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28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 22:30

Chaque été, le pardon de Saint-Mathieu à Plougonvelin attire entre 800 et 1 000 de personnes le premier dimanche d'août. Sur ce lieu majestueux, face à l'océan, l'ancienne abbaye garde encore la trace des premiers moines qui, à en croire la légende, s'y seraient installés dès VIè siècle.


Ce n'est certainement pas un hasard si Marie-Claire Cloatre, professeur d'histoire aujourd'hui en retraite, a participé à la création de l'association « Les amis de Saint-Mathieu » au début des années 70. A cette époque, le maire René Le Gall et le chanoine Albert Villacroux affichent comme elle une volonté farouche de défendre le site, coincé entre un phare haut de 58 mètres et un sémaphore. « Quand il est arrivé comme recteur, le père Villacroux a été frappé par la beauté de ce monument. Il a estimé qu'il fallait faire quelque chose sur le plan religieux » explique Marie-Claire Cloatre. L'association a organisé en 1994 un colloque scientifique avec le Centre de Recherche Bretonne et Celtique. Elle a également ouvert un musée, qui fut transféré en 1998 dans l'ancienne maison des gardiens de phare. Près de 3 000 personnes s'y pressent chaque année pour découvrir l'histoire de l'abbaye sous la forme de panneaux, d'une maquette et d'une vidéo.

Si les parties les plus anciennes de l'église abbatiale sont d'époque romane et remontent au XIè siècle, un récit légendaire attribue à Saint Tanguy la fondation d'un monastère celtique en l'honneur de St Mathieu cinq cents ans plus tôt. Au cours du Moyen-Age, l'abbaye subit de nombreuses transformations, puis elle est déclarée « bien national » à la Révolution. Les quatre derniers moines sont contraints de quitter le site en 1791. L'édifice est vendu en 1796 pour servir de carrière de pierres, et il est déclaré « Monument historique » en 1867. Récemment, la communauté de communes du Pays d'Iroise a accepté de prendre en charge son fonctionnement.

En 1971, une première messe est donnée sous la voûte de l'abbaye en l'honneur de Saint Mathieu. La tradition se perpétue désormais chaque été et c'est l'association, que Marie-Claire Cloatre préside aujourd'hui, qui organise le pardon en collaboration avec l'ensemble paroissial Penn-Ar-Bed. « En 1994, dit-elle, nous avons brodé une bannière avec l'aide du club féminin de Plougonvelin. Nous avons profité de la présence de moines de Landévennec dont l'abbé Cochou pour la faire bénir. Nous avons uniquement une croix et une bannière pour le pardon ».

C'est toujours la même joie qui anime les « pardonneurs » (participants aux pardons), autour de l'ancienne abbaye. Pourtant, dans la revue « Patrimoine religieux en Bretagne » édité par le Conseil Régional en 1996, Georges Provost souligne qu'aujourd'hui, les motivations ne sont pas seulement religieuses. « Restaurer chapelles et pardons, arborer les costumes traditionnels, c'est aussi une manière de raviver autour d'un patrimoine commun les liens entre habitants d'un quartier ». Paul Berrou, directeur diocésain des pèlerinages, ajoute qu'il n'est pas nécessaire d'être croyant pour rendre le lieu accueillant. « Quand ceux qui viennent n'ont aucune notion de liturgie, de célébrations en église, ils se sentent chez eux : on se laisse porter par la prière, les chants des autres et on se met à participer, parce que c'est beau, et on a aucun compte à rendre. L'individu vient puiser à une source qu'il pressent commune à tous ».

