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21 septembre 2007 5 21 /09 /septembre /2007 07:20

 

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :




Le 5 octobre 2007 à 15h30, l'espace Photo-Cinéma de la médiathèque de Bourg-Blanc sera inauguré. Voulu par la municipalité, ce lieu unique en Bretagne regroupe une partie de la collection d'Yves Simon, un ancien postier de 73 ans passionné d'appareils. Avant de faire un legs à la commune, il gardait chez lui précieusement un peu plus de trois mille Foca, Rolleiflex et autres chambres en bois et agrandisseurs.

ysimon.jpg

Au début de l'été, Yves Simon s'est offert un reflex numérique Canon EOS 400D. Farouchement opposé à ce type de technologie pendant des années (il travaille aussi au moyen-format Mamiya 6x7), l'ancien fondateur du club-photo de Bourg-Blanc avoue avoir cédé aux sirènes du tout électronique par curiosité d'abord, puis par facilité. « Quand des vues sont ratées, on peut les effacer pour ne garder que les meilleures. Et en plus, je peux mettre les objectifs de mon Canon argentique dessus ».

Si la qualité de l'image numérique s'est franchement améliorée avec les derniers modèles sortis, rien à voir avec la belle mécanique et le bois noble qui font le charme des appareils anciens. C'est la passion du bel objet qui habite depuis près de trente ans le retraité des PTT. En 1979 (il exerce alors à Fontenay-aux-Roses en région parisienne), une dame lui offre trois appareils pour le remercier d'avoir reproduit la photo de ses parents décédés. « Il y avait une chambre 13x18 Georges Mendel construite en 1895 à Paris, un Détective français datant de 1905 et Vest Pocket Kodak de 1910. Les appareils étaient rangés dans mon salon et de temps en temps je jouais avec. J'ai alors voulu en trouver d'autres et j'ai appelé à la rescousse mes collègues facteurs » se souvient Yves Simon. Le charme opère petit à petit et quand il est muté à Brest, en 1981, il a déjà 59 appareils, des caméras et des projecteurs. « Ca débarrassait les greniers et comme on connaissait ma passion, on me les confiait facilement, reconnaît-il. J'ai eu tellement de pièces que les quotidiens locaux, les revues spécialisées comme Chasseur d'Images et les chaînes de télévision se sont intéressées à moi »

Yves Simon a ainsi récupéré 3 100 appareils, des caméras et des agrandisseurs. 90% de tout ce matériel lui a été donné... une collection à faire pâlir de jalousie tous les iconomécanophiles de France et de Navarre ! Il chouchoute ses plus belles pièces comme ce Leica 1A de 1926 qui porte le numéro 24 500. C'est le premier 24x36 de l'histoire à avoir été commercialisé en grande série. Yves Simon n'est pas non plus avare de compliments sur les Minox et leur bonne qualité optique. « Avoir des appareils, ça ne m'obsède pas. Celui qui arrive est le bienvenu. Si plus tard j'en ai un de la même famille, je suis content parce que ça remplit une lignée ». L'ancien postier, conscient de leur valeur, a toujours refusé de vendre ses protégés pour quelque raison que ce soit. « C'est prendre l'histoire d'une famille. Les gens viennent me les confier en me disant qui mieux que toi pourra garder l'appareil du grand-père. Plusieurs d'entre eux valent cinq fois mon mois de retraite. Ils ont une qualité mécanique et optique impossible à reproduire aujourd'hui car ça coûterait trop cher » explique le collectionneur. Yves Simon aime rappeler que depuis 1976, avec l'arrivée sur les appareils Canon AE-1 de la priorité à la vitesse, la photographie a évolué cinq fois plus vite qu'elle ne l'avait fait depuis son origine.

