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21 mai 2007 1 21 /05 /mai /2007 21:05

 

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :




Journaliste à France 3 Ouest, Gwénaëlle Bron a traversé les cinq continents pour réaliser, d'abord une série de reportages pour la télévision, puis un documentaire, « le fil bleu ». Ce film sur la problématique de l'accès à l'eau dans le monde sera projeté lundi 28 mai 2007 à 17h30 pendant le festival Etonnants Voyageurs de St Malo. Un livre sera aussi publié en avant-première à cette occasion.


« Déjà toute petite, j'avais une grande envie de voyage, de voir comment les gens vivent ». Assurément bien dans sa peau, Gwénaëlle Bron a 25 ans quand elle décide de tenter la grande aventure, de concrétiser son rêve. Avec une amie, Peggy Frey, diplômée comme elle du Centre Universitaire d'Enseignement du Journalisme de Strasbourg, elle entreprend un périple de vingt mois dans une trentaine de pays. Nous sommes en 2002. Cinq ans plus tard et une série de chroniques pour la télévision, Gwénaëlle Bron a mis la touche finale à un documentaire de 52 minutes qui pose la problématique de l'eau dans les différentes régions traversées, à partir des témoignages recueillis à l'époque. « Nous voulions faire partager notre expérience et nos convictions personnelles sur l'environnement, explique la jeune femme. Nous avons listé des idées de sujets et c'est le thème de l'eau qui est revenu le plus souvent. Nous sommes allées de point d'eau en point d'eau avec le regard de jeunes voyageuses qui découvrent le monde ». Les reportages traitent des problèmes de maladie et de sécheresse, de la surexploitation forestière, des conséquences dramatiques pour les populations, toujours avec le soucis pour les deux journalistes de se faufiler dans le quotidien des gens avec leur petite caméra, leur soif d'apprendre et de faire savoir. « Le documentaire n'est pas forcément revendicatif ou dénonciateur. Mais j'espère qu'il y a un peu de ça quand même ! »

Curieusement, c'est par la voie des airs, en mongolfière, que les deux amies entreprennent leur voyage, tout près du lac Léman. Pour le symbole, difficile de faire mieux puisqu'il s'agit de la plus grande réserve d'eau douce d'Europe. « Je suis née à Morzine, dans les Alpes, revendique Gwénaëlle Bron. Ma fascination pour l'eau vient des cascades, des glaciers que j'ai vus dans ma jeunesse ».Indo-cascade.jpg

La première étape mène la jeune femme dans le désert marocain, à la lisière du Sahara. Changement radical de décor. Ali, le Touareg, lui confie combien l'eau est une ressource importante pour vivre. « C'est dans toutes les discussions, car il n'y en a pas » constate, désarmée, la réalisatrice. Au cours du documentaire, elle avoue que pendant longtemps, elle a pensé que l'eau était inépuisable, puisqu'elle tombait du ciel.

Il y a fort heureusement des exceptions à cette situation de pénurie au Maroc. Pour pouvoir acheminer l'eau jusqu'au robinet du domicile, dans certaines villes et villages, il faut longuement sonder les sols. Itou confie à Gwénaëlle Bron qu'elle a désormais plus de temps pour se reposer car auparavant, il lui fallait sans cesse faire des aller-retour jusqu'au puits situé sur la place principale. Au Sénégal en revanche, c'est la question sanitaire qui est posée, à cause de la pénurie d'eau. Une femme médecin au centre de santé de Bambey se demande comment les pouvoirs publics ont pu, à cause de la sécheresse, laisser les habitants boire de l'eau pompée dans des nappes trop chargées en fluor, entraînant de graves conséquences pour les gencives et les dents.

Le documentaire montre aussi les croyances liées à l'eau, comme au Mali où une grande partie de la population voue un culte à Nommo, le génie de l'eau. « S'il estime que les hommes ne se comportent pas correctement, il peut décider de la venue des pluies, ou au contraire provoquer la sécheresse » nous apprend la réalisatrice. Ce caractère sacré de l'eau se retrouve aussi en Inde, dans la vallée du Gange. Les Hindous prêtent à ce fleuve des vertus purificatrices, mais le prix à payer est énorme en matière d'hygiène. « Les cendres des défunts brûlent sur les quais, ils sont enfermés dans des linges puis jetés dans le fleuve. Des pèlerins affluent toute la journée et rapportent un bidon d'eau bénite ».

« Le fil bleu » nous emmène aussi sur les berges du Mékong, au Cambodge. Chaque année, la furie des eaux inonde les terrains et emporte les maisons. La population, qui n'a nulle part ailleurs où aller, se réinstalle au même endroit d'autant que le limon rend la terre très fertile.

Inde-robinet.jpg
La réalisatrice s'arrête encore sur l'utilisation des capteurs de brouillard au Chili, une technologie inspirée de la manière dont les épines des cactus récupèrent l'humidité jusqu'à leur racine. En Turquie sont abordées les questions géopolitiques autour du partage de l'eau, ressource pouvant être « utilisée comme arme de guerre » lorsqu'un fleuve traverse plusieurs pays et qu'un seul d'entre eux a accès au « robinet ».

L'eau douce de qualité est une ressource d'autant plus rare que les changements climatiques ne facilitent pas la vie des populations fragiles. Sur la planète, quatre personnes sur dix manquent d'eau et selon une étude, il y aurait 20% de pénuries en plus à cause de l'augmentation des sécheresses et des inondations. « Chaque jour, 3 800 enfants meurent de maladies liées à un manque d'eau potable et d'hygiène » expliquait à l'occasion de la Journée de l'Eau, le 22 mars dernier, Jacques Diouf, directeur général de la FAO, organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture.

Turquie.jpg
Le documentaire de Gwénaëlle Bron « Le fil bleu » (produit par Spirale Production), ainsi que le livre « Sur la route de l'or bleu » (à paraître le 12 juin aux éditions l'Ancre de Marine) posent une nouvelle fois la problématique de l'accès de tous les habitants de la planète à cette ressource indispensable à la vie. Denis Rollier, qui a monté le reportage, estime qu'« en privilégiant clairement la multitude des rencontres et des situations, le film prend peut-être le risque de paraître trop anecdotique. Mais c'est justement cet effet de mosaïque qui, dit-il, nous fait vraiment prendre conscience du caractère universel de l'eau. En plus, c'est un beau film de voyage, ce qui ne gâche rien. La première qualité de Gwénaëlle, c'est sa persévérance. Sans cela, le film tel qu'il est n'aurait jamais existé ».

La réalisatrice avoue aujourd'hui ressentir un profond respect pour l'élément liquide. L'une des dernières phrases du documentaire résume à elle seule son engagement pour la défense de l'environnement. « L'eau qui n'était au début qu'un sujet de fascination est devenue une compagne pour la vie » conclut Gwénaëlle Bron. Cette aventure au fil de l'eau a mis du vent dans les voiles de la jeune journaliste puisqu'elle fait aujourd'hui partie de l'association d'éducation à l'environnement « Reporter bleu » de la navigatrice Catherine Chabaud.

Pour en savoir plus : www.orbleu.net


Christophe Pluchon

 

Ecouter un extrait de l'interview diffusée sur RCF Rivages :


 

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