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14 avril 2006 5 14 /04 /avril /2006 22:17
Le pouvoir de l'économie, la malbouffe, l'intolérance raciale, et les histoires d'amour qui finissent mal... Sur ce deuxième album (à sortir le 20 avril), on constate qu'il n'a toujours pas mis sa langue dans sa poche. Quand Olivier Trévidy pousse la chansonnette, ça ébranle le patronat et ça réconforte l'ouvrier ! Normal : à 37 ans, le lauréat 2003 du prix du disque Produit en Bretagne et du meilleur album pour son premier CD « Et si un jour » marche avec une grande élégance verbale sur les pas de Renaud (génération « Hexagone »), Brel, Ferrat et Brassens.

Jean Ferrat est un peu l'ami de la famille. « Mon père passait souvent ses chansons » se souvient Trévidy avec une once de nostalgie dans la voix. C'est cette même nostalgie qui d'ailleurs, l'encourage à aller toujours plus loin dans l'écriture. « Ma mère, ajoute-il, c'était plutôt Mike Brant. Mais Ferrat, j'aimerais vraiment le rencontrer... Pendant mon adolescence, quand j'étais heureux, j'écoutais aussi Brel. C'est lui qui m'a donné l'envie d'écrire mes propres textes. J'avais alors quinze ans. Un an plus tard, j'ai commencé à jouer de la guitare. Et quand je suis devenu plus triste, du fait des hasards de la vie, je me suis mis à écouter Brassens. C'est un génie : ses textes, quand on les décortique, c'est de la folie ! » Révolté jusqu'au bout des ongles, Trévidy reprend d'ailleurs à la guitare, « Misogynie à part », du célèbre poète sétois (« ell' m'emmerde, ell' m'emmerde... »), épaulé par la contrebasse de Gildas Scouarnec. « J'ai écrit « les confessions d'un con » après le départ de ma femme, avoue le chanteur. J'estimais alors que j'étais le seul responsable de cette séparation. Après deux ans, je me suis dit que non. Quoi de mieux que « misogynie à part » pour dire que je ne méritais pas ça ? C'est sans doute ce qu'on appelle « la quarantaine rugissante » ! Je me suis confié, car je pense que des situations comme celles-là arrivent à des tas de gens. Je ne suis pas mécontent de la vie que j'ai aujourd'hui, du métier que je fais. C'est pas mal d'écrire des chansons, de les interpréter devant un public. C'est un formidable défouloir ».

Le quotidien de l'ancien délégué CFDT (licencié « avec son accord » de son entreprise de livraison, entre les deux disques), c'est donc encore et toujours la chanson, et la contestation. Olivier Trévidy refuse le qualificatif d'artiste engagé. Il estime qu'on utilise trop souvent la formule sans bien en connaître le sens. « Je ne fais que dénoncer, explique-t-il. Les chanteurs ne sont pas là pour apporter des réponses. Et qu'on arrête de nous faire rentrer dans le moule de la nouvelle chanson française. Brassens doit se retourner dans sa tombe, comme si pour lui, on parlait de vieille chanson française. C'est de la chanson, c'est tout. Bénabar, par exemple, n'a trouvé qu'une chose à critiquer : les mégots de cigarette dans les boites à pizza !  »

Quant on proteste, difficile de ne pas flirter avec la chose publique. Le titre qui sera le plus joué en radio, à la sortie de l'album, s'appelle « y'a plus d'pavés ». Si la référence à mai 68 est évidente, elle l'est aussi pour les événements actuels liés au CPE. Pourtant, le texte fut écrit l'été dernier. « Il était temps que les gens descendent dans la rue, clame Trévidy. Ce ne sont pas les syndicats, avec qui je n'ai finalement pas une grande affinité, ce ne sont pas non plus les politiques qui vont les y pousser, car ils ne font que récupérer le mouvement. Dans « y'a plus d'pavés », j'accuse les éléphants de faire du tire-fesses... Villepin est responsable de ces remontées mécaniques, ils peuvent lui dire merci car ils n'ont fait que suivre les jeunes ! » Et l'artiste d'appeler, non pas à la simple révolte, mais à la révolution... « Faire de la politique ? Ce qui se passe au sommet de l'Etat m'intéresse, mais je ne veux pas : je suis chanteur ! » répond simplement Trévidy avec une grosse pointe d'audace.

