Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 juillet 2005 1 11 /07 /juillet /2005 11:27

Un millier de stagiaires fréquente à l'année l'Ecole de Broderie d'Art, dans l'un des quatorze sites répartis en Bretagne et Loire-Atlantique*. Brodeur ? Une profession à laquelle Pascal Jaouen, bannalecois de 43 ans se sentait naturellement destiné depuis sa plus tendre enfance, charmé par les cercles celtiques, la beauté des costumes et des coiffes. Son établissement souffle ses dix bougies cette année, et emploie six personnes.

PascalJaouen.jpg
Pascal Jaouen a huit ans quand il vit pour la première fois l'émotion des Fêtes de Cornouaille. A l'époque, Alan Stivell remet au goût du jour la harpe celtique. Vingt ans plus tard, son ancien guitariste, Dan Ar Braz, livre au monde « l'Héritage des Celtes », et propulse à nouveau notre culture sur le devant de la scène. Notre brodeur se laisse porter par ce vent favorable, mélange de tradition et de modernité, « pour montrer aux gens, aux touristes que les Bretons sont un peuple fort et que personne ne pourra leur prendre leur fierté ». Il installe ainsi son entreprise à Quimper.

« Créer cette école, c'était un vrai pari à l'époque, car j'avais une situation, j'étais fonctionnaire ! » avoue Pascal Jaouen, petit sourire en coin. Avec le recul, il ne regrette absolument pas son choix, qu'il estimait vital pour colporter l'image de cet art populaire à l'extérieur des frontières de la Bretagne, et surtout pour assurer sa pérennité. « J'étais danseur au cercle Celtique de Bannalec, dit-il, et quand il a fallu confectionner un costume, impossible, il n'y en avait pas dans ma famille ! Alors, j'ai pris des cours de broderie avec Viviane Hélias, de la confédération Warl'heur où je suis devenu moniteur plus tard ». Ensuite, Pascal Jaouen décide de fonder, non pas sa propre association, mais une petite société « pour prouver que la broderie peut exister auprès d'un public averti ou non ». Banco, puisque durant les six premiers mois de fonctionnement, 80 personnes s'inscrivent aux cours. Viviane Hélias applaudit : « A l'époque, beaucoup de gens nous demandaient de leur enseigner la broderie. Mais les bénévoles de Warl'Heur n'avaient que le week-end à leur consacrer. Pascal a donc proposé quelque chose de plus ».

Convivialité, dynamisme, et variété.

« Nous ne travaillons pas seulement le costume, mais aussi le linge de maison et l'ameublement, avec des motifs très contemporains » se félicite le brodeur professionnel, l'un des quatre reconnus en Bretagne aujourd'hui. Les débouchés sont très difficiles en France, et pour se faire connaître, Pascal Jaouen multiplie les stages à l'extérieur de la Bretagne (Aix-en-Provence, Niort, Paris, et même en Suisse...). Il a aussi ouvert une petite boutique (Giz Gwechall), au 21 rue du Sallé à Quimper où il vend des matériaux, pour la broderie et la couture, et il a installé un atelier de confection au sein de l'école quimpéroise. Toute l'année, à la demande, des robes de mariée et de soirée y sont taillées, cousues et brodées. L'équipe met aussi, en ce moment, la main à l'aiguille pour préparer la deuxième collection de la ligne Pascal Jaouen (« prêt-à-porter de luxe »). Elle sera lancée à la rentrée 2006 au Théâtre de Cornouaille.
bonnetbapteme.jpg


Pascal Jaouen, quel artiste !

La recette de la maison, c'est aussi la convivialité qui règne autour des tables. Si, dans l'ancien temps, la broderie était un métier tant masculin que féminin, aujourd'hui très majoritairement, ce sont ces dames qui renouent avec la tradition du feston arrondi, du neudé, du point de noeud, du point laouig... Les matériaux « nobles » qu'elles manipulent avec soin sont le fil d'or, les perles ou la pierre.

D'octobre à juin, les cours d'initiation et de perfectionnement se multiplient à raison, en général, d'un thème par trimestre. Mais en juillet, uniquement à Quimper, sont proposés des stages d'été. Ainsi, soixante personnes ont pu suivre des modules de trente heures hebdomadaires. Pendant le Festival de Cornouaille, la parade des cercles et les concerts de bagadous, sous les fenêtres de l'école, ont certainement donné des ailes à leurs créations.

