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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 08:14


Après six ans d'absence, Gwénaël Kerléo retrouve le chemin des disquaires avec « Pevar », un nouvel album résolument plus festif et plus jazzy que les précédents. La harpiste brestoise, qui chante désormais en breton, est programmée aux Vieilles Charrues et au Festival de Cornouaille.

 

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :


 

C'est grâce à une institutrice, qui apporte sa harpe à l'école, que Gwénaël Kerléo s'intéresse à cet instrument. Ses parents, mélomanes, ne voient aucun inconvénient au fait qu'elle le pratique pendant ses études. « J'ai commencé à jouer de la harpe à 9 ans. Les sonorités et la beauté de l'instrument m'ont touchées. C'est un compagnon, mais aussi un moyen d'expression privilégié pour moi qui ne suit pas forcément très expansive » explique l'artiste. Gwénaël Kerléo travaille la composition avec Hervé Quefféléant du groupe An Triskell. « J'étais scolarisée dans un collège à horaires aménagés qui fonctionnait en partenariat avec l'école de musique. Je n'ai jamais été démotivée au point de vouloir arrêter » confie-t-elle. Puis elle rejoint le cours de Muriel Chamard-Bois, au conservatoire de musique de Brest. En 1992, elle obtient un premier prix avec la mention « Très bien ».

Gwénaël Kerléo débute sa carrière en 1996, par la sortie de « Terre Celte », son premier album. Il représente pour elle l'aboutissement d'un apprentissage, d'un apprivoisement de l'instrument. « J'ai commencé à composer après mes études de harpe. Ce disque, c'était ma façon de continuer toute seule. J'ai enregistré avec des musiciens issus du milieu traditionnel. C'est pour cela que Terre Celte avait une coloration très celtique, avec de la flûte irlandaise, du violon et de la cornemuse écossaise ». L'album est plébiscité par les médias et par le public : il s'en vend dix mille exemplaires, dont un millier rien qu'au Japon.

Trois ans plus tard paraît « Chemin de brume », disque sur lequel Gwénaël Kerléo mêle le son limpide de sa harpe aux vibrations du saxophone. Elle y ajoute de la guitare, des percussions et de l'accordéon chromatique. C'est aussi à cette période que l'artiste décide de se consacrer entièrement à la musique pour en faire son métier. Dans ce deuxième album, la jeune femme laisse une grande part d'improvisation à ses musiciens, pour la plupart issus du milieu jazz. « Je pouvais leur donner des idées sur le plan musical, mais je les laissais trouver des thèmes » explique-t-elle.

Avec « Yelen » en 2003, Gwénaël Kerléo retrouve l'atmosphère celtique de ses débuts. « Ce disque n'était pas une succession de morceaux, mais une oeuvre complète en trois tableaux pour la harpe et voix, dit-elle. J'avais de jeunes enfants et le besoin de me recentrer, seule avec mon instrument. J'avais aussi peu de temps pour les concerts. Cette création était en remaniement permanent : ce que j'avais composé au début ne collait pas toujours avec la fin, car j'avais évolué dans mon jeu de harpe entretemps ».

 

