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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 07:21

Le job de Philippe Morvan, c'est la conception de logiciels. Il est depuis 26 ans aux manettes de la société brestoise R/D/I+, et à l'origine d' « Axelia » et de « Pictelia », deux programmes d'apprentissage de la lecture basés sur des pictogrammes.


Le bureau de Philippe Morvan est une grande table avec trois écrans plats posés dessus... Quand on n'a pas l'habitude, un tel déploiement de force interroge, évidemment. L'ancien ingénieur diplômé du génie maritime a vite compris que la machine avait remplacé le crayon pour un grand nombre d'applications. « Pourtant, j'ai toujours aimé dessiné. Quand j'étais jeune, mes parents avaient peur que je m'oriente vers une carrière d'artiste-peintre » se souvient-il. Philippe Morvan est né à Brest, comme la plupart de ses ancêtres depuis au moins 350 ans. « Avant, on a perdu les registres, donc on ne sait pas ! » lance-t-il avec une pointe d'humour.

En 1977, il sort diplômé de l'ENSTA, l'école nationale supérieure des techniques avancées, avec en poche, toutes les connaissances pour construire des navires. «J'ai fait mon service militaire à l'arsenal et travaillé avec Xavier Joubert qui était alors ingénieur dans l'armement. J'ai réalisé des calculs de stabilité pour Kriter 4, le trimaran d'Olivier de Kersauson ». Dans cette approche de l'entreprise, Philippe Morvan fait rapidement valoir sa connaissance des ordinateurs. « Je les ai découvert pendant ma première année à Toulouse. J'ai trouvé ça génial. Ca prenait toute une salle. On enregistrait les données sur des bandes magnétiques et des disques. Leur capacité ? 200 méga-octets, une goutte d'eau à côté de ce qu'on sait faire aujourd'hui » se souvient-il.

Ce n'est pas dans l'industrie maritime que la carrière de Philippe Morvan se déploie finalement, mais bien dans l'informatique, après quelques tentatives infructueuses. Il monte travailler à Paris, y développe des programmes pendant trois ans avant de revenir en Bretagne. « Je me suis associé à Xavier Joubert pour créer un bureau d'études en architecture navale sur Brest. Mais comme les bateaux de course, ça ne nourrissait pas son homme, j'ai repris mon métier de concepteur de logiciels ».

La société R/D/I+ (Réalisation Développement Informatique) est lancée en 1983. Elle est installée dans les mêmes locaux depuis l'origine, au 37 de la rue Yves Collet. « Le PC d'IBM est arrivé à ce moment-là en France mais rien n'était standard. C'était le début de la micro-informatique. Il fallait créer des programmes pour ces machines. J'ai commencé à développer des logiciels de gestion pour les PME » raconte Philippe Morvan. Dès 1985, l'entreprise livre des solutions clé en main pour le siège du Crédit Mutuel de Bretagne au Relecq-Kerhuon. « Je me suis spécialisé dans ce qu'on appelle l'interface homme-machine. Ce n'est pas le traitement de l'information pour vérifier qu'on vous connaît ou que vous avez tapé le bon code. C'est la couche supérieure, celle qu'on voit à l'écran. C'est ce qui fait qu'un programme est convivial ou non ».

Lancé il y a quatre ans en prévision des Jeux Olympiques de Pékin, le traducteur français-chinois pour Pocket PC « Wu Yu Yo » (ce qui peut se traduire par « voyager sans souci ») participe de cet esprit, en alliant ergonomie et efficacité. « Nous avons développé ce produit avec un fournisseur de guides touristiques pour permettre aux Européens de se débrouiller là-bas, explique Philippe Morvan. Le traducteur comprend 4 000 phrases enregistrées, en chinois, français, anglais, italien et espagnol, pour dire à un chauffeur de taxi comment se rendre à tel endroit, ou encore pour aider les touristes et les hommes d'affaires à passer une commande dans un restaurant ».

