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12 mai 2006 5 12 /05 /mai /2006 21:22
Ce samedi 13 mai 2006, place Guérin à Brest, ce jeune maraîcher de Plabennec, installé en production biologique depuis un an, participera au deuxième Festival de l'Economie Solidaire initié par la boutique de commerce équitable Ti Ar Bed.

La démarche reste très ambitieuse : le commerce équitable vise à rendre chaque citoyen responsable de sa consommation, afin de créer une solidarité dans les régions défavorisées au plan économique ou environnemental. Dans l'esprit des gens, il s'applique dans les relations entre pays riches et pays pauvres (le label Max Havelaar est certainement l'exemple le plus connu). Or, cette idée généreuse trouve aussi débouchés au plan local.

Les agriculteurs biologiques disent s'être engagés dans cette voie du commerce équitable (et du développement durable) depuis le départ. Président national de la FNAB (Fédération Nationale des Agrobiologistes), le finistérien Henri Thépaut l'affirme : « Notre projet va au-delà de l'aspect alimentaire. Nous nous préoccupons de l'environnement, de l'énergie pour produire, et des échanges locaux quand nous organisons des marchés à la ferme par exemple ».

Sur son exploitation familiale, héritée de ses grands-parents, Arnaud Madec a repris à la lettre ces principes.

Au lieu-dit Gourlean, à Plabennec, le jeune maraîcher de 24 ans fait pousser sur deux hectares et sans pesticides, des tomates (de saison), des aubergines, des courgettes, des poivrons, des poireaux... et de petits fruits. Les premières fraises viennent tout juste d'arriver à maturité. « J'adore la nature, la liberté de produire ce dont j'ai envie, de vendre comme il me plaît, en direct » lance le jeune homme. Il se différencie de beaucoup de ses voisins liés à un mode de culture dit « conventionnel » qui les oblige à être rentables coûte que coûte pour s'aligner sur les cours mondiaux.

« Le bio n'est pas une agriculture en crise, argumente Arnaud Madec. Si les surfaces cultivées ne dépassent pas 3% du total, la demande française croît tous les ans et nous devons même importer 60% des produits pour la satisfaire. C'est peut-être un peu plus cher, mais chaque citoyen paie aussi la dépollution de l'eau dans ses impôts, alors, l'un dans l'autre... Je connais beaucoup d'agriculteurs qui aimeraient bien s'installer, mais ils ne trouvent pas de terre ». Et pour compliquer les choses, depuis 2002, les aides pour accompagner les conversions à l'agriculture biologique sont en forte diminution. Un projet de réglementation européenne ne va pas non plus dans le bon sens, selon les producteurs : elle permettrait d'incorporer des produits chimiques si leurs équivalents naturels ne sont pas disponibles. « Des gens peu scrupuleux pourraient bénéficier du label bio sans respecter le cahier des charges de base », s'inquiète Arnaud Madec.

Pourtant, notre maraîcher est heureux : passionné de sports collectifs et de voyages (son exploitation est d'ailleurs au pied des pistes de l'aéroport), il a su concilier son amour de la terre et un besoin, vital, de protéger l'environnement. Il vend ses légumes au magasin Bio de Guip, à Guipavas, et directement sur son exploitation « pour pouvoir discuter avec les consommateurs ».

Là où l'idée de commerce équitable prend véritablement tout son sens, c'est aussi dans ses relations avec les membres de « Libertaterre » qu'il fournit depuis septembre dernier : cette AMAP (Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne) s'est créée au sein d'une structure d'éducation populaire, le CLAJ de Brest. Chaque semaine, le maraîcher livre une moyenne de vingt-cinq cageots de légumes qu'il facture sept et treize euros. Le contenu de ces « paniers », varié, est sélectionné avec précaution, soit par Arnaud Madec lui-même, soit par la cinquantaine de consommateurs du quartier de Bellevue adhérente au projet et qui vient régulièrement mettre les mains dans la terre. Dominique Vaillant, par exemple, participe tous les quinze jours aux chantiers organisés sur l'exploitation. « Nous avons par exemple appris à monter une serre, dit-elle. L'autre samedi, il y avait plein d'enfants à arracher les pommes de terre et surtout à voir comment ça pousse. Même si c'est plus facile d'aller au supermarché, c'est le côté festif et ludique qui nous intéresse. On sait comment les légumes arrivent dans nos assiettes. Je n'avais jamais mangé de topinambours avant, c'est original. Nous découvrons aussi des recettes de cuisine, concoctées avec des légumes de saison. Ce retour aux sources est vraiment très appréciable ! » 

Le commerce équitable, l'agriculture biologique... ces alternatives pour faire progresser l'humanité en y incluant la notion de partage ne sont pas suffisamment enseignées dans les établissements scolaires, se désole Arnaud Madec. « Dans les écoles d'agriculture, constate-t-il, on apprend à calculer les doses de produits chimiques, mais rien ou très peu de choses sur le bio. Or, on peut bien tolérer quelques mauvaises herbes. Pour les limaces par exemple, on peut faire du préventif, c'est-à-dire mieux travailler la terre pour les ramener en surface où elles seront mangées par les oiseaux, et ainsi respecter la chaîne alimentaire ». Pour Dominique Vaillant, tout est question de profit : « Si l'on supprime les intermédiaires, dit-elle, c'est gênant pour ceux à qui ça rapporte, et qui sont maîtres d'oeuvre dans les écoles. Par nos actions, nous essayons de court-circuiter l'idée du profit avant tout ».

Le week-end du 17-18 juin, Arnaud Madec ouvrira son exploitation au public. Il lui expliquera les secrets de la pollinisation, et l'invitera à réaliser un talus à l'ancienne et à tailler les tomates. La discussion déviera certainement sur « l'aberration de voir l'énergie gaspillée dans les serres pour avoir toute l'année, des tomates composées de chimie et d'eau, parce qu'on a habitué les consommateurs bien malgré eux ». Le jeune paysan dira aussi pourquoi il rêve de ramener les gens à la terre, d' « intensifier » comme il dit, la nature dans un soucis écologique en respectant le monde animal et le monde végétal, « pour que tout s'équilibre ». Pour retrouver ses racines, Arnaud Madec cultive aussi beaucoup de variétés anciennes de légumes et de petits fruits. Bref, notre maraîcher est un entêté. Mais il a trouvé à qui parler ! Depuis plusieurs semaines, afin de limiter l'usage du tracteur, il dresse un âne pour la récolte...


Christophe Pluchon

Contacts :

Arnaud Madec, Gourlean, 29860 Plabennec (02 98 37 70 46 ou arnaud-madec@hotmail.fr)

Libertaterre : 21 avenue de Provence, 29200 Brest (02 98 03 03 29 ou site internet : www.claj.infini.fr/libertaterre.php)

FRAB Bretagne : www.agrobio-bretagne.org

Ti Ar bed : 17 rue Danton, 29200 Brest (02 98 44 31 16 ou tiarbed@infini.fr)

Cicodes : 15 rue Jean Rameau, 29000 Quimper (02 98 95 87 40)

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