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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 07:43

 

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :




Marc Morvan a défrayé la chronique ces dernières semaines, en installant un WC géant sous le pont Pissette à Quimper, à deux pas de la Préfecture. Le sculpteur sur métal dénonce le manque d'intérêt des politiques et des institutions pour la culture.
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Autodidacte, l'artiste développe son art depuis 1995, c'est-à-dire depuis que la mer l'a contraint à rester à terre suite à un grave accident de bateau sur les rochers, devant la Pointe du Raz. L'ancien patron-pêcheur a jeté ses filets rue du Château à Quimper pour une aventure hors du commun. Dans sa forge, qui jouxte la nouvelle rocade, les ferrailles de toutes sortes s'amoncellent. « J'ai du stock jusqu'à la fin de mes jours » souffle l'artiste qui a appris la soudure à l'âge de 17 ans (il en a 43), et fabriqué son bateau de pêche de ses propres mains. Son univers s'étale sur 2 000 mètres-carrés de terrain, et tout ce qui peut-être attaqué au chalumeau y est empilé, de la vieille baignoire rongée par la rouille à la machine à coudre Singer, en passant par les tuyaux de cheminée et les cuves de gaz propane. A l'intérieur du hangar trônent aussi des machines-outils d'un autre temps, comme cette rouleuse à olive venue tout droit des usines Citroën. « Elle a fait des ailes de tractions, de 2CV et de DS. J'ai aussi l'ancien tour à métaux de la Jeanne d'Arc, une presse hydraulique qui servait à fabriquer des chaussures à Quimper, et une vieille machine avec laquelle ont faisait des ancres de marine ». Tout ce matériel a une valeur inestimable pour l'artiste. Sans ces objets donnés ou rachetés à petit prix, Marc Morvan ne pourrait pas concevoir les oeuvres monumentales en acier qui ont fait sa réputation bien au-delà du département. « Actuellement, je ne sais pas de quoi j'ai besoin. C'est l'occasion qui fait le larron. Il y a toujours un déclencheur pour démarrer une sculpture » explique-t-il.

Pour accéder à son océan de carcasses métalliques, inutile de montrer patte blanche, quoique... Il suffit de passer un long portail où s'agrippent un bar, une langouste et même un cormoran qui sèche ses ailes. Le facteur est perplexe devant une telle mise en scène. « La boîte à lettres accrochée à la barrière peut détecter l'anthrax, la maladie du charbon. Elle résiste aux radiations atomiques et avale les factures ! » Le ton est donné : Marc Morvan adore la plaisanterie et la provocation. « Quand on fait quelque chose de trop lisse, ça n'intéresse personne. La pochette du dernier album du chanteur Trévidy, avec mes sculptures, c'est forcément revendicatif » lance-t-il.

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Le pouvoir de l'argent, le manque de courage de élus, le peu de moyens donné à la culture sont autant de thèmes pour lesquels Marc Morvan n'a jamais cessé de se mobiliser. La dernière sculpture dont il n'est pas peu fier (car elle fut très photographiée pendant deux mois) est un WC géant peint en noir et blanc, jeté dans l'Odet, avec une inscription très explicite : « bouffer de la merde pour chier des étoiles ». « C'est une réponse à la ville de Quimper qui a refusé d'accueillir mon spectacle avec le mouton » justifie Marc Morvan qui avoue ne pas faire de politique, mais se battre pour la culture. 

Conçu pour tourner avec la Compagnie des Légendes de Métal, le mouton est un monstre d'acier de cinq tonnes qui remue à l'aide d'une vingtaine de vérins hydrauliques et expulse des boules de pétanque. L' « Agnus Horribilis » dispose aussi de deux réservoirs de cinq cents litres pour « pisser de l'eau ». « Il nous a demandé deux ans de travail, à moi et aux bénévoles de la troupe, explique Marc Morvan. Il ne ressemble peut-être pas à un mouton, c'est peut-être un loup ou un bélier. Il n'est pas doux et ne sait pas se tenir » .

Certains verront dans cette bête de ferraille un peu du caractère de l'ancien patron-pêcheur. L'artiste, ex-judoka, n'a pas la langue dans sa poche. Il a le tutoiement facile mais c'est toujours son coeur qui parle. Travailleur infatigable, il en oublie presque ses problèmes de dos quand il entreprend ou poursuit une réalisation. « Je suis souvent tout seul dans ma tête. La nuit, le cerveau doit préparer le travail du lendemain. Les journalistes écrivent parfois que je suis fou. C'est un beau compliment, je trouve ».

Marc Morvan n'a pas pour autant la folie des grandeurs puisqu'il a fabriqué de nombreuses petites pièces, comme ce rapace assemblé avec une pièce d'avion et suspendu en plein milieu de son atelier. « Le mouton, les poissons, les oiseaux... C'est une fixation, je suis resté un môme, j'ai peut-être toujours voulu avoir un bestiaire » plaisante-t-il, les yeux tournés vers le ciel. « Le plus important, c'est que mes sculptures fassent rêver les enfants et les adultes. Je ne force pas les enfants à voir quelque chose. J'essaie seulement de réconcilier les gens avec l'art contemporain. Ils voient ce qu'ils veulent, pas ce que je veux qu'ils voient. C'est important, la spontanéité ».

Jean-Pierre Blaise, professeur d'art plastique au lycée Saint-François-Notre-Dame de Lesneven a été conquis par le travail de Marc Morvan. Au printemps, plusieurs de ses sculptures ont été exposées dans la galerie de l'établissement. « Il était évident que l'échange avec les élèves ne pouvait être que très fructueux, dit-il. Je connais Marc pour sa sympathie, son dynamisme et sa force de caractère. La pauvreté des matériaux assemblés avec créativité et humour dans ses compositions apporte un intérêt supplémentaire dans la découverte de la sculpture. L'« Agnus Horribilis » accompagnera désormais l'imaginaire des élèves. Ainsi la provocation qui caractérise la démarche de Marc Morvan est parfaitement perçue quand le « monstre » crache un caddy de supermarché. La dénonciation de la société de consommation est remarquable ». Marc Morvan va même plus loin en affirmant que récupérer les ferrailles contribue d'une certaine manière à protéger l'environnement.

Sur son site internet (http://marc.morvan.quimper.free.fr/), Ricardo Montserrat définit l'artiste en ces termes : « Taillé dans le roc plutôt que dans le bois, il en a la carrure. Centaure autant que Minotaure, il en a le caractère emporté, entêté, brailleur, buveur, brutal, fonceur, emmerdeur mais... bon comme le pain, généreux, amical, fidèle, droit et carré ».

Alors, gare à celui ou celle qui chatouillera l'ancien patron-pêcheur. Ce n'est pas un hasard si son navire, qu'il a retapé et disposé au milieu de son océan de ferrailles, s'appelle désormais le Nautilus, car « c'est le seul bateau qui coule et qui revient à la surface ».


Marc Morvan participera samedi 16 juin aux festivités organisées pour le 30è anniversaire de la MPT-MJC de Kerfeunteun à Quimper.


Christophe Pluchon


Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :


 

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