Pourtant, il a de quoi dire, sur la xénophobie par exemple, dans « Poumpapon », quand il fait « rimer son pays avec nazi, intolérance, homophobie ». « C'est un peu fort, convient-il, mais il faut des phrases choc pour que les gens écoutent et comprennent ». Sur ce titre, l'énergie de l'accordéon, emmené par la championne du monde 2001 Gwénola Maheux, fait écho à sa hargne. Le mélange est détonnant. « J'adore l'accordéon chromatique, réagit Trévidy, c'est très populaire. J'aurais bien voulu apprendre à en jouer, mais c'est compliqué ». Idem pour la harpe dans « Kleuzioù brug » : le chanteur s'est offert le concours du musicien paraguayien Ismael Ledesma, et la puissance vocale de Gilles Servat. « C'est ma manière de défendre la langue régionale, même si je ne la parle pas, clame le chanteur. Patrice Marzin, qui a réalisé l'album, m'a beaucoup aidé dans le choix des artistes invités ». « Kleuzioù brug » est une adaptation, en breton, d' « un talus de bruyère », déjà joué sur le premier album, et qui dénonce la course à la productivité au détriment de la protection de l'environnement.

Dans le même ordre d'idées, Trévidy prend en grippe les supermarchés. La société de consommation, il la surnomme avec ironie la « conciété d'supermation » ! Sur ce titre au rythme pourtant très entraînant, c'est à reculons qu'il pousse le caddie avec sa fille Margot. En voici le refrain :


Conciété d'supermation

Un esprit d'compétition

Il s'agit de plumer un pauvre

Et quand il est enfin cuit

Pour que l'honneur soit sauf

Le croupion sera pour lui...


« J'ai écrit cette chanson pour les caissières, explique Trévidy. Elles ont un salaire de misère pour vivre, pendant que d'autres, les capitalistes, s'en mettent plein les poches sur leur dos. Et en plus, elles se sentent obligées de faire leurs courses dans le magasin dans lequel elles travaillent ! Je suis à la fois le consommateur et le croupion. J'y vais parce que c'est moins cher, parce que je n'ai pas les moyens d'aller aux halles de Quimper où la nourriture proposée par les petits artisans est meilleure, mais il faut avoir plus de moyens. Aujourd'hui, les pauvres sont de plus en plus gros, et les riches de plus en plus sveltes. A une époque, c'était le contraire... »

L'avenir de Trévidy se décidera-t-il plutôt à Paris qu'à Quimper ? « Nous avons engagé un attaché de presse, se félicite le chanteur-livreur. Patrick Boyer démarche les salles de spectacle de la capitale. J'espère même passer à la télé, chez Fogiel ! C'est comme ça aujourd'hui. Pour se faire connaître chez soi, il faut monter à Paris. Je fais de la chanson française, mais pas de la chanson bretonne, je parle de ce qui se passe en France, je réagis à ce que je lis dans le journal. Parler plus de la Bretagne pour percer ici, non ! Il faudrait que ça me vienne naturellement et ce n'est pas le cas... »

En tout cas, vivre de sa passion, la musique, c'est son rêve à Trévidy. Oui, appelez-le simplement par son nom de famille ! « On ne dit pas Christophe Miossec, alors on peut dire Trévidy ! » plaisante l'artiste.

Christophe Pluchon

 


Le CD de 14 titres « les confessions d'un con » est produit par Laure Prod et distribué par Avel Ouest.
Site :
www.trevidy.fr
Forum : http://membres.lycos.fr/laureprod/phpBB2/

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