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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 21:40

A l'occasion de la journée internationale de soutien aux victimes de la torture, l'Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture organise une nuit de prière, du 27 au 28 juin. Catriona Mc Hale a rejoint il y a 4 ans l'ACAT du pays de Morlaix pour exprimer ses convictions.


ACAT. Derrière ces quatre lettres agit un mouvement né en 1974 à Versailles, à l'initiative de deux femmes membres de l'Eglise réformée, Hélène Engel et Edith du Tertre. Elles parviennent à mobiliser des chrétiens du monde entier (orthodoxes, protestants, catholiques et quakers), considérant que le message de l'Evangile est incompatible avec la torture.

Catriona Mc Hale a rejoint l'ACAT du Pays de Morlaix il y a quatre ans. « J'étais au chômage. J'avais envie d'être utile, de donner un sens à ma vie » se souvient-elle. A 36 ans, la jeune femme d'origine franco-écossaise est la benjamine du groupe. « Elle nous aide beaucoup grâce à ses connaissances en informatique pour faire des affiches par exemple » se félicite Claudine Avril, correspondante départementale du mouvement qui compte quatre groupes locaux (Pays de Morlaix, Quimper-Cornouaille, région brestoise et Carhaix-Poher) et une centaine de membres.

Depuis son arrivée à l'ACAT, Catriona Mc Hale a gravi les échelons en devenant membre de l'équipe d'animation régionale. Ses ainés la sollicitent souvent pour intervenir dans les classes de collège et de lycée. « Plus jeune, je me destinais à devenir enseignante mais j'ai coupé net en me disant que jamais je ne pourrais parler devant des élèves. Finalement, j'ai pris goût. J'ai besoin de transmettre des idées, des valeurs, et ça me fait du bien de me retrouver à l'ACAT avec trois générations de personnes de confessions différentes » dit-elle. Catriona Mc Hale n'appartient à aucune autre association, et elle se dépense sans compter pour le mouvement. « Je me suis réinvestie dans mes études, mais l'ACAT reste une priorité. Cet engagement m'apprend la persévérance, on relativise le temps aussi, en pensant aux détenus dans les prisons du monde entier. J'ai l'impression de recevoir plus que je ne donne et de me découvrir. Ca me structure au plan personnel ».

Très bien documenté, le site internet de l'ACAT* donne plusieurs définitions de la torture. Il se réfère à la Convention des Nations-Unies adoptée le 10 décembre 1984, et à la Convention interaméricaine pour la prévention et la répression de la torture. La torture est un acte volontaire, programmé et répété, à la différence d'un coup de colère ou d'une bavure. Mise en oeuvre par un bourreau, sous la responsabilité des autorités officielles, elle vise à obtenir par la pression, des aveux de la part de la victime, ou de la punir d'un acte commis par elle ou par un groupe auquel elle appartient. La torture a aussi pour but d'intimider ou de terroriser la personne, en brisant sa personnalité. Elle se concrétise par des souffrances physiques et/ou mentales aigües (violences sexuelles, mutilations, ingestion de produits chimiques, privation de sommeil, obligation d'assister au viol de ses proches, femme ou enfants...) qui laissent des séquelles à vie.

La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme indique dans son article 5, que « nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ». Pourtant, selon l'ACAT, la torture est pratiquée par les autorités de près d'un pays sur deux, du Togo à la Syrie en passant par le Mexique et par la Chine. Les Etats-Unis sont aussi montrés du doigt à propos du camp de Guantánamo. En novembre dernier, le nouveau président des Etats-Unis Barack Obama a indiqué son intention de fermer ce centre de détention d'ici janvier 2010. Il a signé un ordre en ce sens au début de l'année. L'ACAT du Pays de Morlaix croise les doigts pour que cette décision soit réellement suivie des faits. « Nous avons expédié de nombreux courriers pour obtenir du gouvernement français qu'il accueille des prisonniers de Guantánamo » explique Marie-Hélène Le Brun, une autre membre du mouvement. Pour l'ACAT, « certains détenus, 60 sur les 244 encore présents ne peuvent retourner dans leur pays car ils risqueraient d’y être torturés. S'ils étaient libérés aux Etats-Unis, ils seraient soumis à une suspicion et à un harcèlement systématique ». Nicolas Sarkozy, en avril, a indiqué que notre pays pourrait effectivement prendre en charge un détenu algérien de Guantánamo.

