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9 juin 2006 5 09 /06 /juin /2006 21:55

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :



Cette semaine paraît un nouveau tome de la série l'Epervier. A mi-chemin entre BD et précis historique, l'ouvrage met en lumière des aspects méconnus du célèbre corsaire imaginé par Patrice Pellerin.

 


Les figurines de Tintin et les reproductions du graphiste breton Claude Mirande occupent des places de choix dans les vitrines et sur les murs du salon de Patrice Pellerin. Même Flore et Gaël, ses enfants, ont chopé le virus de la bande dessinée. On pourrait aussi se croire à Brest, le port qui l'a vu naître en 1955, ou en presqu'île de Crozon, ce bout de terre qui l'inspire tant. Eh bien non... c'est à Lampaul-Guimiliau, loin de l'air iodé et des va-et-vients des cargos, que le dessinateur-scénariste déroule aujourd'hui les histoires du corsaire Yann de Kermeur.

Les premiers traits de crayon sont donnés sous le ciel bleu de Provence, et le tome 1 de l'Epervier, « le trépassé de Kermellec » sort en 1994. Cette semaine, l'éditeur Dupuis publie un septième album, « archives secrètes », intermédiaire entre deux cycles (une nouvelle série avec le même héros, mais une autre intrigue, que les lecteurs pourront découvrir en 2008).

«Quand on est pris par l'aventure, explique Patrice Pellerin, on ne peut pas donner beaucoup de détails, surtout dans une bande dessinée. « Archives secrètes » m'a aussi permis de répondre à des questions posées par des lecteurs lors de séances de dédicaces ». Les douleurs, les joies, l'attrait de l'Epervier pour le voyage au long cours sont ainsi racontés dans ce tome abondamment illustré.

Fils de préfet, Patrice Pellerin se passionne très tôt pour la peinture. Il n'a pas encore mis les pieds au collège qu'il recopie déjà les tableaux des peintres de la Renaissance. Il découvre véritablement la bande dessinée à quinze ans. « Je suis vite tombé dans les productions américaines comme Prince Vaillant et Flash Gordon, avoue-t-il. Leurs dessinateurs et moi avions la même culture classique. A partir de ce moment-là, j'ai inventé mes premières histoires. C'étaient des adaptations de romans de Tolstoï, Dumas et Flaubert. Ensuite, j'ai dévoré beaucoup de science-fiction. Et tout cela m'a donné le goût du dessin, avec l'envie de faire sortir les images fortes qui me trottaient dans la tête ».

Encouragé par ses parents, Patrice Pellerin réussit brillamment le concours de l'école des Beaux-Arts, à Reims, où il est admis directement en troisième année. Il fait ses armes dans un atelier de dessin animé, et en 1974, à Paris, il rencontre par hasard le dessinateur Pierre Joubert (auteur des Scouts et de Bob Morane, notamment). Grâce à lui, pendant quatre ans, il se perfectionne dans l'illustration historique. Par l'intermédiaire de Jean Giraud (dessinateur de Blueberry), il fait la connaissance du scénariste Jean-Michel Charlier, puis c'est le déclic. « Il venait de perdre Jigé et cherchait un autre dessinateur, se souvient Patrice Pellerin. Il m'a proposé un essai sur la série Barbe-Rouge et ça a collé ».

A la mort de Charlier en 1989, sa veuve l'invite à adapter lui-même les aventures du célèbre flibustier. Ainsi naît le personnage de l'Epervier, qui est en fait une adaptation de Barbe-Rouge. « J'ai fait une dizaine de pages, poursuit Pellerin, pour m'apercevoir que ce qui m'intéressait dans Barbe-Rouge, c'était le travail avec ce bonhomme extraordinaire qu'était Jean-Michel Charlier. Alors j'ai revu le scénario et les dessins. Eric, le fils de Barbe-Rouge, je lui ai mis une cicatrice, j'ai changé la forme de son nez, j'ai foncé ses cheveux. En une semaine, j'ai transformé l'histoire. L'Epervier est né de ce cousinage ».

