






Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :
A Riec-sur-Bélon, tout le monde ou presque connaît Jean-Bernard Huon et Laurence Hennecart, à la ferme de Penprat. Leur manière de vivre et de travailler soulève même des interrogations. Ils ont
toujours privilégié la force motrice des chevaux et des boeufs pour labourer leurs champs, au détriment du tracteur. Pourquoi ? A une époque où l'on cherche par tous les moyens à intéresser les
jeunes aux métiers de la terre, qu'ont donc à nous apprendre ces amoureux de la nature avec leurs gestes d'antan ? Plus de choses que vous ne le pensez...
S'il est un troupeau que Jean-Bernard Huon a toujours accepté de suivre et de respecter, c'est bien le sien. L'agriculteur de Riec-sur-Bélon occupe les quinze hectares de la ferme familiale de Penprat avec sa compagne Laurence Hennecart, arrivée de Normandie au début des années 80 pour y suivre un stage dans le milieu agricole. « Ce qui m'a séduite, se souvient-elle, c'était la vie au calme, le travail rythmé par les saisons et les rapports avec les animaux. J'avais déjà vécu une expérience dans ce domaine avec quelques chèvres et un peu de maraîchage. Je n'étais pourtant pas formée à cela car j'avais fait une école de secrétariat ». Depuis, Laurence Hennecart ne regrette pas son choix, même si le travail ne manque pas, surtout à l'approche des beaux jours.
C'est en 1904 que le grand-père, venu de Moëlan-sur-Mer, s'installe à Penprat. Jean-Bernard Huon commence à y travailler à l'âge de quinze ans. L'endroit a peu changé depuis, du moins dans l'esprit puisque les poules se baladent toujours librement dans la cour. « C'est important, quand on est bien dans un environnement, que ça reste pareil, soutient le paysan qui fête ses soixante ans cette année. Les animaux et les gens cohabitent comme autrefois et j'ai voulu garder cette façon de vivre. Aujourd'hui dans les exploitations agricoles, les bêtes ont toutes des numéros. Chez moi, elles ont aussi des petits noms ».
La ferme dispose de trois chevaux, Dragon, Cybelle et Léone, issus du métissage, au XIXè siècle, d'étalons anglais du Norfolk
roadster et de juments du Léon. Si pendant longtemps, ils ont été sollicités pour tirer la charrue, Jean-Bernard utilise aujourd'hui un peu plus les bovins pour ce type d'exercice. « Enfant,
j'ai toujours travaillé avec les chevaux, se rappelle le paysan. Mais mon pas devient lourd avec l'âge. Avec les boeufs, c'est plus facile ». Par amour par les animaux, Jean-Bernard Huon et
Laurence Hennecart ont toujours refusé de répondre par la positive aux sirènes du progrès. Pas de tracteur, donc, même s'il faut parcourir près de cinquante kilomètres au cul des bêtes pour
labourer un hectare de terre, ni même de voiture. Ils vendent une partie de leur production directement à la ferme, comme le cidre par exemple, et pas sur les marchés. L'agriculteur a toujours
été très lucide sur sa condition par rapport à ses anciens camarades qui, à dix-huit ans révolus, se dépêchaient de passer leur permis et d'acheter une automobile. « Cela ne m'intéressait
pas, même si le progrès peut faciliter la vie. Nous avons été obligés d'avoir le téléphone par exemple ».
Les journées commencent vers 7h-7h30 à la ferme de Penprat. « Ce n'est pas très tôt, diront certains, mais on reste tard le soir ! justifie Jean-Bernard Huon. Nous trayons les vaches à la main, nous leur donnons du foin et après nous prenons notre petit déjeuner ». C'est au son de la radio que nos deux agriculteurs s'informent, à ce moment-là, de l'actualité. Là aussi, rien ne presse : « on n'a pas besoin d'être au courant tout de suite. On le sera toujours par les gens qui viendront nous voir dans la journée ». Et du monde, il en passe régulièrement, à commencer par les stagiaires qui, à l'image de Laurence précédemment, veulent renouer avec les traditions. Jean-Bernard Huon sourit aussi à l'évocation des dizaines d'enfants des écoles et des centres aérés qui se posent des questions par rapport à cette drôle de manière de vivre et de travailler la terre. « C'est sale ! C'est la première chose qui leur vient à l'esprit. Mais quand ils voient les animaux, ils sont attirés vers eux et ils changent d'attitude ».
Petit à petit, l'agriculteur a aménagé la ferme de Penprat, ou plutôt il l'a rénové, oh, très modestement ! Sa plus grande
fierté, c'est certainement d'avoir refait le toit de la maison qui menaçait de tomber. L'agriculteur a remplacé les vieilles ardoises par du chaume. Il en a appris les techniques auprès d'un
couvreur professionnel, dans le Morbihan. Cette masure en terre battue, qui fait office de lieu de vie, a conservé son charme d'antan. Tout y est : le lit-clos, la veille horloge et la grande
table rustique, sans oublier la cheminée que Jean-Bernard a bâtie de ses mains. « C'est agréable d'y faire une bonne flambée quand on rentre des champs, c'est mieux que la télé
! »
De cette vie au grand air dans une ferme traditionnelle bretonne a germé l'idée de monter une exposition. Vu la richesse du
sujet, le projet a finalement pris la forme d'un livre de photographies. Dans « une ferme d'hier au XXIè siècle », Laurence Tondu et Christine Guillemot (et Célestine Postic pour les
textes) reviennent en 144 pages et 130 images en noir et blanc, sur les principaux moments de la vie à la ferme de Penprat en Riec-sur-Bélon : les rapports avec les animaux, la traite et la
fabrication du beurre, le passage du maréchal-ferrant (appelé aujourd'hui « podologue équin »), les labours, le battage du seigle et la participation de Jean-Bernard et Laurence à la
fête du goémon au Pouldu. « Quand nous sommes venues pour la première fois, raconte Laurence Tondu, nous avons eu le coup de foudre pour cette ferme. Personnellement, la basse-cour en
liberté, la petite chèvre qui grimpe sur le dos de sa mère et les vaches qui ne sont pas stressées, ça me plaît bien. On ne voit plus ça ailleurs. Il y a un certain équilibre avec la nature ». Le
recueil de photographies, à mi-chemin entre le reportage et la poésie, n'est pas sans rappeler certaines images prises au début du siècle dernier. Il fleure le bon vieux temps, en quelque
sorte.
Jean-Bernard Huon et Laurence Hennecart, s'ils ne sont pas labellisés, estiment produire leurs oeufs, leur fromage et leurs légumes de manière biologique, dans le respect de l'environnement. «
Beaucoup d'écolos parlent d'écologie sans trop savoir, poursuit Laurence Tondu. Pas eux. Leur manière de résister au progrès montre qu'avec la société de consommation à outrance, on est allé trop
loin. Et puis, c'est la preuve qu'on trouve beaucoup de produits à côté de chez soi ». Nos deux agriculteurs vivent dans une forme d'autarcie. Ils vont très rarement se ravitailler au bourg
de Riec-sur-Bélon. Cela ne les empêche pas d'être très ouverts sur le monde.
Le livre « une ferme d'hier au XXIè siècle » est publié chez Liv'Editions (30 euros). Il est en vente en librairie, dans les maisons de la presse et chez Jean-Bernard et Laurence Huon (tél : 02-98-06-46-89). Tous deux participeront à la Fête des Fleurs d'Ajoncs, à Pont-Aven le 5 août prochain.
Christophe Pluchon
Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :



