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25 novembre 2005 5 25 /11 /novembre /2005 22:34

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :




« La vache est partie là-bas ! » Cette expression est restée gravée dans toutes les mémoires... gravée comme le fut en 1982 « les aventures de Channig », un disque événement enregistré au café Chez Denise à la Forest-Landerneau, dans ce bourg faisant face à l'Elorn où réside l'imitateur depuis un demi-siècle. Le premier 33 tours de celle qui est devenue la plus grande commère de tout l'ouest s'est vendu à quarante mille exemplaires !


Depuis, une génération s'est écoulée : la vieille dame en noir de Piscavaloc (un lieu-dit du côté de Plouescat) crie toujours canne en main après le fichu ruminant, menace encore son chien Fridu (« tu veux des cailloux sur toi, ou une roustée ? »), et continue à dire des méchancetés sur les copines et les voisines. Rassurez-vous, c'est en tout bien tout honneur ! Toutefois, on aurait pu penser qu'avec le temps, Channig aurait épargné de ses moqueries la célèbre madame Boulic. Il n'en est rien. Même Job, son « coup de foudre de 80 ans », passe toujours à la casserole, ainsi que sa soeur, « effrontée le jour et peureuse la nuit ». Oh mon Dieu, mon Dieu...

Pour celui ou celle qui connaît par coeur les sketches, chaque intervention de Channig dans les salles polyvalentes de la région reste un régal, tant Georges Quilliou, un peu courbé derrière son micro, parvient avec délice à reproduire les expressions, les intonations de voix typiques de nos personnes âgées, avec le caractère du Léon qui va avec... ou qui allait avec, car ce temps serait à présent révolu. « Dans les années 60, j'avais alors une dizaine d'années, se rappelle l'humoriste, je rencontrais encore de vieilles dames habillées de noir dans mon quartier, à la Forest-Landerneau. Leur accent me plaisait et j'essayais de m'en approcher le plus possible. Mais à l'époque, contrairement à aujourd'hui, elles étaient spontanées, naturelles, elles se moquaient facilement d'elles-mêmes, elles ne se prenaient pas au sérieux. C'est cet humour accessible à tous que j'ai voulu reproduire chez Channig ». Et il est vrai qu'un homme imitant les vieilles grands-mères, au début, ça avait de quoi surprendre. « Le public est resté fidèle, sourit Georges Quilliou, il aime le personnage, sa façon d'être. Dans les sketches, souvent, j'invente des groupes de quatre ou cinq personnes, et forcément, c'est toujours l'autre qui est visé ». Channig n'est pas toujours tendre, mais elle est aussi le reflet de la société. « Elle sait qu'elle n'est pas parfaite, ajoute l'imitateur, car elle souffre beaucoup de l'injustice, de l'indifférence, du manque de communication. Aujourd'hui, la société est basée sur l'égoïsme, on le constate de plus en plus en milieu rural ». Grâce à son humour naïf, pas trop corrosif, à ses jeux de mots et à son fort accent du Léon, la vieille dame « coquette pour ne pas être cocue ! » séduit plus de 300 personnes à chacune de ses prestations. Le public est âgé en règle générale (50-70 ans), mais pas nécessairement bretonnant, car comme toute mamm goz qui se respecte, si Channig parle en français, elle pense d'abord en breton. Cela donne des tournures de phrases amusantes du genre : « Job, rent' à la maison, la nuit va tomber t'à l'heure, et tu sauras pas où met' tes pieds encore ! ».

