






Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :
Le 15 janvier 2004, le Bugaled Breizh sombrait au sud du Cap Lizard, avec cinq hommes d'équipage à son bord. Pour l'écrivain Yann Queffélec comme pour les familles des marins, ce drame n'est pas un « aléa maritime » par exemple lié à une croche avec un objet, contrairement à ce que la justice, les autorités maritimes et le BEA Mer laissent entendre. Le livre-enquête, qui retrace « sans rien inventer » le déroulement de l'histoire avec de nombreux témoignages à l'appui, pointe ainsi plusieurs zones d'ombre.
Le jour de la disparition du chalutier de Loctudy, l'OTAN faisaient participer les sous-marins de ses pays-membres à une opération d'entraînement. Yann Queffélec estime tout à fait plausible qu'un bâtiment ait pu traverser le trait de chalut, entraînant le Bugaled Breizh vers le fond. L'écrivain aimerait « que toutes les marines acceptent de mettre les choses sur la table, et qu'elles expliquent pourquoi elles n'y sont absolument pour rien ».
L' « événement » qui a incité l'écrivain à vouloir faire la lumière sur ce naufrage, c'est d'abord son « admiration pour des gens qui vont au péril de leur vie chercher la nourriture des autres ». C'est aussi un entretien en 2004 avec le chef d'Etat Major de la Marine, l'amiral Oudot de Dainville, au cours d'un déjeuner des écrivains de Marine. Dans un chapitre (qu'il titre « Perlimpinpin »...), Yann Queffélec retranscrit des propos qui l'interrogent drôlement. « La mort n'est pas notre métier, tout militaire que l'on soit. Vous imaginez en votre âme et conscience qu'un submersible français puisse éperonner un bateau de pêche, français ou non, et filer à l'anglaise ? » Cette réponse des autorités, qu'il juge évasive et sans fondement, donne le ton du livre, incisif et bouleversant à la fois : « on peut dire au moins sa façon de penser. Eh bien, disons-là », écrit-il.
« Adieu Bugaled Breizh » de Yann Queffélec, aux éditions du Rocher (17 €)
Christophe Pluchon



