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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 21:58
Depuis 1964, la cité du Ponant est jumelée avec la ville de Kiel en Allemagne. Geneviève Champeau-Bréhier a contribué au développement des relations entre les deux ennemis d'hier. Responsable du centre culturel franco-allemand, elle occupe aussi la fonction de consule honoraire d'Allemagne.



Entre Geneviève Champeau-Bréhier et l'Allemagne, ce n'est rien de plus qu'une histoire d'amour. Et quelle histoire ! Si ses racines sont bien ancrées dans la région brestoise, elle a pour ce pays une attirance toute particulière qui lui vient de son enfance.
Au sortir de la seconde guerre, son père, marin, est muté au bord du Rhin, dans la zone d'occupation française. Pendant dix ans, elle fréquente les enfants de son quartier, dans la ville de Spire, de la manière la plus naturelle qui soit. « Nous habitions un logement qui appartenait à des Allemands. Je jouais avec les petits Allemands. Je ne faisais aucune différence. Pourtant à cette époque, il y avait beaucoup de préjugés. Quand on me parlait des sales Boches, je répondais que je ne connaissais pas les mêmes personnes » raconte Geneviève Champeau-Bréhier.
Devant le malentendu persistant, elle se met en tête de montrer aux Français qui sont vraiment les Allemands. Elle s'intéresse de plus près, à son retour en Bretagne, aux relations établies entre les villes de Brest et de Kiel par le biais du jumelage qui ne touche alors que les élèves d'une poignée d'établissements. « Je voulais développer la culture, le social, l'universitaire, l'hébergement pour les jeunes et aussi la voile, et créer des contacts dans ces domaines » dit-elle.
Un club voit le jour, pour accueillir les Allemands de passage et les étudiants, organiser des voyages et donner des cours de langue. Puis, en 1983, face à l'augmentation des activités proposées et de la fréquentation, le club franco-allemand devient une Maison de l'Allemagne, un centre culturel affilié à la fédération des associations franco-allemandes. Cet organisme est présidé par des représentants des deux pays. « Français et Allemands peuvent venir nous voir pour trouver les bons interlocuteurs dans chacun des pays, explique-t-elle. Nous voulons montrer qu'un tel centre culturel ne s'adresse pas aux seuls germanistes. Il en va aussi de l'image de la Bretagne car il y en a peu en France ».
Sollicitée par l'ambassade, Geneviève Champeau-Bréhier accueille comme une « reconnaissance pour le travail accompli » le poste de consule honoraire d'Allemagne qui lui est offert en 2003. Si cette deuxième casquette lui donne plus de travail, elle l'oblige aussi à plus de rigueur car il en va de l'image du pays qu'elle représente. « Il n'est pas nécessaire d'être Allemand ou d'avoir la double nationalité pour occuper une fonction consulaire. L'important est de bien connaître le pays ». Geneviève Champeau-Bréhier vient en aide aux ressortissants allemands, pour des problèmes de papiers mais également de pertes d'objets, de maladie ou de divorce. Elle est aussi de toutes les manifestations officielles, comme les commémorations pour le 40è anniversaire du cimetière militaire allemand de Ploudaniel-Lesneven, l'été dernier, ou les réceptions pour les journées nationales franco-allemandes chaque 22 janvier. « Officiellement, je ne peux pas être juge et partie en cas de conflit entre les deux pays. Je me dois d'être fidèle à l'Etat que je représente. Je tiens le même discours que la chancelière Angela Merkel » assure-t-elle.  
Le 9 novembre 1989 reste pour Geneviève Champeau-Bréhier une date forte en émotions, gravée à jamais dans sa mémoire. Avec l'effondrement du Mur de la honte, c'est un nouveau chapitre de l'histoire de l'Europe qui s'écrit. Des dizaines de milliers d'Allemands de l'Est passent en force à l'Ouest, sous le regard dépité des policiers. « Ce qu'on apprend aujourd'hui sur la vie en RDA, c'est par des gens qui l'ont vécue. C'était le mystère, la peur. J'ai rencontré des étudiants qui ont fait de la prison pour avoir manifesté dans la rue. Leurs parents leur reprochaient de s'être rebellés » raconte, un peu amère, Geneviève Champeau-Bréhier. A partir de 1983, la Maison de l'Allemagne organise des Rencontres franco-allemandes à Berlin-Ouest. Le temps d'une journée, des étudiants français se rendent de l'autre côté du Mur. « Je leur demandais de prendre des précautions, de ne pas amener d'écrits et de cartes postales, afin qu'on sache le moins de choses sur eux, se souvient Geneviève Champeau-Bréhier. Quand nous passions de bons moments avec la population, quoi de plus normal de lui rendre la pareille en l'invitant à venir nous voir, en France ? Malheureusement, avec nos réflexes d'occidentaux, nous avions oublié que la population Est-Allemande ne pouvait pas sortir du pays, qu'elle était privée de cette liberté... »
Après la chute du Mur, la Bretagne se jumelle avec d'anciens länder ex-allemands comme la Saxe. C'est le début d'une nouvelle ère, le retour à l'unité pour ce peuple séparé 28 ans plus tôt pour cause de guerre froide. Depuis, l'Allemagne réunifiée a su relever la tête. Alors pourquoi, finalement, la connaît-on si mal ? Et, autre situation qui interroge, pourquoi la langue allemande est-elle toujours si peu apprise à l'école ? Pour Geneviève Champeau-Bréhier, « on a toujours mis dans la tête des enfants et des parents que c'était une langue difficile. Cela a joué un tour aux enseignants ». Le groupe allemand Tokio Hotel a-t-il inversé cette tendance ? « On m'a dit que dans certaines classes, on apprenait l'allemand grâce à leurs textes, avec beaucoup de plaisir ! »
Depuis les années 90, de plus en plus de personnes voyagent en Europe et s'intéressent à la culture et à la langue allemandes. Les hommes d'affaires, par exemple, sont très attentifs aux débouchés possibles dans ce pays. L'Allemagne, qui reste notre premier partenaire économique, est pourtant réputé comme étant très difficile à aborder. Question de mentalité, sans doute ? « Pour éviter les malentendus, il faut savoir comment l'autre fonctionne, explique Geneviève Champeau-Bréhier. Les Allemands sont très ponctuels, au contraire des Français en général, et quand ils s'engagent, ils ne reviennent pas leur décision. Il y a beaucoup de points communs entre les Allemands et les Japonais de ce point de vue-là ».
Celle qui a « appris l'allemand dans la rue » garde finalement un peu cet esprit. Pour la consule honoraire d'Allemagne à Brest, il ne faut jamais laisser tomber quand on a une idée en tête. « Mon père m'a toujours dit que quand tu as promis, tu dois aller jusqu'au bout » s'amuse-t-elle à rappeler. Raison de plus lorsque les intérêts d'un pays qu'on aime sont en jeu. Chez Geneviève Champeau-Bréhier, femme de conviction mais aussi de simplicité évidente, si la passion n'a pas de frontière, elle ne prend pas non plus de vacances...


Contact : Maison de l'Allemagne : 105 rue de Siam, 29200 Brest (02 98 44 64 07, site internet : www.mda.infini.fr) et consulat (02 98 43 32 53, à la même adresse).



Geneviève Champeau-Bréhier et son équipe préparent un grand événement pour marquer, à l'automne prochain, le 20è anniversaire de la chute du Mur de Berlin.


Christophe Pluchon

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