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  • : Christophe Pluchon. Journaliste et photographe dans le Finistère, je parcours le département à la recherche des plus beaux paysages, naturels et patrimoniaux (tirages disponibles à la vente). Je vous propose aussi sur ce site, la lecture de quelques-uns de mes articles, parus dans l'hebdomadaire Courrier du Léon-Progrès de Cornouaille et diffusés sur la radio RCF Rivages.
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Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages (le naufrage de l'Amoco Cadiz en 1978) :




Michel Glémarec a publié voici quelques semaines un ouvrage grand public dans lequel il retrace les grandes dates de l'océanographie marine jusqu'en 1975. Ce scientifique retraité du CNRS à Brest a contribué au lancement d'Océanopolis. Il s'est aussi fortement impliqué lors des marées noires de l'Amoco Cadiz et de l'Erika.

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Michel Glémarec appartient à cette catégorie de scientifiques qui a la communication dans la peau. Il enthousiasme à coup sûr son public quand il relate son parcours, glissant ça et là des anecdotes savoureuses. Et c'est avec une certaine tendresse que son ami Jean-Paul Hellequin parle de ce grand pédagogue qui fut l'un des premiers adhérents de son association Mor Glaz pour des mers plus propres. «Quand on a un problème à traiter comme le démantèlement des navires, moi je parle d'emploi, et lui d'environnement. Il est la matière grise de l'association ».

Modeste, Jean-Paul Hellequin avoue avoir compris 50% du livre du scientifique sur la biologie marine. C'est l'un des seuls ouvrages réellement accessible au plus grand nombre. On y apprend pourquoi la France, pays instable au plan politique, n'a pas beaucoup investi dans la recherche avant le milieu du 20è siècle. « Bien sûr, explique Michel Glémarec, il y a les Circum Navigation avec d'Entrecasteaux, Bougainville, Lapérouse, mais ils sont tous botanistes au début car il faut ramener des plantes pour la pharmacopée. En 1885, le Prince Albert 1er de Monaco commence ses expéditions, construit des filets à plancton et trouve des poissons en profondeur. C'est lui qui finance la recherche. Au début du XXè siècle, la pensée écologique apparaît et avec elle l'océanographie marine. Un réseau de stations se monte alors un peu partout en France ».

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, une autre grande figure apparaît, le commandant Jacques-Yves Cousteau, et avec lui le scaphandre autonome et le besoin de faire connaître l'univers sous-marin. « Le film de Louis Malle, le monde du silence, crée un choc émotionnel à sa sortie en 1953. Tout le monde veut faire de la biologie marine mais il n'y a pas beaucoup de postes ». Le Général de Gaulle donne l'ordre de développer la puissance de la France sur les océans en créant le Comexo (devenu depuis l'Ifremer), en faisant construire le Jean Charcot et en armant des bateaux comme la Calypso.

Michel Glémarec met les pieds très tôt dans cet univers fait de cuvettes et de microscopes. Ainsi, le laboratoire de Roscoff lui est rapidement familier. « Les marins et les scientifiques avaient connu mes grands-parents. J'étais lycéen et pendant mes vacances, j'apprenais avec les étudiants parisiens venus préparer l'agrégation. Je savais même le nom breton de beaucoup d'animaux ! Cela m'a permis de rentrer à la faculté à Rennes ». Le professeur Gaston Richard, fondateur de la station de biologie terrestre de Paimpont, qui veut lancer la biologie marine à partir de la capitale bretonne, remarque Michel Glémarec et lui confie une mission dans le golfe du Morbihan. « J'avais l'impression de partir au bout du monde » se souvient le scientifique. S'enchaînent ensuite les campagnes dans la grande vasière, la formation d'étudiants quelque peu rebelles en 1968, une soutenance de thèse l'année suivante, et la création à Brest du laboratoire d'océanographie biologique du CNRS. « J'ai été muté à Brest et à ce moment-là Ifremer est arrivé. J'aurais pu l'intégrer et faire de l'écologie abyssale, mais j'ai préféré l'écologie des systèmes côtiers à l'université. La seule façon de percer dans cette faculté encore petite était de s'intéresser à l'économie locale. Nous avons par exemple été en sous-traitance d'Ifremer pour l'étude des problèmes liés aux implantations de centrales nucléaires comme Plogoff et Erdeven ».