Les scènes se déroulent au 18è siècle. Yann de Kermeur est un noble breton, accusé d'un meurtre (qu'il n'a évidemment pas commis, puisqu'il est le héros). « Dans les premiers épisodes, explique Pellerin, il essaie de prouver son innocence. On lui prend son bateau et la traque le conduit en Guyane. C'est une région que j'ai visitée sept fois et que j'avais envie de dessiner. Les lieux, un flash sur un document, c'est comme ça que vient l'inspiration pour écrire une histoire ».

L'Epervier se veut être une série tout public, facile à lire, avec un héros attachant. Si les plus jeunes se l'approprient pour le côté aventure, leurs parents ont aussi un faible pour l'aspect historique. Le dessinateur-scénariste a pourtant un souci du détail qui émerveille son ami Alain Boulaire. Depuis le deuxième tome en effet, le travail se fait au moins à quatre mains. « Un gréement, un arbre du Marigot ou un uniforme font l'objet de la même recherche pour atteindre à l'exactitude du dessin que seuls un ou deux spécialistes de la question approuveront à sa juste valeur ! » applaudit l'historien brestois. Philippe Le Roux, fan des premiers jours et auteur d'un site internet consacré à l'Epervier (www.epervier.com) est du même avis. « Patrice sait nous faire voyager et nous tenir en haleine d'une destination à l'autre, dit-il. Ses personnages ont une réelle épaisseur. Les caractères s'affirment, le passé se dévoile au fur et à mesure. C'est un grand narrateur ». Et s'il s'écoule plus de vingt mois entre la sortie de deux épisodes de l'Epervier, qu'importe. Philippe Le Roux, à l'image des autres lecteurs de la série, préfère patienter de peur d'être déçu par un travail précipité et donc bâclé. Ce comportement donne une grande liberté à Patrice Pellerin. « Les lecteurs relisent les anciens albums quand ils savent que le prochain va paraître, dit-il. Quand je dessine un bateau, je prend mon temps et ils ne doivent pas ressentir cet effort. Il vont rapidement lire l'histoire alors que j'aurai passé des milliers d'heures dessus, mais c'est le jeu ».

Aujourd'hui, les auteurs de bande dessinée s'inspirant de l'histoire de la Bretagne et de la mer se comptent sur les doigts de la main (François Bourgeon, par exemple, a arrêté), malgré l'engouement ressenti depuis le début des années 90 pour le patrimoine maritime. « C'est sans doute parce que les éditeurs paient le même prix pour un portrait, plus facile à faire, et pour une bataille navale » explique le père de l'Epervier.

Outre l'histoire et l'aventure, Patrice Pellerin se passionne pour la musique baroque qu'il découvre, adolescent, à Paris. « J'assistais très régulièrement à des concerts, confie-t-il. Aujourd'hui, c'est ma nourriture, mon carburant ». Et ce n'est pas un hasard s'il fait souvent des clins d'oeil à Charpentier, Lully, Mozart ou Haendel, quand il dessine le chevalier Yann de Kermeur, une guitare ou un luth à la main. « J'ai moi-même pratiqué la flûte à bec, confie le dessinateur. Avec mon ami Jean-Claude Fournier (Spirou), qui jouait de la cornemuse par le passé, et d'autres collègues de BD, nous avions même envisagé de former un petit bagad ! »

Verra-t-on un jour la série adaptée en jeu vidéo (comme XIII par exemple), ou au cinéma et à la télévision ? Rien n'est moins sûr. « J'ai presque fait exprès de faire quelque chose de compliqué, ironise Patrice Pellerin. Il faudrait un énorme budget pour reconstituer les bateaux et les ports ». Pourtant, cette histoire le mériterait, selon Bruno Calvès, journaliste à la revue « l'Histoire ». « C'est le type d'aventure qui aurait pu être porté à l'écran par les grands réalisateurs de télévision des années 1960 et 1970 comme Barma, Cosmos et Bluwal, dit-il. Il y a un sens romanesque et une tension dramatique réels, ce qui manque souvent aux productions audiovisuelles actuelles ».

Patrice Pellerin est un auteur à succès puisque les aventures de l'Epervier se sont vendues depuis le début à six cents mille exemplaires. Savez-vous que les offices de tourisme de Camaret et de Plougonvelin lui doivent une fière chandelle ? En effet, très nombreux sont les vacanciers à suivre les traces du héros devant la Tour Vauban et au fort de Berthaume.

Christophe Pluchon

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :



 

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