Certains appareils ont une histoire hors du commun. Dans le salon d'Yves Simon trône une chambre professionnelle en noyer de format 18x24, donnée par la famille d'Emile Floch, ancien photographe de Recouvrance à Brest. « Pendant onze nuits, elle m'a empêché de dormir car je ne savais pas si j'allais pouvoir la récupérer. Finalement, la mère et le fils m'ont donné tout le studio ». La chambre, qui mesure 1m80 de haut, a été fabriquée en 1912. « J'ai eu du mal à trouver le nom du fabricant, poursuit Yves Simon. J'ai du mettre la photo sur le site internet de l'association des iconomécanophiles du Limousin dont je fais partie. Jean-Loup Princelle, qui a écrit de nombreux livres sur les appareils anciens, m'en a dit plus sur ses origines ».

Depuis 1982, le collectionneur ne ménage pas sa peine pour faire partager sa passion. Cette année-là, le directeur de l'école publique de Bourg-Blanc lui demande de venir devant les élèves pour faire l'historique de la photo et du cinéma. « J'ai du replonger dans les livres » se rappelle-t-il. Plusieurs rendez-vous dans les classes sont encore prévus ces prochains mois, et Yves Simon sait bien qu'il sera surpris par les réactions de certaines élèves, convaincus que la photographie a été inventée au Japon. « Les français Daguerre et Niépce ont mis au point les premiers procédés. En matière d'objectifs, nous avons eu Berthiot, Boyer et surtout Angénieux avec qui la NASA a passé contrat pour équiper les appareils photos des engins qui allaient dans l'espace ». A la fin du mois de septembre, Yves Simon exposera aussi une partie de sa collection à Saint-Herbot et continuera tout naturellement d'arpenter les allées des vide-greniers et des foires spécialisées comme celle de Mordelles en Ille-et-Vilaine, à la recherche de pièces qu'il n'a pas encore dans sa collection. « Ma femme a eu du mal à accepter tant d'appareils à la maison, confie Yves Simon. Mais je sais aussi que quelque part, elle en est fière parce qu'elle en parle quand je ne suis pas là ».

L'exposition montrée à la médiathèque de Bourg-Blanc présente deux cents trente appareils sur les 1 200 légués à la commune. L'idée est de procéder à des roulements pour que les visiteurs ne voient pas la même chose à chacun de leur passage. Les vitrines sont toutes éclairées à la lumière froide et chaque pièce possède sa petite étiquette explicative, accompagnée du drapeau du pays de fabrication. On peut y admirer une chambre en bois à décentrement de marque Ernemann Heag-XIV de format 9x12, fabriquée en Allemagne en 1908, ou bien encore une caméra 9,5 mm Pathé Motocaméra datant de 1930. « La collection donne un aperçu de l'histoire de la photographie et du cinéma, explique Yves Simon. Ca passe par l'évolution des matériaux. Le Brownie Kodak par exemple est construit en bakélite qui est l'ancêtre du plastique ».

Yves Simon est très lucide par rapport à l'évolution de la photographie. « La roue tourne et un jour on ne trouvera plus de pellicules, dit-il. Le numérique, c'est toujours de la photo mais il y a moins de magie. Il est dommage que les fabricants n'aient pas donné le goût aux utilisateurs de faire tirer leurs images au lieu de les garder sur leur ordinateur ». Dommage aussi, selon Yves Simon, que la France ne dispose pas d'un musée public de la photographie. « Le gouvernement en avait parlé mais personne ne débloque les fonds. Il y a néanmoins le musée de Bièvres qui montre 12 500 pièces et qui en a autant en réserve... Ses responsables m'avaient demandé de leur léguer des appareils mais je voulais les garder pour Bourg-Blanc ».


L'espace Photo-Cinéma est ouvert le lundi de 16h30 à 19h30, le mercredi de 10h à 12h et de 14h à 17h, et le samedi de 10h à 12h et de 14h à 16h30 (entrée gratuite).

Yves Simon recherche toujours du matériel photographique et de cinéma. Il pratique aussi des échanges d'appareils. Vous pouvez le joindre au 02 98 84 54 33.


Christophe Pluchon


Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :



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commentaires

Christophe Pluchon 23/09/2007 10:46

Merci pour les liens.

hubert 21/09/2007 23:56

merci de cette info. C'est très intéressant et passionnant. Je fais suivre le lien sur des forums photos.