






Dans « les filles de Roz-Kelenn », l'écrivain quimpérois avait scellé l'avenir
de Jabel, petite fille née à la ferme des Goasdoué en Cornouaille. Très tôt orpheline, elle parcourt la campagne avec sa soeur Maï-Yann pour mendier de quoi survivre. Ce livre était le premier
tome d'une fresque qui conte l'histoire d'une famille bretonne du 20è siècle à travers ses personnages. « Ceux de Ker-Askol » nous fait découvrir la vie de Maï-Yann. Expédiée dans un
couvent de Haute-Savoie, elle a le tort de commettre le pêché de chair. Les soeurs la renvoient en Bretagne et lui trouvent un vieux garçon dans le but d'étouffer le scandale. Mais ce n'est pas
le mari que Maï-Yann espérait, puisque Ténénan Yvinou est hermaphrodite.
« Dans ce livre, explique Hervé Jaouen, j'ai voulu rendre hommage à deux de mes tantes, l'une devenue religieuse contre son gré, et l'autre victime d'un mariage arrangé comme cela se pratiquait beaucoup dans nos campagnes ». Le roman met aussi en scène Martial, le fils de Maï-Yann, et les relations douloureuses qu'il entretient avec son beau-père. Si l'auteur titille un peu les religieuses (l'arthrose, écrit-il, c'est « le mal des bonnes soeurs, à force de rester à genoux »), il n'oublie pas ce qu'elles lui ont apporté. « Leur enseignement était supérieur à celui dispensé dans l'école laïque et grâce à elles, je savais lire et écrire à cinq ans ». Son passé comme enfant de choeur a-t-il laissé des traces dans son cheminement ? « Je n'ai jamais été croyant. C'est peut-être pour cette raison que je me qualifie de mécréant mystique » dit Hervé Jaouen.
« Ceux de Ker-Askol » d'Hervé Jaouen est publié aux Presses de la Cité (20 €)
Christophe Pluchon