Devant sa table ronde, Marie-Joe Pelliet prépare le baptême de sa petite fille. Très méticuleuse, cette jeune retraitée enfile des perles soufflées et de rocaille argentées sur un petit bonnet blanc en satin. Elle s'est inspirée du modèle original confectionné en 1870. « C'est très agréable, avoue-t-elle, il faut seulement enfiler les perles selon un motif, et on l'agrémente de petits cabochons pour que ce soit plus joli ». Et quand la difficulté survient, Marie-Joe fait appel à la dextérité de Pascal Jaouen. « Il fait les motifs de manière spontanée, ça correspond à peu près toujours à ce qu'on demande ». Et les avis sont unanimes : Danièle Goiran, originaire de la région d'Aix-en-Provence, se félicite aussi d'avoir trouvé en ce brodeur « un excellent maître ». « Il fait passer une passion, un amour de la chose, parfois on recommence mais on ne perd jamais de temps, dit-elle. Son exigence n'encourage qu'à progresser  ! »

Un art populaire à promouvoir.

« Il faut continuer à faire connaître la broderie » insiste encore Viviane Hélias. Warl'Heur a embauché deux salariés pour montrer ce patrimoine dans les écoles (de la grande section à la classe de 5è). Une manière d'inciter les jeunes à s'intéresser à une passion qui n'en finit pas de faire rêver la monitrice de la Confédération des Cercles Celtiques. « Quand on brode, on voyage, dit-elle, on évacue les soucis du quotidien ». Et quoi de plus merveilleux que de créer sans cesse de nouveaux motifs, comme le fait Pascal Jaouen avec ses collections de prêt-à-porter ? « Si les costumes traditionnels avaient toujours été portés, leur style aurait évolué, de toute façon » analyse l'ancienne salariée des établissements Le Minor.


Passion retracée dans un livre.

brodeur.jpg

Du 5 au 25 septembre, pour fêter son dixième anniversaire, l'école monte une exposition sur la broderie Glazig dans ses locaux du 1 rue Kergariou. Elle s'accompagne de la sortie du « Brodeur bleu », un livre dans lequel Pascal Jaouen retrace son parcours, son travail, et l'évolution des costumes et des tenues brodés de cette région de Quimper. C'est le fruit du travail de notre confrère Danièle Le Pape, journaliste au Télégramme, et de la photographe Florence Grall (parution prévue le 17 septembre).


Contact : Ecole de Broderie d'Art de Quimper : 02 98 95 23 66. Internet : www.ecoledebroderie.com



* Quimper, Pont-l'Abbé, Bannalec, Locronan, Pont-Croix, Plourin-les-Morlaix, Roscoff, Brest, Lesneven, Carhaix, Lorient, Vannes, Rennes et Nantes.


Christophe Pluchon

Partager cet article

Repost 0

commentaires

un élève! 23/09/2010 10:46



n'ésitez pas, si la broderie vous interrésse,venez aux cours,c'est formidable vous allez progresser(comme moi)L'ambiance est parfaite très calme et l'on apprend


ce qui n'est pas le cas partout..C'est un milieu de dames mais les hommes sontbienvenus(j'en parle en toute connaissance!!!)Compte tenu des effets bénéfiques au niveau du cœur (je parle de
pathologie) une prise en charge devrait être par  la  CPAM,MERÇI POUR TOUT



Michèle 10/03/2010 08:59


J'ai fait deux stages chez Pascal étalés sur deux fois 15 jours . Je suis rentrée là sans avoir trop broder et ce fut une vraie révélation. PAscal a un don incroyable c'est génial
d'apprendre chez lui. On peut aborder des techniques très pointues de broderies. Dans une très bonne ambiance chaleureuse. Je me suis perfectionnée comme jaiamsi je n'aurais pensé pouvoir le faire.
Il fut pour moi un maître et depuis je ne cesse de le citer à mes amies qui veulent apprendre la broderie.
Je recommande ses stages à toutes brodeuses qui veulent se perfectionner sans dépenser des sommes folles car il est très raisonnable dans ses prix. de plus broder à Quimper une ville si belle
assister à la fête des brodeuses de Pont l'Abbé ca c'est revivre !!!
Je suis dingue de la Bretagne j'ai vécue à Rennes 4 ans de 86 a 90 et si ce n'était ma maladie j'y serai encore !!!
Kenavo !!!
Mimie