La France, si elle ne pratique pas de manière officielle la torture, est montrée du doigt par les associations de lutte à propos de ses conditions de détention dans les prisons. La surpopulation carcérale et le défaut d'intimité sont souvent cités. « Ne pas avoir suffisamment d'espace vital dans une maison d'arrêt, c'est une forme de torture car ça déshumanise la personne. Dans notre pays, il y a un manque de volonté politique de faire changer les choses » explique Catriona Mc Hale. Grâce au cinéma, et des films comme « Welcome » qui traite de la situation des clandestins à Calais, le grand public a pris conscience des traitements indignes infligés à certaines catégories de population, en raison de leur origine ethnique, sociale ou de leurs convictions religieuses.

Au niveau local et selon les causes à défendre, l'ACAT du Pays de Morlaix milite avec d'autres associations et collectifs, comme Amnesty International, la Ligue des Droits de l'Homme, le Mouvement de la Paix et Morlaix Libertés. La Nuit des Veilleurs, relayée depuis quatre ans dans le monde entier, est organisée entièrement par elle. L'action a lieu autour du 26 juin, date de la journée internationale de soutien aux victimes de la torture décrétée par l'ONU en 1997. Dans la nuit du 27 au 28, les chrétiens sont invités à prier pour les victimes de la torture autour du thème « prends-les dans ta main ». « C'est la main du Seigneur qui protège, qui sauve, qui délivre, explique Marie-Thérèse Grall, de l'ACAT du Pays de Morlaix. L'homme est à l'image de Dieu et pour nous chrétiens, défigurer un être humain n'est pas compatible avec notre foi. Par la prière, nous demandons que la main de Dieu fasse ce que la main de l'homme n'arrive pas à réaliser ».

Pour matérialiser cette action, l'ACAT demande aux participants à la Nuit des Veilleurs de s'inscrire sur le site internet, en donnant leur prénom. Il est possible de prier seul chez soi, entre 8h et 20h, mais aussi de rejoindre une chapelle, une communauté ou un temple**. Le groupe de l'ACAT de Morlaix aura une prière pour Monseigneur Wu Qinjing, évêque de Zhouzhi dans la province de Shaanxi en Chine, à qui il adresse tous les mois une lettre de soutien. Le religieux est en prison depuis trois ans, victime de la répression contre les catholiques.

 

 

Contact : ACAT Pays de Morlaix, 02 98 62 11 42

 

 

* www.acatfrance.fr

 

 

** Quelques-uns des lieux de prière ouverts à tous :

 

  • Brest, chez les Soeurs de l'Agneau de Dieu, 85 route du Vieux Saint-Marc (de 20h à 6h)

  • Carhaix, samedi 27 juin de 20h à 23h à la chapelle Sainte-Anne

  • Concarneau (Beuzec), à la communauté, 13 rue Stang ar Lin, le 26 juin de 17h à 19h

  • Morlaix, de 21h à 8h à la chapelle des Anges

  • Plouénan, de 20h à 21h30 à la chapelle ND de Kerellon

  • Plougonvelin, de 20h à 21h à l'église

  • Pluguffan, à la communauté, rue de Guengat, le 26 juin à 18h

  • Quimper, au temple protestant, rue de Kergariou, le 25 juin à 18h

  • Roscoff, à la chapelle près de l'église, de 20h30 à 22h

  • Tréboul : à l'église Saint-Joseph, le 26 juin à 20h30

 

 

 

Christophe Pluchon

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