La catastrophe de l'Amoco Cadiz, en 1978, laisse des traces chez Michel Glémarec. « C'est quinze ans de ma vie, dit-il. Ca me colle à la peau. Nous avions déjà oeuvré pour le Torrey Canyon et nous savions ce qu'il fallait faire. 600 étudiants travaillaient chaque jour et nous les rétribuions avec les dons reçus par les associations». Michel Glémarec découvre le monde des assurances et la pugnacité du maire de Ploudalmézeau Alphonse Arzel et des représentants des communes bretonnes touchées, tous désireux de gagner le procès de Chicago contre la Standard Oil.

L'aventure d'Océanopolis constitue une autre étape importante du parcours du scientifique brestois. C'était il y a trente ans. « Le maire de Brest, Francis Le Blé, m'a demandé d'organiser un congrès chaque année sur le thème de la mer. Le projet Océanopolis est parti de là. J'ai monté le dossier avec des gens de mon labo comme Eric Hussenot, l'actuel directeur d'Océanopolis, et j'ai fait le jeu politique nécessaire. L'objectif était de montrer des animaux marins dans l'esprit Cousteau, pour émouvoir le public. C'est devenu un vrai centre pédagogique ». En terme de fréquentation, les premières estimations tablent sur 60 000 visiteurs annuels, soit huit fois moins qu'aujourd'hui.

Dans le milieu scientifique, c'est un peu comme dans le bâtiment. On parle volontiers de compagnonnage et il ne faut pas s'étonner qu'Eric Hussenot voit en Michel Glémarec l'un de ses maîtres à penser. « Il fait partie des gens peu nombreux qu'on a envie de suivre. Il m'a appris à raconter les histoires. Il a du charisme, il s'est impliqué dans la société et ce n'est pas fréquent » dit-il. Même commentaire de la part de Pierre Maille, président du Conseil Général qui, lorsqu'il était aux manettes de la ville de Brest, fut l'un des premiers à se rendre au laboratoire de Michel Glémarec victime d'un incendie. « Il a toujours considéré que sa grande expertise scientifique devait être mise au service de la protection de l'environnement ». Michel Glémarec doit aussi beaucoup à Pierre Drach dont il fut l'élève. Ce grand résistant fut le sous-directeur de la station biologique de Roscoff de 1957 à 1964. « J'ai découvert que tous ces gens ne parlaient pas de ce qu'ils avaient vécu pendant la guerre. C'étaient des humanistes. J'ai essayé de suivre ma carrière sur ce modèle, en maintenant ces relations humaines » explique le scientifique brestois.

Michel Glémarec est un grand bonhomme aux compétences reconnues dans le monde entier. Il ne s'ennuie pas pendant sa retraite puisqu'il fait régulièrement des communications dans le cadre de l'université du temps libre. Il s'occupe aussi de l'espace des sciences à Morlaix, et il est expert qualifié à la commission mer du comité économique et social de Bretagne, Il ne se lasse d'ailleurs pas de cette dernière fonction puisqu'il envisage de repartir pour un nouveau mandat de cinq ans. Quant à Jean-Paul Hellequin, il effectue actuellement des démarches pour que Jean-Paul Glémarec soit fait officier dans l'ordre national du mérite. Les deux hommes ne suivent-ils les mêmes idéaux concernant la protection des océans ?

Le livre de Michel Glémarec « Qu'est ce que la biologie marine (de la biologie marine à l'océanographie biologique) » est paru chez Vuibert-ADAPT/SNES au prix de 19 €.

 

Christophe Pluchon



Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages (le naufrage de l'Amoco Cadiz en 1978) :


 


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