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16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 22:37

Miel de ronce, de sarrazin ou encore de bruyère... Le mois dernier, Annie et Jean-Charles Daniel ont soufflé la vingtième bougie de la Miellerie de Huelgoat. Dans les 800 ruches qu'il exploite dans les Monts d'Arrée et en Limousin, le couple récolte chaque année 15 à 20 tonnes de miel.

Miel. Un mot magique, qui évoque la douceur mais aussi le sucré d'une préparation on ne peut plus naturelle, confectionnée par les abeilles à partir du nectar des fleurs. Jean-Charles Daniel s'intéresse au travail des abeilles depuis son adolescence. C'est son grand-père sabotier qui lui donne le virus. Il faut dire que par le passé, avoir quelques ruches était monnaie courante tant à la campagne qu'en bordure des villes. « J'ai fait mes premières ruches à l'âge de 14 ans » raconte Jean-Charles Daniel. A 19 ans, il passe le concours d'entrée en école d'apiculture à Laval, et suit différents stages. L'un d'entre eux le mène au Canada, où il s'occupe pendant un an d'une exploitation de 1 200 ruches. BEPA et expérience professionnelle en poche, plus rien ne s'oppose à ce que Jean-Charles Daniel et son épouse Annie vivent enfin de cette passion, à partir de 1988.

Si l'entreprise se dresse juste en face du célèbre chaos d'Huelgoat, dans la maison du grand-père dont le couple a hérité, il faut quitter la ville pour voir enfin les abeilles. Les époux Daniel possèdent quatre cents ruches en plein coeur des Monts d'Arrée. Cette région, « assez préservée car il y a eu peu de remembrement », permet, explique Annie Daniel, de récolter jusqu'à sept sortes de miel grâce aux nombreuses fleurs sauvages qui y poussent (miel d'aubépine, fruitier, ronce, bruyère, toutes fleurs, sarrasin, et enfin lierre – un miel très rare). Et comme la qualité et la quantité dépendent essentiellement de la floraison et donc du soleil, les apiculteurs ont acheté il y a une dizaine d'années un corps de ferme dans le Limousin pour y installer quatre cents ruches supplémentaires. « Pour suivre la floraison des fleurs, nous pratiquons la transhumance et nous descendons tous les ans nos ruches. Nous extrayons là-bas du miel de tournesol, d'acacia, de châtaignier ou encore de bruyère arborescente » explique Annie Daniel. Les terrains fleuris dans lesquels évoluent les abeilles n'appartenant pas au couple mais à des agriculteurs ou à des particuliers, la saison se termine souvent par des petits cadeaux, genre panier garni avec l'incontournable pot de miel. « Il n'y pas d'histoire d'argent. C'est un échange de bons procédés » affirme Jean-Charles Daniel.

Quinze récoltes sont pratiquées d'avril à octobre. C'est un travail de tous les instants car il faut recueillir le miel au bon moment, quand son taux d'humidité n'est pas trop élevé. Après son extraction des alvéoles (par force centrifuge), il est filtré, puis mis en bocal. Ces deux dernières années, si les récoltes n'ont pas été du plus haut niveau à cause d'une météo discutable, la petite exploitation n'a pas pour autant perdu sa clientèle. Depuis longtemps, elle a su fidéliser une grande quantité d'amateurs de miels grâce à des produits accessibles et de qualité, « loin, précise Annie Daniel, du goût basique de leurs homologues d'importation ». Le miel est un produit naturel et à ce titre, il ne bénéficie pas en France du label agriculture biologique. Les normes concernant le traitement des fleurs que les abeilles butinent sont aussi plus strictes dans notre pays. « Nous n'avons pas le droit de traiter pendant la floraison. Nous le faisons à l'automne » justifie Annie Daniel. C'est certainement grâce à cette exigence de qualité que les apiculteurs d'Huelgoat ont su se faire une place dans plusieurs grandes surfaces finistériennes. « Les grands distributeurs sont prêts à mettre le prix car les produits régionaux ont le vent en poupe. Pour notre part, nous préférons la diversité à la quantité ».

Cinq personnes travaillent à la Miellerie de Huelgoat, pour la partie production et pour la partie commercialisation. Dans la boutique, au rez-de-chaussée sont proposées à la vente les différentes sortes de miels, ainsi que des friandises et des gâteaux confectionnés à base de la précieuse semence, comme ces florentins au beurre salé et au miel. Même le chouchen est présent sur l'étal, mais il ne vient pas de l'exploitation.

Le public, composé de scolaires, d'autochtones et de touristes, peut voir les abeilles évoluer dans une ruche. Divers panneaux montrent leur rôle dans la pollinisation, ainsi que les bienfaits du miel sur l'organisme. « Pour prévenir les maux de gorge, on peut prendre deux petites cuillerées de miel de ronce dans la journée. Comme désinfectant urinaire, on consommera plus volontiers du miel de bruyère. Le miel donne aussi du tonus le matin et calme le soir » explique l'apicultrice. Il y a enfin un message, alarmiste celui-là, que les patrons de la miellerie s'autorisent à chaque fois à passer aux visiteurs. Il a trait aux conséquences de l'utilisation des pesticides sur les cultures, même si le centre-Finistère est relativement préservé par rapport à d'autres régions de France. Le Gaucho et le Régent étaient déjà accusés par la profession de détruire les abeilles. Aujourd'hui, la polémique enfle autour d'un nouveau produit phytosanitaire, le Cruiser, autorisé depuis fin janvier sur le marché français pour une période probatoire d'un an. « Une partie du monde agricole sait que l'abeille est importante pour l'équilibre de notre écosystème. S'il y a moins d'insectes pollinisateurs comme les abeilles ou les papillons, il y a aussi moins de fruits » lâche Jean-Charles Daniel. L'apiculteur dénonce également la commercialisation, dans plusieurs pays, de maïs à base d'organismes génétiquement modifiés. « Dans le Land de Bavière en Allemagne, les apiculteurs se sont vus interdire la vente de leur miel en raison des risques pour la santé » ajoute-t-il.

Malgré ces contraintes qui pèsent sur son activité, le couple garde le moral. Pour rien au monde, il ne changerait sa situation. Si la ferme apicole a pu grandir, c'est d'abord grâce au désir d'un homme de vivre de sa passion. L'histoire ne s'arrête pas là : « avant de rencontrer mon mari, je n'avais jamais mangé de miel » plaisante Annie Daniel. Comme quoi il n'est jamais trop tard pour faire le bon choix...

 


Contact : Miellerie de Huelgoat, 5 route de la roche tremblante, 29690 Huelgoat

Tél : 02 98 99 94 36

Internet : www.mielleriedehuelgoat.com

 

Les 18 et 19 octobre 2008, Annie et Jean-Charles Daniel tiendront un stand au salon des vins et de la gastronomie d'Huelgoat (salle Corentin Tymen)

 

 

Christophe Pluchon (octobre 2008)

 

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