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16 décembre 2005 5 16 /12 /décembre /2005 11:00
L'hermine, le triskell, les couleurs bleue et jaune du pays Glazik... le jeune couturier originaire d'Argol s'en inspire fortement. Ses vêtements fabriqués en Bretagne sont référencés dans trente-six points de vente de la région. Pas mal pour ce créateur installé depuis une année seulement dans son petit atelier de Châteauneuf-du-Faou.


« La nouvelle mod'in Breizh », c'est le slogan choisi par Anicet Cariou pour rendre les produits de sa ligne Heritaj lisibles du grand public. « Je veux redonner au costume breton un quotidien, à l'instar de la musique » explique-t-il, conscient, à 37 ans, de surfer sur une très grosse vague. Enfant, devant la télé, le couturier rêvait déjà de faire comme les grands, Jean-Louis Sherrer et Paco Rabanne pour le luxe et le côté créatif. « La couture, c'est venu naturellement quand il a fallu choisir un métier, j'avais ça dans le sang » se souvient-il. Après la 3è, Anicet Cariou s'oriente vers un BEP Industries de l'habillement au lycée de Kérichen à Brest, puis il part à Evron, en Mayenne, étudier plus spécifiquement les métiers de la création. Durant une quinzaine d'années, l'homme fait ses armes en usine, en Vendée et dans le Lyonnais, mais uniquement sur des machines, il ne fait aucun travail de styliste. C'est d'ailleurs pour cela qu'il ne se présente pas comme tel. « Je suis plutôt un couturier qui fait de la création » dit-il.

De fil en aiguille germe l'idée de fonder une entreprise, et une ligne de vêtements faisant référence au terroir. « Quand je venais en vacances en Bretagne, se remémore Anicet Cariou, je voulais rapporter des vêtements, mais rien ne me plaisait. Bien sûr, il y avait la marinière, mais ce n'est pas un produit typique de la région, on en trouvait aussi à Nice ! ». Dans son petit atelier, il imagine des tee-shirts, des sweat-shirts, des bonnets et des écharpes aux couleurs des pays de la Bretagne historique. Ainsi, les modèles reprennent les motifs du pays Glazik, les teintes jaunes-oranges du pays Bigouden (et la fleur de coeur, peu commune), ou le rouge et le noir du pays de Guérande... en tout, une douzaine de références pour l'homme, la femme et l'enfant. Anicet Cariou utilise un motif traditionnel brodé, appliqué à chaud sur les vêtements, selon des techniques d'aujourd'hui. « Le flocage velours fait référence au velours traditionnel du costume » explique-t-il.

Caché derrière de petites lunettes reflétant une évidente minutie, l'homme avoue être très perfectionniste. C'est aussi pour cela qu'il revendique une belle qualité de fabrication : «  J'utilise un coton d'une densité de 210 grammes au m2, dit-il. C'est du plus haut de gamme que la moyenne, et le vêtement tient très bien si on en prend soin. On peut donc le porter longtemps sans problème ». C'est aussi l'avis des clients de la célèbre boutique Le Minor à Pont-l'Abbé, qui parlent de vêtements « originaux et de qualité ». « Anicet Cariou est un jeune styliste qui croît en son identité bretonne, et qui sait faire évoluer le style tout en gardant les racines » se félicite Gildas Le Minor, responsable des lieux, qui, depuis avril dernier, propose des tee-shirts de la ligne Heritaj. Et s'il a accepté, au début, de commercialiser plusieurs motifs, Gildas Le Minor remarque que ceux qui se vendent le mieux sont les motifs bigoudens et ceux du pays de Lorient. « C'est un peu cher par rapport à ce qui se fabrique dans la région, dit-il, néanmoins le créneau est porteur car il permet d'afficher son identité bretonne de façon discrète et élégante ». Même point de vue de la part de Laëtitia et Jean-Christophe Baron, gérants du magasin Bretagne Passion à Lesneven. « Nous avons découvert la gamme d'Anicet Cariou au salon du cadeau Hexagone de Rennes, au mois de septembre, explique Jean-Christophe Baron. En passant devant son stand, nous avons été particulièrement attirés par les couleurs et les motifs. La qualité du textile nous a vraiment séduit. Le fait que ce soit un jeune créateur, qui essaie de se lancer avec l'idée originale de reprendre des motifs dits traditionnels, souvent considérés comme vieillots, pour en faire des produits à la mode accessibles à tous, en privilégiant l'industrie régionale, nous a décidé ». La boutique commercialise des sweat-shirts (avec une préférence pour le motif bigouden ), des tee-shirts à manches longues, et un modèle de sac.

L'année prochaine, Anicet Cariou a bien l'intention d'étoffer la garde-robe de sa société. Mais ce n'est pas sans poser quelques difficultés liés aux coûts de fabrication. En effet, le couturier tient à faire exécuter ses vêtements en Bretagne, pour une question d'éthique, dans un souci d'image, et pour se démarquer de la concurrence. S'il est parvenu, sans trop de soucis, à contractualiser avec des façonniers régionaux pour produire tee-shirts et sweat-shirts à des tarifs acceptables pour le marché, la question se pose en d'autres termes en ce qui concerne les pull-overs prévus au catalogue. « Qui accepterait de mettre 130 euros dans un pull aux couleurs de la Bretagne, sorti d'une usine de la région à 50 euros ? » s'interroge le créateur, conscient que les petites quantités et les motifs particuliers, réalisés en tricotage jacquard, font monter les prix. Du coup, Anicet Cariou n'exclue pas de jeter ses dés (à coudre) en Irlande. « Lors des festivals bretons, on voit sur les étals des pulls fabriqués là-bas dans la plus pure tradition. J'en ai repéré à seulement 35 euros ! » dit-il, perplexe. Dessiner en Bretagne et tricoter en Irlande ? « Pourquoi pas, répond Gildas Le Minor. Comment font les grands couturiers français ? Ils vont voir ailleurs ! »  Cette problématique, le créateur de Châteauneuf-du-Faou se la pose aussi pour les bijoux en céramique et en argent qu'il a déjà imaginés. Le chef d'entreprise accuse les charges sociales trop élevées en France. « Quand on voit les usines de textile et de chaussures qui ferment, on se dit que la place est aujourd'hui aux créateurs. Mais il ne faut pas avoir peur de s'installer... » lâche Anicet Cariou. Et la plus belle satisfaction de ce couturier, c'est sans doute d'être... son propre patron !

Christophe Pluchon

Contact :

Mod'in Breizh, Ker Rannou, 29520 Châteauneuf-du-Faou. Tél : 02 98 73 42 96. Anicet Cariou recherche de nouveaux distributeurs pour sa ligne de vêtements.


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