« Wu Yu Yo » utilise les pictogrammes pour communiquer. Ces petits dessins en format .gif peuvent s'animer sur l'écran et sont compréhensibles par tous. Philippe Morvan a eu l'idée de se servir de ces images pour assister de manière ludique, les personnes handicapées qui ont des troubles de la parole, et les enfants qui ont des difficultés de lecture. « Nous avons lancé le logiciel Axelia, puis Pictelia. Le principe d'Axelia est de créer automatiquement une phrase correcte en français, vocalisée ou non, avec les mots et les flexions grammaticales, à partir d'un choix de pictogrammes » explique le développeur. « Pictelia » ne va pas aussi loin dans la constitution des phrases car il faut lui dire que tel verbe est au passé ou tel nom au pluriel. En revanche, c'est un formidable gestionnaire de pictogrammes.

Par son caractère très novateur, « Axelia » a séduit l'hôpital national Saint-Maurice dans le Val-de-Marne, et plus près de nous le centre psychothérapeutique Winnicott à Brest et l'institut Jean Couloigner de Ploudaniel qui accueille des adultes handicapés. Il a aussi été soutenu par le Ministère délégué à la recherche et aux nouvelles technologies. « Je suis convaincu de l'intérêt de ces logiciels pour aider les enfants à communiquer et même pour lutter contre l'échec scolaire, explique Philippe Morvan. Contrairement à un humain, un ordinateur, c'est stable, ça ne s'énerve jamais, et ça prononce toujours de la même façon. C'est donc parfaitement prévisible ! »

Les premiers pictogrammes avait été définis il y a dix ans par le cabinet brestois Hippocampe. Aujourd'hui, c'est Philippe Morvan qui les réalise. Le patron de R/D/I+ a mis de côté le crayon, l'outil-fétiche de ses débuts, pour le remplacer par le pixel. Il assure faire des miracles avec les logiciels de dessin vectoriel. « Ca va plus vite, on peut copier-coller des formes » dit-il. Le gestionnaire « Pictelia » inclut déjà 1 600 pictogrammes et une cinquantaine supplémentaires sont prévus chaque mois. « Nous choisissons un thème à chaque fois, en août 2008 c'était les Jeux Olympiques de Pékin, nous avons aussi fait la cuisine, les animaux... Nous voulons fournir la base pictographique la plus complète possible aux enseignants, aux orthophonistes ou aux ergothérapeutes ».

Au fil des ans, Philippe Morvan a su mettre avec talent ses connaissances au service des personnes en situation de handicap. Sa fibre sociale a pris le pas sur l'intérêt commercial pourtant nécessaire pour faire vivre l'entreprise. « Les personnes handicapées montrent aux ingénieurs les problèmes à résoudre, car elles ne peuvent pas les contourner. C'est satisfaisant de voir qu'on peut les aider dans leur quotidien. Tout le monde doit se dire qu'il sert à quelque chose » dit-il.

Le bureau de Philippe Morvan est une grande table avec trois écrans plats posés dessus... Bien en évidence sur l'un des murs, on remarque aussi ce cliché du désert marocain. Régulièrement, l'ingénieur passionné de sports mécaniques et de photographie quitte sa Bretagne pour s'offrir là-bas, un raid à moto. Il se confronte alors à d'autres réalités... « Il faisait plus de 35°C. Au milieu d'un lac asséché, quatre filles étaient là à agiter des babioles pour attirer l'attention du chaland. Je suis passé deux fois à fond à côté d'elles. J'ai eu un peu honte de les avoir ignorées. La troisième fois, je me suis arrêté. La plus âgée devait avoir 8 ou 10 ans, la plus jeune cinq ans. Cela faisait au moins deux heures qu'elles étaient là ». Sombre car mal exposée, l'image a été enregistrée à la volée, l'objectif de l'appareil en partie obstrué par la mentonnière du casque. Philippe Morvan n'a pas oublié ce moment très fort. Il a gardé précieusement le petit lézard en perles, acheté huit dirhams un jour de chaleur à crever, sur la piste d'Erfoud à Zagora...


Le logiciel « Axelia » est vendu 980 €, « Pictelia » 49 € et 149 € (sans et avec synthèse vocale). Les pictogrammes peuvent être téléchargés gratuitement sur internet (www.axelia.com). Renseignements au 02 98 43 17 27.



Christophe Pluchon

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