Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 20:42

 

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :



Installé à Lampaul-Plouarzel, Stéphane Dufief s'est spécialisé dans la prise de vue de paysages maritimes à la tombée de la nuit. Il apprivoise avec talent les lumières du soleil couchant, et organise des stages dans lesquels il dévoile quelques-unes de ses techniques.

Grâce aux progrès de l'électronique, les appareils photo se sont miniaturisés. Les petits compacts numériques disposent de fonctions permettant de limiter le « flou de bougé » pour prendre des images à main levée par faible luminosité. Quand Stéphane Dufief débarque sur les plages de Lampaul-Plouarzel armé d'un trépied et d'un gros sac à dos, alors que le soleil décline tout juste, il ne passe pas inaperçu aux yeux des autochtones et des touristes. « Le trépied, c'est l'outil indispensable pour prendre des photos qui sortent de l'ordinaire, dit-il. Il permet de travailler avec une grande profondeur de champ pour avoir une netteté maximum entre les différents plans, et de prendre son temps pour cadrer juste grâce au niveau à bulle. C'est d'autant plus vrai lorsque mon trépied est balayé par les vagues car les poses peuvent atteindre cinq minutes parfois ». Stéphane Dufief voit en cet accessoire « utilisé par 90% des photographes de paysage » un autre avantage, celui de pouvoir utiliser des filtres gris neutres pour abaisser le contraste entre le sol et le ciel sans risquer, là encore, le flou de bougé. Le résultat est surprenant : sur certaines images, l'écume des vagues ressemble vraiment à du coton, et le rouge du soleil couchant se reflète dans les rochers entourés d'une belle eau transparente. Il est difficile, dès lors, pour le non-initié, de savoir que les clichés ont été réalisés dans la région. « Les gens de Lampaul sont parfois surpris en découvrant mes images, car ils n'ont jamais vu les plages et les falaises comme ça » dit le photographe.

Ancien guitariste de flamenco, passionné de dessin également, Stéphane Dufief a appris la photo en autodidacte. Originaire de la région nantaise, il n'est installé à Lampaul-Plouarzel que depuis le début de l'année. « Quand j'ai découvert cet endroit, un déclic s'est produit. Je ne pourrai pas l'expliquer. Il me fallait quelque chose de différent au niveau de la lumière, et je crois que tous les ingrédients sont réunis ici » dit-il. Le premier élément qui guide Stéphane Dufief sur un lieu, c'est donc la lumière ou plutôt les lumières, car un seul nuage peut obliger à devoir recomposer entièrement une image. Interviennent aussi les éléments de décor comme les rochers, les falaises, le sable ou les reflets dans l'eau... L'une des plages qu'affectionne particulièrement Stéphane Dufief, c'est celle de Porstévigné sur la commune de Plouarzel. Elle est bordée de falaises victimes d'éboulements qui ont récemment obligé les autorités à modifier le tracé du sentier côtier. « Je vais tourner autour des rochers, adapter mon cadrage de façon à ce qu'ils donnent un caractère à la composition. Je vais aussi essayer de faire voir l'atmosphère, le vent, l'air salé et le mouvement des vagues » dit-il. Ce qui manque souvent aux photos de vacances, selon Stéphane Dufief, c'est tout cet environnement qui va au-delà des deux dimensions graphiques et qui va « transcender les images ». « Il y a ce qu'on voit et ce qu'on a envie de faire voir sur les photos. Un appareil reproduit des images en deux dimensions. Il ne fonctionne pas comme notre oeil » dit-il.


Par le passé, Stéphane Dufief a beaucoup travaillé avec un appareil moyen-format, un Pentacon Six. Grâce à la taille du film, au rapport de reproduction plus faible que le 24x36, il obtenait des tirages d'une finesse exceptionnelle. Le photographe de la mer d'Iroise est aujourd'hui passé, sans regret, au numérique. Il utilise un reflex professionnel Canon 5D KII tropicalisé qui renferme un capteur de 21,1 millions de pixels. « Avec cet appareil, je pense avoir retrouvé la qualité du moyen-format. Ce n'est pas pour autant que je mitraille sans réfléchir parce que les photos sont gratuites par rapport à l'argentique. Quand je rentre avec trois ou quatre images, je suis satisfait. Mon but n'est pas de faire cinquante photos passables, mais une très bonne photo ».

Pour réaliser de beaux clichés de mer, il n'est pas obligatoire d'utiliser du matériel haut de gamme. Un simple compact peut même donner des résultats très convenables à condition d'utiliser judicieusement certains accessoires et de bien doser la lumière. Cet été, Josée Janvier, venue en voisine de Saint-Pol de Léon, a suivi un stage de deux jours avec Stéphane Dufief. Débutante en photo, elle souhaitait acquérir les bases pour utiliser au mieux son compact Panasonic Lumix. « Je ne connaissais que le mode automatique pour mes photos de vacances en kajak de mer, dit-elle. Stéphane s'est concentré sur la théorie et sur la pratique nécessaire : l'utilisation des filtres pour réaliser les photos de coucher de soleil, les sensibilités à utiliser, les vitesses et l'obturation. J'ai désormais suffisamment d'éléments pour améliorer mes photos. C'est à moi de travailler le sujet. J'ai commandé des filtres et j'ai vraiment hâte de m'y mettre à côté de chez moi ! »

Extrêmement exigeant avec lui-même, Stéphane Dufief recherche les critiques sur son travail dans le but de progresser. Il partage ses images sur internet, via le site communautaire Flickr, et compare ses clichés avec ceux d'autres photographes à travers le monde. Il estime tout particulièrement le travail des Australiens. « Là-bas, les ciels sont incroyables. Beaucoup de photographes vont s'y installer. C'est la Mecque de la photographie de paysages marins » dit-il. Par ses images grandioses représentant l'océan déchaîné, le peintre officiel de la Marine, Philip Plisson, a beaucoup inspiré les photographes. Stéphane Dufief, curieusement, ne se retrouve pas complètement dans ses clichés. « Ce n'est pas mon moyen d'expression. Mais j'admire ce qu'il fait car beaucoup l'ont imité, sans réussir à faire aussi bien ». Quant au noir et blanc, pour l'instant, il ne compte pas s'y mettre. « C'est particulier, car il faut beaucoup de contraste. Tous les paysages ne fonctionnent pas en noir et blanc. Mais ça ne veut pas dire que je n'en ferai pas, car par le passé, je l'ai pratiqué en portrait et en architecture » explique-t-il.

De ses photographies du crépuscule, Stéphane Dufief en a fait une exposition (visible jusqu'au 30 septembre à la mairie de Plouarzel). Il souhaiterait aussi produire un calendrier de ses plus belles images. Et puis un jour, pourquoi pas, partir s'installer avec sa famille en presqu'île de Crozon pour immortaliser les lumières de cet autre bout du monde. « Géologiquement, c'est l'un des plus beaux endroits de Bretagne, explique-t-il. Les possibilités photographiques sont infinies. Il faudrait que j'y aille vivre deux ans au moins pour bien connaître la presqu'île et réaliser un travail intime sur elle ».

 

Contact :

Stéphane Dufief, 02 98 84 12 52 et internet : http://paysages-du-bout-du-monde.blog4ever.com/

 

 

Christophe Pluchon

 

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :



Partager cet article

Repost 0

commentaires