Quand on tape « Georges Quilliou » dans un moteur de recherche sur internet, on obtient entre autres résultats « Robin Williams », et lorsqu'on fouille un peu, on tombe sur le film dans lequel l'acteur américain se travestit en Madame Doubtfire ! Un adepte des forums a en effet trouvé une ressemblance entre les deux artistes. Et c'est vrai qu'ils ont pour eux cette grosse bouille joliment taillée pour des rôles d'imitation. Natif de Brest, Georges Quilliou, 54 ans, est passé par plusieurs métiers, exerçant à l'usine Simca à Poissy, puis comme peintre en bâtiment. Un peu saltimbanque, il ne voulait pas d'une vie trop réglée, et puis le côté artistique prenait toujours le dessus. « J'avais besoin d'une activité qui apporte quelque chose d'agréable aux gens » dit-il. L'humoriste monte sur les planches à partir de 1976, par le biais de radio-crochets, mais il ne perce véritablement qu'en 1982, après la sortie du premier album « les aventures de Channig ». Lui et son personnage feront ensuite un détour par la télévision, sur FR3 Bretagne, pour commenter l'actualité hebdomadaire. Un disque et une compilation plus tard, ils s'accorderont une longue pause, entre 1996 à 2003, pour mieux réapparaître avec « le retour de Channig ». Le public n'avait pas oublié la vieille dame. « Il a juste suffit d'amorcer la pompe à souvenir. Et maintenant, depuis deux ans, presque tous les samedis, il y a un spectacle » se félicite Antoine Tilly, qui, avec sa compagne Martine Girard, cherche les dates, place les CDs dans les magasins, et met à jour le site internet. « Ce qui m'a toujours plu chez Channig, ajoute cet enfant de Concarneau, c'est la justesse des textes, des personnages, du ton, de la voix, de la malice, de l'humour employé. Channig nous touche au plus profond de nous-mêmes, sûrement parce qu'elle ravive nos souvenirs d'enfance. C'est notre grand-mère à tous ». Antoine Tilly parle de Georges Quilliou comme d'un être « profondément gentil, généreux et talentueux, mais qui a une vision du monde très pessimiste, lui dirait réaliste ». Quant à Yvon Berthou, ancien animateur auprès des personnes âgées de la ville de Lannion, il dit apprécier un homme « tolérant et de grande écoute ». Lui et l'artiste se connaissent depuis quatorze ans.

Dans « Channig en vadrouille », sorti cette année, on réécoute avec bonheur des histoires qui ont fait le tour du pays, comme le voyage un peu secoué, en bateau sur l'île d'Ouessant, où « chacun vomissait selon son éducation ». Mémé Channig, qui, rappelons-le, n'est « croyante que sur un genou », raconte aussi son périple à Lourdes à un auditoire tellement conquis qu'il en fait pâlir le monde ecclésial. « Il y a plus de monde qu'à la messe, le curé va encore être jaloux ! » lance-t-elle. Les symboles du monde moderne « qui nous happe de plus en plus » comme le Mac Do ou la loterie ne sont pas non plus épargnés. Une exception : la politique en général, que Georges Quilliou se refuse de parodier. Des souvenirs dignes des meilleurs sketches ? « De temps en temps, les gens me prennent pour lui, sourit Antoine Tilly. Dernièrement, lors d'un placement de CDs dans un magasin à Quimper, les deux responsables du rayon, me regardant avec insistance lorsque je parlais, me dirent tout d'un coup : c'est vous, oui, oui, c'est vous ! J'ai été Channig pendant quelques minutes. Quel bonheur, et quelle peur aussi ! »

Nul doute qu'on aura « encore du plaisir » à applaudir l'imitateur, accompagné de ses deux fils Gandhi et Esaïe en première partie de soirée, pour des lectures de textes, des petites blagues, et des reprises de chansons françaises à l'accordéon.


Christophe Pluchon
(crédit photo Martine Girard)


 

Georges Quilliou a sorti cinq albums, tous enregistrés en public. Le dernier disque « Channig en vadrouille » est vendu dans quelques enseignes (Leclerc, la Sonothèque à Brest et Morlaix, Dialogues à Brest), et lors des spectacles.

Contact scène Georges Quilliou : 02 98 20 31 73, 02 99 76 86 29 ou 06 09 86 62 66.

Email : contact@channig.com.

Site internet : www.channig.com


 

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :




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commentaires

Michel STEPHAN 10/10/2009 19:51


Bonsoir Christophe.
Je suis arrivé sur ton article grace à un lien mis sur Facebook par un de mes amis. Ca me rappelle plein de chose car j'ai rencontré Georges Quiliou, au four à chaux à St Urbain au moment où il
commençait à devenir populaire. C'est une connaissance de mon beau-frère. Ce jour là il nous avait fait une repréqetation privée (nous étions une dizaine de personnes).
Bonne continuation
A bientôt
Michel