C'est vrai qu'au fil du temps, les pardons bretons ont pris différents visages. Celui des chevaux est largement suivi à Saint-Eloy, et les bénédictions de la mer ne datent que du XIXè siècle. Que dire encore du pardon des motards qui se tient chaque 15 août à Porcaro dans le Morbihan ? « Aujourd'hui, l'essentiel est de participer même si on ne sait pas toujours très bien à quoi. Chacun a au fond de lui une recherche inassouvie, une attente » explique encore Paul Berrou. Fête religieuse ou fête profane, si les pardons attirent toujours beaucoup de monde, ils ne reflètent pas la baisse de la pratique de la foi dans le diocèse. Le père Gélébart, curé de l'ensemble paroissial Penn-Ar-Bed, avoue avoir été surpris par la fréquentation la première année qu'il a célébré le pardon de Saint-Mathieu. Touristes et autochtones, ils sont à chaque fois près d'un millier à suivre la bannière et à fouler le sol de l'église abbatiale. « Quand je vois certaines personnes arriver, le siège pliant sous le bras, le chapeau sur la tête, équipés du panier pique-nique, je devine les habitués prévoyants, les vieux routards voletant de pardon en pardon. L'atmosphère est toujours bon enfant » dit-il.

Jean-Louis Le Floc'h, dans « Pardons en Finistère » (publié en 1988 avec Chrétiens Médias 29), revient sur le qualificatif de « pardon », « nom étonnant, paradoxal, un nom français donné à une réalité typiquement bretonne : un mot évocateur de pénitence pour désigner une fête ». L'auteur explique que le mot « pardon », apparu au XIVè siècle, « désignait à l'origine les indulgences dont on pouvait bénéficier le jour de la fête patronale. Il ajoute qu'il nous est « difficile de saisir les raisons et le contexte de l'apparition massive du phénomène pardon dans la vie religieuse de notre Basse-Bretagne. Tout ce que nous pouvons constater, c'est qu'il possède des racines lointaines et solides, et qu'il s'agit d'une manifestation populaire totalement intégrée dans la vie sociale de nos ancêtres ».  

La messe sera célébrée à partir de 11 heures à Saint-Mathieu ce dimanche 3 août. Le départ en procession se fera depuis la chapelle. Et compte tenu de son poids, « ce sont des hommes qui porteront la bannière ! » assure Marie-Claire Cloatre. Ce jour-là, il y aura aussi quatre baptêmes et deux premières communions. Jean-Paul Gélébart se félicite de la portée de ces « événements familiaux célébrés dans un cadre communautaire ». « Des enfants, certains en âge scolaire, disant avec leurs mots leur souhait d'être baptisés, d'autres recevant pour la première fois la communion, d'autres personnes célébrant leurs noces d'or, des jeunes se fiançant et des familles faisant mémoire de leurs parents défunts... Tout cela dans une même cérémonie peut paraître lourd, mais curieusement l'accueil est chaleureux, prend une allure de témoignage, et chacun se sent membre d'un ensemble et peut dire par la suite qu'il y était ».


Christophe Pluchon (juillet 2008)



Voici une liste non-exhaustive d'autres pardons à vivre en ce mois d'août 2008 dans le département :

Dimanche 3 : Bannalec (Eglise Blanche), Cast (Notre-Dame de Quillidoaré), Sibiril (église paroissiale)

Dimanche 10 : Arzano (chapelle Saint-Laurent), Plouézoc'h (Saint-Antoine), Plozévet (Saint-Démet)

Vendredi 15 août : Clohars-Fouesnant (Notre-Dame du Drennec), Ile Molène (Notre-Dame et Saint-Renan), Plounéour-Ménez (abbaye du Relec)

Dimanche 17 : Bénodet (avec bénédiction de la mer), Carantec (Notre-Dame de Callot), Melgven (chapelle de Bonne-Nouvelle)

Dimanche 24 : Châteauneuf-du-Faou (Notre-Dame des Portes), Lannilis (chapelle St Eluminat), Le Cloître St-Thégonnec (Saint Barnabé)

Dimanche 31 : Audierne (Saint Raymond), Loperhet (Sainte Brigitte), Plonévez-Porzay (Sainte-Anne-La-Palud), Saint-Jean-Trolimon (église paroissiale)


La liste complète des pardons est disponible sur le site internet du diocèse de Quimper et Léon dans la rubrique Patrimoine : http://catholique-quimper.cef.fr/


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