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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 00:00
La station de biologie marine de Concarneau souffle cette année ses 150 bougies. La vitrine de ce laboratoire, à destination du grand public, c'est le Marinarium, sur lequel veille Annie Péron, une scientifique très pédagogue.


Face à l'archipel des Glénans, à deux pas de la ville close, le bâtiment en impose par sa façade en pierres de taille. Derrière les murs de cette longue bâtisse se cache depuis 1859 la plus ancienne station marine du monde, qui dépend du Museum National d'Histoire Naturelle de Paris. Au milieu du 19è siècle, l'embryologiste Victor Coste est chargé par l'Empereur Napoléon III d'améliorer les techniques d'aquaculture sur l'huître. « Le site de Concarneau fut choisi car on estimait que l'eau de la baie était de bonne qualité » explique Annie Péron, conservateur du Marinarium. Ce musée bourré de bassins et d'aquariums, rénové en 2002, montre sur 900 m2 les travaux des scientifiques de la station, principalement de la recherche fondamentale qui pourra par la suite trouver des applications en médecine par exemple.
Avec le pilote du port de Concarneau Etienne Guillou, Victor Coste développe des essais sur des tuiles chaulées selon la technique de captage du naissain. « L'efficacité de ce système de reproduction de l'huître plate a été reconnu ici. Il a ensuite été adopté dans toute la France. Mais cette méthode n'est plus utilisée depuis une trentaine d'années. On se sert désormais du PVC pour enlever plus facilement les petites larves du support » poursuit Annie Péron.
Si les viviers situés à l'arrière du bâtiment gardent encore les traces de cette période, l'exposition présentée à l'intérieur se sert d'anciens instruments de biologie et de livres d'époque pour renseigner le visiteur. On découvre le travail particulier de scientifiques qui exerçaient la chirurgie sous un microscope pour essayer de « réparer » des larves. Si ce type de matériel a une esthétique intéressante, il faut bien avouer qu'on était très loin des capacités de grossissement d'aujourd'hui...
Etudiante en biologie animale à Rennes, spécialisée en biochimie, Annie Péron découvre la station de Concarneau en 1977. « Je préparais une thèse de 3è cycle sur les enzymes de crevettes. J'étudiais leur adaptation aux changements de températures, notamment dans les flaques » se souvient-elle. La survie de certaines espèces, notamment les coquillages, est en effet dépendante des conditions météorologiques. « Lorsqu'il pleut, l'eau est moins chargée en sel, et quand il fait très froid comme ces dernières semaines et que les coquillages ne peuvent pas facilement s'en aller de leur caillou, alors ils meurent. On parle aussi du réchauffement climatique, mais ces modifications doivent se mesurer sur le long terme ».
Cette faune est montrée dans l'un des aquariums, consacré au littoral rocheux. Pour l'illustrer, Annie Péron et son équipe y ont logé des anémones, des étoiles de mer et des gobies. « Nous avons ordonné les lieux de la manière la plus didactique possible. Mon souhait, c'est que le visiteur ait un oeil plus aiguisé quand il observe les poissons à marée basse, qu'il remette bien les rochers à leur place, et qu'il respecte les tailles et les quantités lorsqu'il pêche ».
 Ce message, qui s'adresse au grand public, intéresse aussi de près les pêcheurs. Dans l'une des vitrines sont exposés grandeur nature un thon germon, une morue et une baudroie. Ces espèces ne sont pas spécialement en danger, mais elles permettent d'illustrer les relations parfois tendues entre les professionnels de la pêche et les scientifiques. Le malentendu s'estompe petit à petit « au niveau des plus jeunes qui acceptent de respecter l'animal qu'ils pêchent. C'est leur propre survie qui est en jeu » analyse Annie Péron. Pour elle, « il faut bien connaître la biologie des espèces, leur vitesse de croissance et leur alimentation, pour gérer les stocks de manière convenable. Il n'est pas judicieux de pêcher des poissons qui ne se sont jamais reproduits. Les professionnels de la pêche ont un rôle positif de ce point de vue-là, car dans son laboratoire, le biologiste ne mesure pas bien le comportement des espèces ».
Dans l'un des espaces du Marinarium, un globe animé de plus d'un mètre de diamètre éclaire aussi le visiteur sur les océans. On apprend qu'ils occupent les trois-quarts de la planète, et on visualise plus facilement les fonds formés de cuvettes et de chaînes de montagnes parfois hautes de plusieurs kilomètres. Préserver les océans de toutes les agressions est primordial car les scientifiques sont loin d'avoir sondé toutes leurs richesses. On estime que le nombre de formes de vie est mille à dix mille fois plus élevé que sur terre. « La mer attire beaucoup d'étudiants, nous le voyons avec les demandes de stages que nous avons, dit Annie Péron. Je ne sais pas si mon attrait pour la biologie marine est venue de cette passion pour le milieu maritime, car je suis originaire d'Orléans. Mes grands-parents en revanche vivaient près de la mer, à l'Ile de Ré ».
Le Marinarium de Concarneau est, comme sa cousine Océanopolis de Brest, un lieu de vie ouvert sur le monde. D'ailleurs, il dispose lui aussi d'un grand aquarium, d'une capacité de 120 000 litres, qui reconstitue les fonds du sud-Finistère. Il permet ainsi de montrer de manière simple les réalisations et le quotidien des scientifiques. C'est cet aspect pédagogique qui passionne Annie Péron. « Les chercheurs sont souvent seuls dans leur laboratoire, et ils ont du mal à synthétiser ce qu'ils font, avec des mots simples. Quand je conçois une exposition avec mon équipe, j'ai tellement de choses à dire que j'ai envie de présenter de longs panneaux de textes. Or, les gens lisent de moins. Aller à l'essentiel, c'est une démarche intéressante ».
18 000 personnes passent chaque année les portes du Marinarium, dont beaucoup d'enfants. Ils suivent toujours avec intérêt les explications données devant les trois petits bassins tactiles installés dans l'exposition. « L'été, il y a toujours quelqu'un pour dire comment toucher les espèces pour ne pas les abîmer. Il ne faut pas écraser un petit animal parce qu'on ne le trouve pas beau. Il faut faire avec toute cette diversité » poursuit Annie Péron. Parmi les petits animaux « pas très appétissants au premier coup d'oeil », la scientifique cite le concombre de mer. C'est une espèce qui vit sur les pontons et qui est, paraît-il, très consommée en Asie...

Tout au long de l'année sont organisées des visites ponctuelles de la nurserie, pour découvrir de plus près la vie du homard, de la seiche et de la roussette... Les prochaines ont lieu les 18 et 26 février, ainsi que le 3 mars, à 15h. Un colloque est aussi programmé fin août pour marquer le 150è anniversaire de la station de biologie marine de Concarneau, ainsi qu'une exposition temporaire dont le thème est encore à définir.

Le Marinarium est ouvert à la visite de 14h à 18h tous les jours jusqu'au 31 mars, de 10h à 12h et de 14h à 18h jusqu'au 30 juin, et jusqu'au 31 août jusqu'à 19h. Renseignements pratiques au 02 98 50 81 64.



Christophe Pluchon

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