Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 août 2005 6 20 /08 /août /2005 12:10

 

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :


 

A l'étage de l'ancien presbytère de Mahalon, qu'elle rénove avec son époux Russell, Patricia Hood ne compte pas ses heures autour des longues tables d'opération où sommeillent, sur l'une la bannière de Saint-Seglin en Ille-et-Vilaine, et sur l'autre une partie de la bannière à l'effigie de Saint-Miliau, fondateur de Guimiliau. A 53 ans, la restauratrice de textiles anciens travaille principalement pour les Monuments Historiques et les musées bretons. En treize années d'exercice, d'abord à Ploërmel, puis aujourd'hui dans le Cap-Sizun, Patricia Hood a donné une seconde jeunesse à une centaine de bannières.

hood1.jpg

Vous dites que c'est le métier qui vous a choisi. Qu'est-ce qui vous passionnait dans cette activité de restauration ?


J'ai une formation d'historienne de l'art, spécialisée dans le costume. C'est la matière organique qui m'intéressait, sa représentation dans la peinture. J'ai passé une vingtaine d'années en Grande-Bretagne, et au détour d'un travail sur un inventaire dans un musée là-bas, je me suis vu offrir une formation pour rénover des textiles. En France, contrairement à la Grande-Bretagne, les musées n'ont pas de services de restauration. Alors, j'ai créé un atelier à Ploërmel, dans le Morbihan, en 1992, et devant les demandes de plus en plus nombreuses en provenance du Finistère, j'ai choisi de m'y installer. C'est le côté « guérison » de l'objet qui m'intéressait. S'il a la ténacité d'être avec nous, en ce 21è siècle, c'est que quelque chose à un sens, et c'est cette idée qui m'importe dans la vie.


Connaît-on bien les bannières de Bretagne ?


Non, il n'existe pas d'inventaire complet. On peut les ranger en trois catégories : les bannières classées à l'inventaire des Monuments Historiques. On compte une vingtaine de bannières du 17è siècle, comme celle de Guimiliau. Viennent après les bannières inscrites, puis celles, non-protégées, des 19è et 20è siècles. Elles sont des milliers, mais sont souvent mal conservées, à l'humidité dans les sacristies. Ce qui fait la richesse des bannières, c'est bien sûr leur nombre, mais aussi ce qu'elles représentent sur le plan de la tradition. On les sortait, et on les sort toujours lors des pardons et des processions. Par le passé, si la paroisse voisine avait une bannière de plus, on en faisait une deuxième. Ce n'est plus possible, aujourd'hui, financièrement, pour les associations, mais la maison Le Minor à Pont-l'Abbé, par exemple, en créé toujours. Et puis, il faut considérer l'aspect broderie, une tradition qui s'est réinstallée en Bretagne, grâce à Pascal Jaouen par exemple, de l'école de broderie d'art de Quimper. Je pense aussi que les gens sont attachés à toute cette tradition, ils se souviennent avoir porté les bannières qu'ils voient lors des pardons.


Actuellement, vous travaillez sur la bannière de Guimiliau. C'est beaucoup de patience, de minutie...


J'ai promis de la rendre à la paroisse pour Noël. La bannière est constituée de deux parties. Sur l'une, Saint-Milliau est représenté sous les traits de Saint-Louis, roi justicier, et de Louis XIV sous ses traits civils. L'autre face représente la scène de crucifixion du Christ sur le mont Golgotha. Il est entouré de St Jean, de la Vierge et de Marie-Madeleine. C'est une cascade d'or et d'argent sur cuivre, un morceau de bravoure au niveau technique. A mon avis, c'est le plus bel objet baroque textile de Bretagne. Mais cette bannière, qui date de 1656, a déjà été restaurée en 1819, seulement on a rajouté des fausses pierreries avec des couleurs brillantes, et surtout, on a caché la couronne : les fleurs de lys ont été remplacées par les hermines liant la Bretagne et le pouvoir royal. Grâce au travail de restauration entrepris dans l'atelier, on a retrouvé la perspective de l'architecture, le vrai visage du saint qui ressemble à Louis XIV, et le manteau royal du Saint-Esprit avec les hermines et la couronne.


