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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 08:50
Bruno Geneste est le compère de Dom Duff dans le récital de poésie « Caps et promontoires » qui sera donné le 28 février à Moëlan-sur-Mer. Il organise aussi en mars, dans cette même ville, la 4è édition du festival de la parole poétique.


Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :




Adolescent, Bruno Geneste n'était pas spécialement plus doué que ses camarades en français. Il était même un élève très moyen, un peu en rupture avec le milieu scolaire d'ailleurs. Mais va-t-on savoir pourquoi, il se délectait déjà des alexandrins de Baudelaire et de la prose d'Arthur Rimbaud. L'envie d'écrire lui-même de petits textes empreints de rêve et de rimes lui vient naturellement. « C'est peut-être parce que je suis né face à la mer, à Penmarc'h, que j'ai voulu m'exprimer par la poésie, raconte-t-il. C'est quelque chose que j'ai ressenti en moi, comme deux silex qui se frottent et qui créent une étincelle ».
Bruno Geneste envisage la poésie comme un cheminement du dedans vers le dehors, une relation avec le lieu et la parole. Ce sont d'abord les paysages de Cornouaille qui guident son inspiration, puis le Grand Nord canadien. Un jour qu'il séjourne au bord du fleuve Saint Laurent, il écrit le poème « Ode au fleuve qui marche ». Cette communion avec la nature le transforme profondément. « Les Amérindiens appelaient ce fleuve qui s'enfonce sur 3 800 kilomètres à l'intérieur des terres, le chemin qui marche. Ca m'a immédiatement parlé. Le poète est au-delà des apparences, de cette réalité qui lui est imposée. Et comme lui, je suis toujours en chemin ».
Bruno Geneste collabore à diverses revues de poésie dès l'âge de trente ans. Il obtient progressivement la reconnaissance de ses pairs, car on ne s'autoproclame pas poète ! « Ils s'adressaient à moi comme un poète. De là j'ai compris que j'en étais sans doute un ». Ses compagnons de route et d'esprit se nomment Kenneth White, Gabriel Lalonde et Marie-José Christien. Dans « Fragments d'une poétique des contours » paru aux éditions Sauvages en 2007 et dont une deuxième partie doit voir le jour l'année prochaine, Bruno Geneste partage avec le lecteur toutes ces rencontres très productives sur le plan littéraire.
Faire apprécier la poésie, notamment aux plus jeunes, n'est pas forcément une chose aisée aujourd'hui. Bruno Geneste regrette qu'en France, ce genre soit mis aux oubliettes à l'école, au prétexte, sans doute, que l'on a du mal à saisir le cheminement intellectuel de ses auteurs.
C'est peut-être grâce au conte, qui, lui, connait un véritable engouement, surtout en Bretagne, que les vers pourraient retrouver leurs lettres de noblesse. Dans cet esprit, Bruno Geneste s'est associé au chanteur en langue bretonne Dom Duff pour créer le récital de poésie « Caps et Promontoires » qui sera joué le 28 février à Moëlan-sur-Mer. La mairie de la commune et le poète avaient déjà uni leurs forces il y a quatre ans pour lancer le festival de la parole poétique. La prochaine édition de ce festival se déroulera du 7 au 14 mars. « Nous avons inscrit le mot parole dans le titre, partant du principe que la poésie, ça se déclame, explique Bruno Geneste. La parole, c'est l'une des clés pour comprendre et lire la poésie, et donc pour rentrer dans l'univers du poète ».
Avec « Le cercle des pierres noires » et tout récemment « L'aile rouge des sables » (deux livres parus aux éditions Les chemins Bleus), Bruno Geneste s'essaie depuis quelques temps à un nouveau style littéraire : le roman. Il plébiscite le polar, un genre qui lui permet de mettre en lumière des problèmes de société.
Dans « L'aile rouge des sable » par exemple, il est question d'environnement. « J'ai choisi de parler des pesticides et plus globalement du rapport que l'homme entretient avec la Terre. C'est l'une des planètes les plus belles du système solaire, et pourtant nous ne vivons pas en harmonie avec elle » justifie l'auteur. L'enquête, sur la mort suspecte d'une célèbre ornithologue, se déroule entre Névez et Riec-sur-Bélon, le long de la ria, un lieu assez sauvage que Bruno Geneste aime « hanter », un petit carnet à la main, pour y noter les rythmes de la lumière et ses ressentis face au paysage escarpé. Il n'y a pas de hasard à cette divagation, pour le chanteur Dom Duff qui le connaît bien. « Bruno est poète du rivage. Parlez-lui de son pays et il s'enflammera ! » dit-il.
Dans « L'aile rouge des sable », l'histoire est écrite à la première personne, « pour renforcer la réalité du récit et l'aspect psychologique », mais surtout, le texte est saupoudré de figures de style, de métaphores, en rapport avec le temps qu'il fait (« à l'ouest, de petites hémorragies de ciel faisaient saigner l'horizon ») ou l'intrigue elle-même. Ainsi, les flingues, les odeurs de pourriture et le « tchoc-tchoc-tchoc de l'hélico » côtoient « les chaos de roches aux senteurs d'iode ». A la page 157 de son bouquin, Bruno Geneste a trouvé l'exacte formule pour résumer l'ambiance qu'il veut donner à ses polars, dans sa façon de décrire un souterrain : « Toute l'atmosphère semblait imprégnée de menaces ». Voici donc une approche poétique qui donne plus de respiration à l'intrigue. Elle évite aussi les reproductions de cartes postales, comme d'autres polars régionaux. « Ce qui fait l'écrivain, c'est le style !» assure Bruno Geneste.
Son prochain roman policier servira de terreau pour dénoncer les nombreuses formes d'intolérance qui polluent notre planète et en particulier les extrémismes, qu'ils soient politiques ou religieux. « Les sujets ne manquent pas sur lesquels un auteur peut, et même doit s'exprimer. Notre mission, c'est aussi de bousculer les consciences » dit-il. Bruno Geneste sera-t-il influencé par la récente élection de Barack Obama à la tête des Etats-Unis ? On peut le penser : ce n'est pas un hasard en effet, si ses deux héros, le détective Loïc Le Bars et le journaliste Jack Elemor, sont guidés tout au long de leurs enquêtes policières par Plume Rouge, un chaman amérindien. « L'Amérique des Indiens, c'était l'Amérique d'un certain respect de la terre, de la nature. C'est celle-là qui m'intéresse » conclut Bruno Geneste.


Le récital de poésie de Bruno Geneste et Dom Duff « Caps et promontoires » est programmé samedi 28 février à 20h30 au centre culturel l'Ellipse de Moëlan-sur-Mer. Cette soirée verra se succéder Serge Cabon et le Noback Quartet, ainsi que la chanteuse Gwennyn.
Quant au 4è Festival de la parole poétique, il se déroule du 7 au 14 mars, également à l'Ellipse. Au menu, samedi 7 mars, Alan Stivell (21h), jeudi 12 mars à 9h30 et 11h, la compagnie Ramodal (« Tout Ouie », spectacle à partir de trois ans), et vendredi 13 mars, Yvon Le Men accompagné de Jean-Marc Le Cop à l'accordéon diatonique (spectacle à 21h). La projection du film gallois « Hedd Wyn » de Paul Turner est également annoncée au cinéma le Kerfany, le 10 mars à 20h30. Toute la semaine enfin seront présents quinze poètes bretons, québécois, polonais et gallois (dont Kenneth White et Christine de Luca), pour illustrer le thème de cette année : le nomadisme (www.festivaldelaparolepoetique.blogspot.com/)



Christophe Pluchon


Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :




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