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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 22:07

Après dix années à la direction du Petit Futé de Brest, Yvette Doria s'en va vers d'autres horizons. Elle revient en réalité à ses premiers amours : l'organisation d'événements avec une touche des plus personnelles.


Tout le monde (ou presque) connaît le Petit Futé. Ce guide rempli de bonnes adresses est un ouvrage précieux pour celui qui veut découvrir une ville ou une région, qu'il y habite ou qu'il doive s'y rendre pour les vacances ou pour affaires. Le 23 mars, Yvette Doria lançait l'édition 2009 du Petit Futé de Brest*, devant une brochette d'invités. Une soirée durant laquelle commerçants, artistes et institutionnels purent faire plus ample connaissance avec Fortuné Pellicano. La direction nationale du guide a en effet choisi celui que l'on connaît surtout comme homme politique pour lui succéder. « Au bout d'un moment, je pense qu'il ne faut pas faire le match de trop, explique Yvette Doria. Je connais pratiquement toutes les rues et les magasins du Pays de Brest. Quand on fait dans la routine, il n'y a plus d'objectif ».

Née de parents enseignants, originaires des Côtes d'Armor, Yvette Doria se passionne très tôt pour les langues et les voyages. Elle étudie au Canada, dans un lycée anglais, avant de rejoindre la faculté de lettres de Rennes où elle apprend le russe. Elle travaille pendant les vacances à l'institut de thalassothérapie de Quiberon, sous la direction de l'ancien cycliste Louison Bobet. « Il m'a embauchée pour ouvrir une compagnie aérienne pour les clients de l'établissement, l'un des premiers en France, raconte-t-elle. Nous allions au Bourget chercher des stars, et nous leur offrions un survol du golfe du Morbihan ».

Dans les années 70, on ne réalise pas encore la nécessité de bien promouvoir le tourisme en France. Yvette Doria, elle, y croit fermement. Elle organise des séjours pour attirer une clientèle en Bretagne. A Saint-Brieuc, elle dirige une agence de voyages spécialisée dans le « réceptif », puis, en 1981, elle est nommée responsable du développement de l'aéroport de Rennes Saint-Jacques. Elle multiplie alors les lignes régulières et les charters vers Moscou, Tel Aviv, le Portugal et l'Andalousie.

Chargée de mission à Saumur de 1985 à 1987, Yvette Doria met toute son énergie au service d'une quinzaine économique, gastronomique et culturelle à l'hôtel Hilton Fifth Avenue de New York. Elle prend de plus en plus goût aux réceptions, et étoffe encore son carnet d'adresses. Elle relève quelques défis, de taille, comme par exemple trouver des échalotes pour permettre aux chefs français de confectionner une sauce au beurre blanc... Puis elle enseigne le tourisme au GRETA du Saumurois, et dirige une agence de voyages spécialisée dans les colloques clé-en-main. « J'avais le souci du détail, dit Yvette Doria. Ca compte beaucoup, un beau bouquet sur une scène, ou un animateur qui connaît parfaitement son sujet ». En 1990, elle prend en charge la direction commerciale du nouveau palais des congrès de Beaune, en quête de clients. « Je connaissais les responsables d'Elf et de Total, je leur ai dit où j'exerçais désormais et tout le monde m'a suivi ! »

Après quelques années en free-lance, à réaliser des études touristiques pour le compte de tour-operators, d'hôtels et même de l'Automobile Club de l'Ouest, Yvette Doria accepte en 2000 le poste de responsable d'édition du Petit Futé de Brest. Elle prend cette décision après avoir voulu lancer son propre business. « Je souhaitais monter une agence mais je me suis rendue compte que la ville n'avait pas de vrai palais des congrès, dit-elle. Le Quartz était surtout occupé par le spectacle vivant et le parc des expositions de Penfeld était vétuste. Il fallait développer le tourisme d'affaires, c'est bon pour les hôtels quand les participants arrivent la veille et repartent le lendemain ».

En une décennie, au prix de grands travaux, la ville est devenue plus accueillante et de plus en plus dynamique. Le port du château, le futur tramway et l'ouverture prochaine de trois nouveaux hôtels témoignent de cette vitalité. Yvette Doria aurait pu prendre une retraite bien méritée, mais son tempérament en a décidé autrement. Son projet ? Organiser de nouveau des événements de type réception ou congrès, à orientation moyen voir haut de gamme. Quand les piles sont encore neuves, pourquoi ne pas continuer à faire fonctionner la machine, après tout ? « Je suis animée par les forces de là-haut. Il y a tellement de choses à faire. Il faut aller de l'avant, ne pas se décourager quand on croit qu'un projet est bon ! » dit celle que l'on surnomme parfois « TGV » ou « Mère Térésa ».

Yvette Doria la battante est extrêmement généreuse. Grâce à ses relations, elle a souvent permis à des « petits jeunes découragés », comme elle dit, de trouver du travail. « Quand j'étais petite, mes parents m'ont appris à aider les autres. Je n'attends pas qu'ils me le rendent pour vivre. Je le fais de bon coeur ». Elle soutient ainsi plusieurs mouvements, comme l'Orphelinat Mutualiste de la Police Nationale. Chaque année, une partie des bénéfices de la vente du Petit Futé de Brest est aussi reversée aux Sauveteurs en Mer. Yvette Doria projette d'organiser un grand gala de type concert des Enfoirés pour soutenir l'association. Elle a reçu l'an dernier la médaille d'honneur de la SNSM des mains de son délégué départemental, l'amiral Pierre Le Duc. Yvette Doria rêve également de mettre en place un jumelage avec la ville de Tanger au Maroc, qui, comme Brest, a son festival du film court. « Le directeur est aussi impliqué dans le festival international du film de Marrakech, et il est responsable d'une chaîne de télévision, explique-t-elle. Cela peut-être positif pour Brest ». Comme toutes les propositions sont bonnes à prendre pour faire parler d'une ville, c'est aussi Yvette Doria qui a eu l'idée de faire préparer et déguster en janvier dernier en mairie de Brest, « le plus grand kouign amann du monde », pour l'avant-première du film « King Guillaume ». Toute la presse en a parlé, même à l'étranger !

Dans sa vie bien remplie, Yvette Doria parvient à garder du temps pour elle et pour sa famille. Si elle aime le golf, la peinture et les voyages, elle ne renoncerait pour rien au monde à deux autres plaisirs : les produits du terroir et... le karaoké. « J'interprète Piaf et Barbara, et mon mari c'est plutôt Lama et Aznavour. Nous chantons surtout pendant les séjours à l'étranger » dit-elle.

La vie en rose, c'est la ligne de conduite que s'est tout naturellement fixée « la petite futée brestoise », du nom de son blog (http://yvette.blog.mongenie.com/). Elle y parle de tout, de l'arrivée du printemps, de ses rencontres, et elle met régulièrement en ligne des photos de ses voyages. Yvette Doria, qui n'a jamais le sourire dans sa poche, reprend même cette citation de Julien Green sur le bonheur : « heureux d'être. D'être quoi ? D'être simplement ». « Les gens sont tristes, dit-elle. On parle de la crise mais j'aimerais qu'on prenne le temps de rire, de passer du bon temps ».

 

  * Vendu dans les maisons de la presse et les librairies au prix de 6,95 euros. Les guides Quimper, Finistère et Bretagne sont également disponibles.

 

 

Christophe Pluchon

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