Quelles sont les étapes à respecter, aujourd'hui, pour restaurer dans les règles de l'art ?


D'abord, la préparation du travail, c'est-à-dire voir quels éléments ont été rajoutés au 19è siècle pour rendre lisible la bannière du 17è. En textile, il est délicat de bien distinguer tous les matériaux car ils se ressemblent quand ils se dégradent. Après l'étape de diagnostic, on fait des tests, à cause des problèmes de teinture, puis des choix de restauration dans un but de conservation. Mais on ne peut pas, et on ne doit pas redonner à un objet toute sa brillance : des bains d'électrolyse pour les fils en cuivre, c'est inconcevable ! Il faut donc décider quels éléments on souligne plus que d'autres. Chaque geste est important, car on ne fait pas les choses comme au temps de Louis XIV, et les techniques ont évolué. Depuis vingt ans, l'éthique veut qu'on montre la restauration, qu'elle soit lisible et réversible. Si l'on découvre une autre méthode, dans les prochaines années, on prendra la pince ou le scalpel.

hood2.jpg

Après la préparation vient la restauration proprement dite, et au niveau de la marche à suivre et des produits utilisés, on ne fait pas n'importe quoi.


D'abord , c'est l'étape du nettoyage. Là encore, pour respecter l'objet, pour lui permettre de continuer à vivre parmi nous, on utilise de petits aspirateurs avec plusieurs puissances, des brosses, des pinceaux, puis choisit une méthode : l'eau est un bon solvant, à condition qu'elle soit déminéralisée. On utilise aussi des alcools et des solvants faibles, mais jamais de trichloréthylène, c'est beaucoup trop fort. Ensuite, on consolide la bannière, on coud. Il faut placer en dessous, un tissu plus léger, par exemple un voile de lin, car en cas de tension, c'est la restauration qui doit craquer, et pas l'inverse.


Votre activité ne s'arrête pas à la rénovation de bannières.


L'an dernier, les bannières ont représenté 40% de mon travail. Je restaure aussi des costumes anciens ou bien des habits de poupées pour quatre musées en France, et des tapisseries. Actuellement, je participe à des études sur des possibilités de projets « textile » en Bretagne, et j'aide au déménagement de la collection du musée de Rennes. Mon mari, qui m'assiste pour la gestion et le transport, créé des mannequins en fibre de verre pour les présentations, et des éclairages pour le compte des Monuments Historiques. Nous avons aussi ouvert une boutique, dans la partie ancienne du presbytère, dans laquelle nous vendons des objets de décoration que nous créons, des sacs, des coussins, des lampes, des frises, et de la peinture Farrow & Ball, très prisée outre-Manche pour sa qualité.


Vous êtes d'un naturel optimiste, vous riez beaucoup, alors que signifient ces deux citations, inscrites sur ce large mur blanc, au milieu de votre atelier : « tout ange est effrayant » du poête allemand Rainer Maria Rilke, et « Les chants les plus beaux sont ceux du désespoir » de Léo Ferré ?


Je
ne peux m'empêcher de penser que l'histoire est nourrie d'un long désespoir qui nous fait souvent réagir. L'ange est le reflet de nous-même, il nous permet d'avoir du recul. C'est effrayant car la solitude fait peur. Quant à Ferré, c'est quelqu'un qui a osé dire tout haut ce que d'autres pensaient tout bas, alors j'aime !


Quels sont vos souhaits pour l'avenir ?

hood3.jpg

A Manchester, il existe un musée de la bannière, alors pourquoi ne pas en créer un en France, il pourrait aussi rassembler des bannières de travail, de confédération ? Et puis, une Route des Bannières en Bretagne, on le fait bien pour les peintres, ce serait une idée, comme un livre traitant de cet art populaire !



Contact :

Patricia Hood, L'art et la bannière, le vieux presbytère, 29790 Mahalon. Tél 02 98 74 59 89, fax : 02 98 74 55 96, email : lartetlabanniere@wanadoo.fr.

La boutique est ouverte chaque après-midi de 14h30 à 19h, sauf le samedi.



Christophe Pluchon


Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :


 

Partager cet article

Repost 0

commentaires