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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 20:22

Pour Job An Irien, la culture bretonne doit servir de tremplin pour faire découvrir la foi chrétienne aux habitants de notre région. Le fondateur du centre spirituel Minihi-Levenez à Tréflévenez près de Landerneau a écrit de nombreux cantiques en breton, et reçu en 2007 le Collier de l'Ordre de l'Hermine pour son action en faveur de la langue.

« J'ai été construit grâce au breton ». Ces simples mots pourraient suffire à résumer l'itinéraire de Joseph Irien, prêtre du diocèse de Quimper et Léon. Avec sa barbe blanche, sa pipe et son béret, il a comme une allure de pêcheur. D'ailleurs, dans ses filets, il remonte toujours la même prise de conscience : le fait que la langue bretonne a failli disparaître au nom de l'unité de la France.

Deuxième d'une famille de cinq enfants, Job An Irien voit le jour en 1937 à Bodilis. La première partie de sa vie se déroule dans la ferme familiale, dans le hameau de Coat-Reun, aujourd'hui en partie englouti par la base aéronavale. Un mélange de tradition et de modernité... « J'ai gardé les vaches où roulent les avions aujourd'hui ! se souvient-il. C'était un autre monde. Le sol était en terre battue, nous dormions dans des lits-clos et nous nous éclairions à la lampe à pétrole ». Job An Irien ne renie pas cette période au nom de l'esprit de solidarité et de communauté qui y régnait. « Pour les battages, nous nous donnions un coup de main, et pour le Nouvel An, nous allions de maison en maison fêter la Bonne Année. Il y avait un côté festif qui a pratiquement disparu aujourd'hui ».

Dans cette société « facile à vivre malgré les difficultés à cause des maladies », le futur prêtre est très vite confronté à la guerre, si bien que sa scolarité ne commence pas avant l'âge de sept ans. « J'estime avoir eu de la chance d'être entré tard à l'école, car pendant ce temps-là j'ai découvert beaucoup de choses dans la nature, le contact avec les gens... On parlait énormément et j'écoutais ».

Job An Irien ne sait pas trois mots de français quand il entre pour la première fois à l'école primaire de Bodilis. Il n'y reste qu'un an, le temps d'y subir la honte du symbole, cette pièce accrochée au cou de l'enfant qui a l'audace de parler breton pendant la récréation. « Ce fut une chose impossible à digérer, se rappelle Job An Irien. Je ne comprenais pas pourquoi ce qui était bon à la maison ne l'était pas à l'école. Parler français à mon frère ? Mais quelle drôle d'idée ! » C'est aussi à cette période-là qu'il fait connaissance avec le père Henri Normand. « Il s'occupait de nous au catéchisme. Je pense que ma vocation de prêtre est née de cette rencontre. Il avait subi une opération du thorax, et avait tout lieu d'être tristounet. Or, il était très généreux et se distinguait par sa joie de vivre ».

La scolarité de Job An Irien se poursuit à l'école Saint-Joseph de Landivisiau, où il est déjà pensionnaire, puis au collège à Saint-Pol de Léon. Au Kreisker, il fait l'expérience du scoutisme et devient chef de patrouille. En 1954, il participe à un Bleun Brug (« Fleur de bruyère »), une fête organisée par ce mouvement culturel et religieux fondé par l'abbé Perrot cinquante ans auparavant. Ce rendez-vous est décisif. « Nous avions mis sur pied une petite chorale, se rappelle Job An Irien. Ce concours m'a appris à mieux connaître les chants en breton. Je pense aussi que le Bleun Brug a amené en moi la capacité d'écrire ». Quelques mois plus tard a lieu l'entrée au séminaire de Quimper. Là encore, Job An Irien s'étonne du peu de place fait à la langue et à la culture bretonnes. « Dans la bibliothèque du séminaire, j'ai trouvé bon nombre d'ouvrages sur l'histoire de la Bretagne. Il y avait quelque chose qui ne collait pas : on nous avait toujours présenté Charlemagne comme étant le grand personnage pour la Bretagne. Or, dans les livres, je lisais qu'il en était l'oppresseur. Pourquoi nous avait-on menti ? »