Si pendant ces six dernières années, Gwénaël Kerléo n'a pas sorti nouvel album, elle a produit dans cet intervalle un spectacle intitulé « Chemins de femmes », avec le conteur morbihannais Jean-Marc Derouen. Le nouveau disque, « Pevar », qui signifie « quatre » en breton, marque le début d'une nouvelle aventure musicale pour elle. Pour se sentir plus proche de ses trois enfants inscrits à l'école bilingue, et pour être plus en phase avec sa culture qui « colore ses musiques », l'artiste a appris la langue bretonne en immersion avec l'association Stumdi. Ses compositions sont fortement influencées par cette nouvelle étape dans sa vie. Ainsi, Gwénaël Kerléo se pose en interprète. Le premier titre est une adaptation d'un poème d'Anjela Duval, « E penn pellañ ar bed » (« une petite fleur d'ajonc parlait »). Gwénaël Kerléo reprend également dans sa voix des textes de Charlez An Dreau, de Jakez Riou et d'Yvon Le Men. « Le chant est venu naturellement. Il permet d'amener un autre public à mon univers et de m'ouvrir les portes des festivals, souvent réticents à accueillir de la musique instrumentale. Appartenant au mouvement culturel breton, ça me manquait aussi de ne pas connaître la langue. J'ai joué au Japon au printemps, et j'ai vu combien le public était curieux d'entendre les sonorités bretonnes » dit-elle. La harpiste a réuni autour d'elle des virtuoses de la nouvelle génération, pour ce disque teinté de jazz et de musique celtique : Loig Troël à l'accordéon diatonique, Yvon Molard aux percussions, Franck Fagon à la clarinette, Patrick Langot au violoncelle, Shane Lestideau au violon, Kevin Camus à la cornemuse irlandaise, et Yann Quefféléant à la guitare acoustique. « Pevar est un album que j'ai voulu plus festif que les précédents, explique Gwénaël Kerléo. Il n'y a qu'un seul morceau sur lequel je joue de la harpe en solo. Ce n'est pas très important si on la remarque moins sur quelques titres. Quant à la voix, c'est un instrument de plus ». Le dernier morceau, « Beltan » (la fête du printemps), composé entièrement par la harpiste brestoise, laisse entrevoir la couleur musicale du prochain album. Sur ce titre qui reste dans la tête et qu'on chantonne une fois le CD éteint, les instruments s'entendent et se répondent avec une politesse exemplaire. C'est la démonstration d'un talent certain, et d'une bonne entente entre les membres de la formation. « J'ai envie de pousser plus loin cette expérience, avec les mêmes musiciens, poursuit la jeune artiste. J'ai aussi le projet de sortir une compilation de mes trois premiers disques, et de multiplier les concerts car la scène me manque de plus en plus. Je prépare enfin un spectacle pour enfants avec Jean-Marc Derouen ».

Depuis un mois, un nouvel instrument s'est invité chez Gwénaël Kerléo. Il s'agit d'une harpe un peu particulière puisqu'elle permet de réaliser des effets sonores encore inimaginables il y a quelques années. « C'est la high technology de la harpe ! Elle est en fibre de carbone, donc toute légère, et on peut la sangler pour la porter sur scène au lieu de la poser sur un pied ou sur une table. Il y a un micro par corde, pour un son d'une grande précision ». Gwénaël Kerléo attend beaucoup de cet outil qu'elle n'a pas encore totalement apprivoisé. « Je suis très attachée à ma harpe en bois, dit-elle, celle avec laquelle je joue depuis mes débuts. Mais je suis aussi dans une démarche de création. C'est pour cela que je veux profiter des possibilités offertes par des instruments plus modernes si le son est de bonne qualité ».

La musique de Gwénaël Kerléo, facile à aborder, emmène en voyage toutes les générations. Inutile d'être initié pour se retrouver envoûté par la magie de la harpe ! Pour Jean-Marc Derouen, « il y a chez Gwénaël un intervalle entre les notes, un temps de latence ouvert sur l'imaginaire, une façon d'attaquer la corde qu'on ne voit et n'entend nulle part ailleurs. Elle vous entraîne alors dans des espaces sonores et visuels que vous n'auriez jamais exploré tout seul, dans des méditations paysagères, essentiellement bretonnes, dans une tranquillité profonde qui vous apaise ».

Même la petite famille a commencé à se familiariser avec certains instruments, comme la batterie. « Mon grand garçon a neuf ans, témoigne Gwénaël Kerléo. J'ai moi aussi débuté la musique à cet âge-là. Mais je ne veux pas les forcer : on a la vocation ou on ne l'a pas ».

 

Gwénaël Kerléo et ses musiciens se produisent ce vendredi 17 juillet 2009  aux Vieilles Charrues à Carhaix (au Cabaret Breton à 17h30) et au Festival de Cornouaille à Quimper (aux Jardins de l'Evêché, le 20 juillet à 20h45). Le groupe s'envolera ensuite pour l'Italie et la Russie (des mini-concerts sont également programmés en août en Bretagne. Renseignements sur www.myspace.com/gwenaelkerleo).

 

L'album « Pevar » est distribué par Coop Breizh.

 

 

Christophe Pluchon

 


Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :


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