Des complexes ? On m'a fait comprendre que j'avais tendance à hurler. J'ai réalisé que Raphaël, Miossec et Birkin réussissaient à dire les choses en murmurant ! De toute façon, dans une chanson, ce qui compte, ce sont les mots ». Cela faisait sept ans que Dan Ar Braz n'avait pas pris le micro, autrement que pour présenter Karen Matheson et le Bagad Kemper.


Du temps pour les autres

Si le nom du nouvel album n'est pas encore défini, on sait que l'une des chansons traitera de la maladie d'Alzheimer. Il s'agit d'un thème de la vie parmi d'autres pour cet artiste très sensible aux questions touchant à la santé et à la solidarité. Depuis dix ans, Dan Ar Braz est parrain de l'association Céline et Stéphane-Leucémie Espoir qui aide les malades et leurs familles, informe le grand public et récolte des fonds pour aider la recherche hématologique. C'est en toute sincérité que le musicien quimpérois a accepté cette forme de partenariat. « Quand j'étais très médiatisé, les responsables sont venus me voir, se rappelle-t-il. J'ai craqué sur leur histoire. Ce parrainage me nivelle, je sais où va l'argent ». La présence de l'artiste est même plus importante sur le plan humain que sur le plan financier, selon le président de l'association, André Civray, qui confie : « je me souviens de la joie ressentie par une jeune fille hospitalisée à Brest, en chambre stérile, quand Dan est venu la voir ».

S'il assiste le plus souvent possible aux réunions de l'association Céline et Stéphane-Leucémie Espoir, Dan Ar Braz ressent toujours le besoin d'en faire plus pour les autres, d'être utile. « Quand je peux, dit-il, je participe au moindre loto, au moindre fest-noz dans une salle communale. C'est ça, le vrai truc pour récolter des dons. On est loin de l'opération Pièces Jaunes qui coûte beaucoup trop en frais de représentation ». 


Simplicité exemplaire

Qui a dit que les artistes à succès prenaient vite la grosse tête ? Après la fabuleuse aventure de « l'Héritage des Celtes » (un million d'albums vendus depuis 1994), deux récompenses aux Victoires de la Musique et un Stade de France archi-comble, Dan Ar Braz a su rester humble. Le secrétaire général du Théâtre de Cornouaille à Quimper, Etienne Tison, l'atteste : « quoiqu'il lui arrive, les années de galère, les immenses succès, il est toujours le même ». Etienne Tison a connu Dan Ar Braz il y a trois décennies, lorsqu'il organisait des stages de pratique instrumentale. Il partage avec l'artiste de nombreux souvenirs de répétition dans sa maison de Trégunc. Il rit encore des ampoules à vis qui tombaient à cause des vibrations !

Assurément, Dan Ar Braz n'en a pas fini avec les mélodies. Il rêve d'une « petite maison » dotée d'un « petit studio d'enregistrement », pour pouvoir sortir des morceaux instrumentaux tous les deux ans. Il aime aussi la simplicité des « bonnes bières entre copains », dans les bistrots de sa Cornouaille natale. Avec son large sourire qui met immédiatement à l'aise, il remercie : « pendant toute ma carrière, j'ai eu la chance d'avoir autour de moi des gens qui m'ont aidé à faire ce que je fais, à me donner confiance ». La musique de Dan Ar Braz n'a pas fini de nous envoûter...

 
Christophe Pluchon


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