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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 11:37

Le 1er mai 2006, Estelle Guille des Buttes-Fresneau a pris la direction du musée municipal de Pont-Aven. La ville lui confié pour mission de redynamiser la structure et de mener à bien son agrandissement après le départ en retraite de Catherine Puget.

« A six ans, quand on me demandait ce que je voulais faire pendant mes vacances, je répondais : visiter les châteaux de la Loire ! » Ces joyaux du patrimoine français, Estelle Guille des Buttes-Fresneau les parcourt de long en large pendant toute sa jeunesse, dans la région d'Alençon. Sa soif d'apprendre l'amène à lire des dizaines d'ouvrages sur la construction architecturale, le mobilier et l'histoire des grandes familles françaises. Son père, passionné de peinture, l'entraîne aussi régulièrement dans les musées du monde entier.

Le destin semble donc tout tracé pour cette adolescente attirée par les belles choses. Pourtant, c'est au métier de diplomate qu'elle se destine dans un premier temps. Elle s'inscrit en Sciences Politiques à Paris et parallèlement à ses études, suit les conférences sur la peinture à l'Ecole du Louvre toute proche. Le choix définitif entre ces deux disciplines s'opère après une rencontre avec le conservateur du musée des Beaux-Arts et de la Dentelle à Alençon. « Il m'a dit que Sciences Po m'apporterait un bon sens de l'histoire et de la sociologie, et que ça faciliterait des études en art. Plus le temps passait, plus c'était un besoin qui revenait » se souvient-elle.

Estelle Guille des Buttes-Fresneau passe alors son concours d'entrée à l'Ecole du Louvre et pendant sa première année, termine son cursus en Sciences Politiques en vue du diplôme. Nous sommes en 1998 et elle a 22 ans. « J'ai opté assez vite pour la profession de conservateur, peut-être parce que j'y voyais des similitudes avec le métier de diplomate. Il faut user de diplomatie pour présenter des projets et obtenir des soutiens ».

Après sa formation et une spécialisation en art du 19è siècle, Estelle Guille des Buttes-Fresneau intègre l'Institut National du Patrimoine pour y apprendre son métier. « Dans cette école, on retrouve des collègues des Archives, des Monuments Historiques, parfois des bibliothèques. C'est un réseau très précieux pour la suite de nos activités » explique la responsable du musée de Pont-Aven. Durant dix-huit mois, elle reçoit une formation en gestion administrative, en gestion des ressources humaines et elle suit des stages pratiques sur le terrain, en France et à l'étranger. « J'ai un très bon souvenir de mon passage à The Art Institute of Chicago. Les musées américains fonctionnent différemment des musées français. Par exemple, là-bas, les équipes de restaurateurs sont intégrés aux équipes de musées. Cela permet de faire face aux urgences quand une oeuvre est victime de dégradations. L'engagement des bénévoles est fort également. Cette rencontre entre les professionnels des musées et la société civile forme une belle osmose ».

En juillet 2003, Estelle Guille des Buttes-Fresneau est recrutée par la ville de Laval en qualité de directrice des musées. Ce poste lui permet de développer ses connaissances sur l'art naïf et la peinture du Douanier Rousseau. Au printemps 2006, elle est embauchée par la municipalité de Pont-Aven pour prendre la suite de Catherine Puget. Le jeune conservateur, alors âgée de 30 ans, avoue se retrouver plus en phase avec sa passion pour l'art du 19è siècle. Oeuvrer dans la cité des peintres ne l'effraie nullement. Estelle Guille des Buttes-Fresneau considère que « chaque étape dans un parcours professionnel est riche d'enseignements ». Elle insiste sur le fait que Catherine Puget a « créé et dirigé le musée de Pont-Aven durant 23 ans, c'est-à-dire depuis son ouverture, et qu'il ne faut pas trahir son esprit ».

Pourtant, c'est un sacré challenge qui attend la jeune femme. Le conseil municipal de Pont-Aven lui demande de travailler sur le projet d'agrandissement du musée. Extension dans les locaux de la mairie attenante, ou déménagement sur un autre site ? « Je n'ai pas de préférence. J'ai achevé la rédaction du projet scientifique et culturel. C'est désormais à l'Etat de se prononcer pour lancer l'étude de programmation. Il faudra ensuite l'aval de la Direction des Musées de France pour pouvoir entreprendre des travaux » précise Estelle Guille des Buttes-Fresneau. L'objectif est de doubler voir de tripler les surfaces, près de 850 m2 actuellement dont 350 m2 de salles d'expositions, pour pouvoir montrer une partie des oeuvres entreposées dans les réserves, et ouvrir une salle pédagogique pour les enseignants qui viennent avec leurs élèves. « Le musée est un plus pour la ville, c'est son moteur, poursuit le conservateur. Il est né de la volonté de la société de peinture de Pont-Aven, devenue l'association des Amis du Musée. La collection est d'abord celle des habitants, c'est un héritage commun ». Estelle Guille des Buttes-Fresneau regrette qu'on ne sensibilise pas de manière systématique les enfants au monde de l'art. « Ca forme pourtant l'esprit, et ça peut être transposé à d'autres activités, par exemple pour accepter la différence. Les oeuvres parlent à tout le monde, regardez la Joconde : elle fascine mais on ne sait pas pourquoi ».

Si Estelle Guille des Buttes-Fresneau donne de temps en temps des conférences sur l'histoire de l'art à l'université de la Sorbonne à Paris, elle écrit aussi dans des revues spécialisées et participe à la rédaction de catalogues d'exposition et d'ouvrages sur la peinture et les peintres*. A défaut de manier elle-même le pinceau, elle confie avoir une passion pour les estampes japonaises. Au début de l'été, elle s'est aussi remise au piano, une activité qu'elle avait pratiquée pendant son adolescence mais qu'elle avait du abandonner pendant ses études. Si elle écoute beaucoup de musique classique, elle ne délaisse pas les artistes contemporains, de Barbara à Matmatah, l'éventail est large !

« Déterminée mais aussi impatiente », selon ses propres mots, Estelle Guille des Buttes-Fresneau se félicite d'avoir la confiance des élus et de l'association des Amis du Musée pour développer ses projets. Elle peut aussi s'appuyer sur le classement dressé en juin par la revue « le journal des arts » : sur 334 musées, celui de Pont-Aven est inscrit au 54è rang en terme de fréquentation (il était en 72è position l'an dernier). Chaque année, ses portes sont franchies par plus de 40 000 personnes. Les oeuvres de Paul Signac, présentées cet été et véritable coup de coeur d'Estelle Guille des Buttes-Fresneau, ont été vues par 25 000 visiteurs.

Du 11 octobre au 5 janvier, la jeune femme livrera au public du musée sa 8è exposition en tant que conservateur du musée de Pont-Aven. « Deyrolle/Guillou, généalogie d'artistes » fera la part belle à ces deux familles de la région de Concarneau qui ont marqué l'histoire de la peinture, aux 19è et 20è siècle. La quarantaine d'oeuvres retenue illustre leur attachement à la Bretagne, à travers des scènes de la vie paysanne et maritime.



Contact :

Musée des Beaux-Arts, place de l'Hôtel de ville, 29930 Pont-Aven

Tél 02 98 06 14 43

www.pontaven.com



*Les éditions Gisserot viennent de publier « Pont-Aven et ses peintres », un ouvrage grand-public qui, à travers 70 oeuvres-clé du musée, explique la naissance et l'influence de l'école de Pont-Aven.



Christophe Pluchon

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