A Pont-Croix où il exerce comme prêtre mais aussi comme animateur de loisirs, Job An Irien fait participer les enfants et les adolescents aux concours scolaires du Bleun Brug. Il rencontre Michel Scouarnec avec qui il écrit des chansons. « Par le biais extra-scolaire, les enfants apprenaient le breton car la place de la langue à l'école était nulle ». Puis il est nommé aumônier de lycée à l'Harteloire à Brest et là, même chose, il essaie d'imprégner les jeunes de ses valeurs concernant l'histoire, la langue, la musique et la littérature bretonne. Job An Irien est aussi l'un des initiateurs des « Cahiers du Bleun Brug » en 1978. Dès le départ, il a en charge la littérature bretonne, présentée en breton et en français. « Quelquefois je n'avais pas de texte, alors je prenais ma plume. J'ai ensuite adapté certains écrits sous forme de chansons » se souvient-il.

L'aventure de la revue s'éteint en 1984 et donne indirectement naissance au centre spirituel Minihi-Levenez à Tréflévénez. C'est un lieu de silence, de retraite, pas très loin des voies rapides. « Dès 1982, lors d'une récollection à Landévennec, des jeunes ont souhaité qu'il y ait dans le diocèse, une maison dans laquelle ils pourraient se retrouver pour réfléchir et prier en breton. La même année, Mgr Gourvès, alors vicaire général, est venu me trouver. Il était très motivé par cette idée ». Mgr Barbu créé le Minihi-Levenez, en 1984.

Une petite communauté de cinq personnes s'installe dans l'ancien presbytère. Des parents d'enfants nouvellement entrés au collège Diwan contactent Job An Irien pour faire de la catéchèse en breton. Le prêtre devient aumônier des collèges de Kerhuon et de Guissény, puis du lycée de Carhaix. « J'ai reçu quelque chose que je considère comme un trésor : ma foi exprimée selon la culture religieuse bretonne, et il est normal que je la transmette si l'occasion se présente. Dans cette même optique, il est de mon devoir de donner des cours de breton au Minihi-Levenez » insiste-t-il. Et bien que bâti grâce à la langue, Job An Irien ne se qualifie pas pour autant de « militant » de la cause bretonne. Il met le mot entre guillemets, à cause de son côté « excessif ».

Outre les cours de breton, le centre spirituel organise régulièrement des conférences sur le patrimoine religieux finistérien, ainsi que des pèlerinages en Terre Sainte et dans les pays celtiques. Du 14 au 21 juin, un groupe partira sur les traces des saints bretons en Cornouailles britannique. « Nous avons partagé la même spiritualité et quand on a vu l'emplacement d'un ou deux petits monastères là-bas, on comprend mieux pourquoi chez nous ça s'appelle Lan » explique le prêtre du diocèse de Quimper et Léon. Quatre fois par an, Minihi Levenez diffuse aussi une revue à cinq cents abonnés, et produit des cantiques en bretons. Enfin, Job An Irien collabore chaque semaine au Progrès de Cornouaille, au magazine Ya et à la radio RCF Rivages.

En le décorant du collier de l'Ordre de l'Hermine, l'Institut Culturel de Bretagne a récompensé l'an dernier ce prêtre qui s'est tant investi pour sa région. Flatté par cette distinction, Job An Irien n'en est pas moins troublé car d'autres que lui, à son avis, auraient mérité de la recevoir, comme par exemple l'abbé Roger Abjean. « Il a tant fait pour les chorales bretonnes et pour que les cantiques retrouvent de l'intérêt » dit-il.

L'avenir du centre spirituel Minihi Levenez est-il lié à celui de la langue bretonne ? Job An Irien avoue avoir des difficultés à trouver des jeunes qui soient à la fois bretonnants et chrétiens pour prendre la relève. Son argument « c'est par la culture que la foi nous vient » fera-t-il mouche ?


Christophe Pluchon

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commentaires

loaec alain 11/02/2015 11:17

Bonjour; Je fais de la lecture en breton à la maison de retraite de Pleyber Christ,et souvent je leur lis votre article qui paraît dans la revue"ya"que je trouve intéressant. Pouvez-vous me conseiller d'autres lectures, sachant que ce sont des personnes issues du milieu campagnard,parfois en perte de repères. Je vous remercie d'avance.

Patrick 26/05/2009 19:47

Job An Irien est également l'auteur de la "Cantate pour la Paix", mise en musique par René Abjean et orchestrée par Yvan Cassar.Une oeuvre monumentale interprétée, dans sa totalité ou partiellement, par de nombreuses chorales.