Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 07:21
Depuis près de deux ans, Gwénola Corbin redonne leur cachet d'origine aux tableaux malmenés par le temps. Les musées, les comités de chapelle ou encore les particuliers font confiance à cette jeune femme de 32 ans agréée par le ministère de la culture.

La restauration de tableaux est un art exigeant, où précision et patience sont de rigueur. Ce travail implique aussi une grande responsabilité de la part de l'artisan qui travaille à chaque fois sur des pièces uniques. « Pour les musées, on discute avec nos collègues conservateurs si on a des doutes sur les techniques à employer. La collégialité est toujours appréciée » confie Gwénola Corbin. Avant toute rénovation en effet, un constat d'état est dressé, pour déterminer le traitement à effectuer en fonction de l'état de l'oeuvre.
La jeune femme appartient à la fédération française des conservateurs-restaurateurs, avec 1 500 autres collègues du textile, de la sculpture ou des métaux. Ce titre est parfois contesté par les conservateurs de musées. « Ils considèrent que nous pourrions nous contenter de l'appellation de restaurateur. Je peux le comprendre mais comme eux, nous avons une connaissance de l'histoire de l'art. Nous faisons de la conservation préventive, en contrôlant les conditions climatiques et en nous occupant du transport des tableaux. Nous faisons aussi de la conservation curative en ralentissant la dégradation des oeuvres. Enfin, nous facilitons leur lecture pour le grand public » se défend Gwénola Corbin.
C'est à Fouesnant que cette jeune diplômée de l'école supérieure des Beaux-Arts d'Avignon* a installé son atelier. La pièce, aux allures de laboratoire avec ses bocaux colorés sur les étagères, bénéficie de conditions de température et d'humidité quasi-idéales, pour ne pas détériorer encore plus les toiles. « Ce qui me plaît dans ce métier, c'est de manipuler les oeuvres de près, et de toucher les matériaux. Nous sommes au service de l'oeuvre. Nous ne laissons pas notre patte quand nous la réparons, ni notre nom au dos. Ce n'est donc pas de la création artistique pure ».
Ces dernières semaines, Gwénola Corbin s'est vue confier par un particulier une tableau représentant un paysage de forêt. Le tableau date du XIXè siècle et n'est pas signé. Il était très déchiré et la toile était oxydée. La restauratrice a du réaliser un doublage pour tendre cette toile et lui faire retrouver la planéité. Il a ensuite fallu entreprendre une opération de nettoyage, en retirant à l'aide de produits détergents dosés à différents degrés, les couches de graisse et de suie. Gwénola Corbin met en garde les particuliers tentés par les recettes de grand-mères pour se débarrasser eux-mêmes des tâches. « Les gens utilisent de la pomme de terre. C'est à éviter car l'amidon reste sur la peinture et c'est une catastrophe à enlever ».
L'opération dite de dévernissage, ensuite, vise comme son nom l'indique à retirer les couches de vernis passées au fil des ans. On utilise des produits solvants dans la plupart des cas mais pour un résultat plus précis, on se sert aussi des rayons ultra-violets. « Des laboratoires spécialisés, à Marseille, Nantes et Versailles, manipulent même les rayons X et font des analyses micro-chimiques pour dater les tableaux » explique Gwénola Corbin.
La mise en peinture et le revernissage sont aussi des opérations délicates à mener. « Les restaurations opérées par les professionnels doivent être réversibles » souligne la jeune femme. Ainsi, on devra pouvoir retirer les matériaux sans abimer l'oeuvre au moment d'une prochaine restauration, ou si l'on remarque que l'on s'est trompé. Les conservateurs-restaurateurs préparent pour chacune des oeuvres qui passe entre leurs mains, un dossier précisant les différentes étapes de la rénovation, avec des photos à l'appui. C'est pour éviter les mélanges de matière qu'on ne retouche pas à l'huile une peinture à l'huile. On évite aussi d'utiliser des pigments susceptibles de moisir, et on opte pour un châssis en aluminium quand l'oeuvre se destine à une église ou une chapelle.
Comme vernis, on peut utiliser des résines synthétiques ou des matières naturelles comme la résine dammar qui jaunit rapidement et donne un aspect plus chaleureux. « Le vernis n'attaque pas l'oeuvre. C'est une barrière de protection qui a un intérêt esthétique » dit Gwénola Corbin. Les dernières retouches sont parfois réalisées au moment de l'accrochage. Dans les musées par exemple, il peut arriver qu'une oeuvre doive retourner à l'atelier à cause d'un vernis trop « clinquant », incompatible avec la lumière des spots.
Les scalpels, les lunettes-loupes, les outils de dentistes sont autant d'ustensiles utilisés par les conservateurs-restaurateurs. On trouve aussi dans leur salle de travail des spatules chauffantes, qui permettent de ramollir les anciennes peintures pour les refixer, ainsi que des bâtis en aluminium, pour garder les toiles en extension, et des colles spéciales, comme la colle de peau de lapin.
Depuis son installation, Gwénola Corbin a beaucoup travaillé pour d'autres professionnels, en Bretagne, pour les musées de Brest et de Quimper, mais aussi en Alsace et en Bourgogne. Elle s'est aussi fait la main en rénovant des peintures murales, dans le choeur d'une église dans le sud de la France. « Nous avons mis trois mois à une équipe de six personnes » se souvient-elle. Les conservateurs-restaurateurs facturent leurs prestations entre 350 et 400 euros hors taxes la journée. Ce montant peut paraître élevé, parfois beaucoup plus que la valeur vénale du tableau lui-même, mais c'est le prix à payer pour garder en état un souvenir de famille par exemple.
Gwénola Corbin redonnera-t-elle vie un jour à une oeuvre peinte par un artiste de l'école de Pont-Aven ? C'est en tous cas l'un de ses souhaits. La jeune restauratrice avoue aussi un faible pour Rembrandt et la peinture flamande, et pour les artistes contemporains et les matériaux qu'ils utilisent, comme le caoutchouc. « Au contact de l'oxygène, le caoutchouc se dégrade très rapidement. On fait des recherches pour le consolider ». Artiste dans l'âme, Gwénola Corbin profite de ses loisirs pour coucher sur la toile ses propres ressentis. Elle s'exprime autant à l'huile qu'à l'aquarelle.

Christophe Pluchon


Contact : 06 81 26 08 03.
gwenolacorbin@hotmail.com



* quatre écoles sont reconnues par l'Etat (l'institut national du patrimoine, la Sorbonne, les écoles des Beaux-Arts de Tours et d'Avignon). Elles délivrent le diplôme de niveau master de conservateur-restaurateur d'oeuvres peintes. Ce titre permet de travailler pour les musées, les monuments historiques et les particuliers. Le diplôme passé dans les écoles privées ferme en théorie la porte des musées.

Partager cet article

Repost 0

commentaires